Le Monde des animaux
Un verrouillage qui économise les muscles
Quand un cheval somnole debout, il ne contracte pas continuellement ses muscles pour empêcher ses jambes de plier. Une grande partie du travail est assurée par ses ligaments et ses tendons, disposés de manière à maintenir ses articulations dans le prolongement les unes des autres. Son squelette supporte ainsi son poids avec une dépense d’énergie limitée.
Le fonctionnement diffère légèrement entre l’avant et l’arrière du corps. Les membres antérieurs, presque verticaux sous le cheval, se comportent comme des piliers maintenus par de solides attaches. Dans les membres postérieurs, la rotule peut s’accrocher temporairement sur une partie du fémur. Le genou reste alors déplié et, grâce aux tendons qui relient les articulations, le jarret (l’articulation saillante située plus bas sur la jambe arrière) ne peut pas se plier librement. Le cheval peut ainsi relâcher l’une de ses jambes arrière et reporter l’essentiel de son poids sur les trois autres, avant de changer de jambe.
En 2003, des chercheurs ont enregistré l’activité de sept muscles chez trois poneys et trois chevaux adultes au repos. Lorsque le membre postérieur supportait le poids de l’animal, un muscle situé à l’intérieur de la cuisse restait légèrement actif afin de maintenir la rotule en place. Les chercheurs estiment que ce verrouillage réduit d’environ 98 % l’effort musculaire nécessaire. Le cheval économise donc une grande quantité d’énergie, sans que sa posture soit totalement passive.
Debout, toutes les phases ne sont pas possibles
Observer la posture d’un cheval ne suffit pas pour savoir s’il dort réellement. Les chercheurs utilisent l’électroencéphalographie, une technique qui enregistre l’activité électrique du cerveau, afin de distinguer la simple somnolence des différentes phases du sommeil. Comme les humains, les chevaux alternent sommeil lent et sommeil paradoxal, mais ils répartissent leur repos en plusieurs épisodes courts au cours de la journée et surtout de la nuit.
Le sommeil lent peut survenir alors que le cheval reste debout. Son activité cérébrale ralentit, sa tête s’abaisse et ses paupières se ferment, tandis que son appareil de soutien maintient ses jambes avec un effort musculaire réduit. Cette position lui permet également de réagir rapidement à un bruit ou à un mouvement inquiétant. Elle ne lui donne cependant pas accès, dans de bonnes conditions, à toutes les phases dont son organisme a besoin.
Pendant le sommeil paradoxal, celui au cours duquel les rêves sont les plus probables, le cerveau réduit presque entièrement le tonus des muscles qui maintiennent la posture. Le système de verrouillage des jambes ne suffit alors plus à garantir l’équilibre. Le cheval doit se coucher sur le ventre, les jambes repliées sous lui, et laisser reposer sa tête, ou s’allonger complètement sur le côté. De très courts épisodes de sommeil paradoxal ont parfois été enregistrés chez des chevaux encore debout, mais leurs jambes se dérobent et leur tête tombe brusquement : il ne s’agit pas d’une position normale et durable. Le cheval peut donc dormir debout, mais il doit aussi pouvoir se coucher pour accomplir un cycle de sommeil complet.
Se sentir assez en sécurité pour se coucher
En dormant par courtes périodes et parfois debout, ce grand herbivore peut réagir rapidement à l’approche d’un danger. Chez le cheval domestique, la possibilité de se coucher dépend aussi de son état physique et de ses conditions de vie. Une douleur peut rendre la descente au sol ou le relèvement difficiles. Un espace trop étroit, un sol inconfortable ou des tensions avec d’autres chevaux peuvent également le dissuader de s’allonger.
En 2016, des chercheurs ont étudié 39 chevaux sujets à des affaissements répétés, parfois attribués à la narcolepsie. Ils les ont filmés pendant 24 heures et ont enregistré l’activité de leur cerveau et de leurs muscles. Parmi eux, 34 ne se sont pas couchés durant la nuit. Certains ont perdu l’équilibre plus de 150 fois en une journée.
L’étude ne permet pas de déterminer pourquoi chacun refusait de s’allonger. Chez 20 chevaux, les premiers affaissements étaient toutefois apparus après un événement précis, notamment un changement d’hébergement. Juste avant de perdre l’équilibre, beaucoup présentaient les signes cérébraux du sommeil paradoxal. Faute de s’être couchés, ils entraient brièvement dans cette phase alors qu’ils se tenaient encore debout ; leurs muscles se relâchaient et leurs jambes pliaient.
Un cheval qui ne se couche jamais ne compense donc pas simplement en dormant debout. Des jambes qui se dérobent, des chutes ou des blessures inexpliquées doivent conduire à rechercher, avec un vétérinaire, une douleur ou des conditions de repos inadaptées.
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