Roland-Garros 2013: Les parents sont-ils trop présents autour des joueurs?
TENNIS – A Roland-Garros comme ailleurs, la majorité des joueurs sont accompagnés par leur papa ou leur maman…A Roland-Garros, Antoine Maes
Si Œdipe avait fait du sport, il se serait certainement épanoui dans le tennis. Aucun autre sport au monde ne permet en effet aux enfants d’entretenir aussi longtemps un lien aussi étroit avec leurs parents. Certains ne sont que d’aimables supporters, d’autres des agents, les plus connus restant les coachs tout puissants. Récemment, le père de Bernard Tomic s’est fait remarquer en fracassant le nez du sparring-partner de son fils à l’entraînement. En France, le spécialiste de ce genre d’excès fut longtemps le géniteur d’Aravane Rezaï.
Ni l’un ni l’autre ne sont présents cette année à la Porte d’Auteuil. Le premier n’a pas le droit de venir après son coup d’éclat. Le second ne fait plus partie de l’entourage de sa fille. Reste donc Walter Bartoli, le père de Marion, qui a bien essayé de couper le cordon en début d’année avant de revenir taper la balle avec papa. «Chacun vit son émancipation différemment, raconte l’ancienne joueuse Nathalie Dechy. Moi mes parents m’ont laissé partir à 13 ans à Paris. A 14 ans je voyageais toute seule en Europe. Maintenant, il n’y a plus beaucoup de parents qui le feraient.»
«On demande beaucoup et très jeune aux joueurs. Donc qui va affectivement remplir le rôle?»
Elle aussi, c’est son père qui lui a appris le tennis. Il a même repris du service pour la fin de carrière de la Nordiste: «J’ai passé des millions d’heures sur le court avec lui», sourit-elle. Ca n’en fait ni une fille à papa, ni une femme complexée. «On demande beaucoup et très jeune aux joueurs. Donc qui va affectivement remplir le rôle? C’est bien que ce soit les parents. Après, c’est vrai, il faut faire attention au développement de l’enfant, lui laisser son indépendance s’il en a envie», reprend Dechy.
Cette envie n’est pas encore arrivée chez David Goffin (24 ans), la surprise belge de l’édition 2012, qui rencontrera Novak Djokovic mardi. Son père, Michel, est toujours là, à le suivre de près, et parfois à l’autre bout du monde. «Dans sa structure, je viens en soutien administratif et logistique. Et contrairement à ce qui a été dit, je ne le coache pas. La dernière fois que je l’ai fait, il devait avoir 10 ans», assure cet ancien bon joueur amateur.
«Ce n’est pas comme un joueur de foot, salarié par un club et pris en charge»
Lui ne porte aucun jugement sur ces fameux «couples» qui ne se défont jamais («chaque parent est libre de s’investir de différente manière dans la carrière de son enfant»). Mais trouve ça finalement assez logique. «C’est un sport qui a un statut d’indépendant. Vous n’êtes comme un joueur de foot, salarié par un club et pris en charge. Vous devez mener votre petite entreprise, et les parents aident les jeunes à les mettre», explique Goffin senior.
Pour Nathalie Dechy, on parle un peu trop des cas sociaux qu’a pu produire la petite balle jaune. Pas ceux où tout se passe pour le mieux. «Les parents Federer, on les voit tout le temps sur le bord du court. Les parents Williams ont aussi été très très présents dans le projet, il n’y a jamais eu un mot de trop. Pourquoi on ne prend pas cet exemple-là?», se demande-t-elle. C’est quand même un problème qui dépasse le simple cadre du fait divers. A tel point que la fédération française a d’ailleurs rédigé un guide: Conseils aux parents. Mon enfant joue au tennis en compétition. Un livret pas encore adapté si vos enfants ont plus de 20 ans.


















