PSG-Ludogorets: Kiril Domuschiev, le golden boy qui a révolutionné le foot bulgare
FOOTBALL•Sous l’impulsion de son charismatique patron, l’adversaire du PSG a explosé en cinq ans...Vincent Barros
Il est de la race des ambitieux qu’on appelle les loups. Kiril Domuschiev n’est pas celui de Wall Street, mais de la « forêt sauvage », traduction littérale du Ludogorets. Où il règne en maître : depuis qu’il l’a racheté en 2010, le club de la petite ville de Razgrad a bondi de la D2 bulgare à la scène européenne pour s’imposer comme le meilleur des Balkans. Une ascension fulgurante et inédite qui doit beaucoup à l’impulsion de son charismatique président.
« Il est très investi, témoigne le milieu de terrain malgache formé à Auxerre Anicet Abel, qui sera aligné, face au PSG mercredi lors du dernier match de poule de Ligue des champions. Il est toujours là, proche des joueurs, pour nous encourager. » Et ces derniers, quintuples champions de Bulgarie en titre, le lui rendent bien. Mais à en croire ceux qui ont côtoyé Domuschiev ou le suivent de près, l’homme en veut toujours plus…
Un héritier vite rompu au business post-communiste
L’ascension de Domuschiev, professionnelle avant d’être sportive, démarre d’abord à une certaine altitude. Le tout jeune diplômé en marketing et gestion industrielle à l’université de Sofia déboule dans les affaires en tant qu’héritier, en l’occurrence de la principale usine de voitures, de vélos et de moteurs que dirigeait sa mère dans la Bulgarie communiste.
Après 1989, à 30 ans, « sa première décision a été de privatiser l’entreprise, raconte Teodor Borisov, journaliste sportif bulgare. Avec son frère Georgi, il a ensuite investi dans l’industrie pharmaceutique, de grands établissements commerciaux et dans une compagnie maritime bulgare. » Aujourd’hui, le polyglotte Domuschiev (il parle russe, anglais et espagnol), qui préside la Confédération des employeurs et des industriels de Bulgarie, « a implanté son empire dans plus de 80 pays (notamment aux Etats-Unis, où il emploie 250 personnes) et dispose d’un milliard d’euros d’actifs. » Sa fortune personnelle, elle, est estimée à 500 millions d’euros.
Du fan déçu du CSKA à l’idole du « Ludo »
Richissime, mais encore inconnu du grand public, l’homme décide alors de se faire un nom dans le foot bulgare. Un milieu, révèle Wikileaks, pourri jusqu’à la moelle et contrôlé par des figures de la criminalité. Qu’importe, Domuschiev rêve de racheter l’emblématique CSKA Sofia, son club de coeur dont il finit par intégrer le conseil d’administration. Mais les réticences des propriétaires historiques l’incitent en 2009 à placer ses billes dans le club d’une petite ville paumée dans l’est de la Bulgarie, Razgrad (35 000 habitants).
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« J’ai débuté au Ludogorets avec 25000 euros, raconte l’intéressé dans As en 2013. Cette année-là, le club est monté en deuxième division et m’a sollicité de nouveau. J’ai alors investi 250000 euros à une condition : prendre le contrôle du club. » La suite, comme il dit, « appartient à l’histoire » : avec un budget décuplé, le Ludogorets intègre la première division et réalise d’emblée un triplé historique en remportant le championnat, la coupe et le trophée de la supercoupe de Bulgarie. Quatre autres titres suivront, ainsi que deux campagnes de Ligue des champions (face à Liverpool, au Real Madrid, à Arsenal et donc au PSG…).
Un « boss assez sanguin » aux « décisions parfois hâtives »
Forcément, avec un palmarès pareil, Domuschiev capte enfin la lumière qu’il convoitait. Et se révèle être un patron de club « assez sanguin », rapporte le défenseur français Alexandre Barthe. Celui qui a connu la montée en puissance du Ludogorets se rappelle d’ailleurs le match du premier titre face au CSKA Sofia en 2012, l’heure de la revanche pour Domuschiev : « Il a débarqué dans le vestiaire avant le coup d’envoi. Quand il entre dans une pièce, tu le sens, il a une aura, c’est quelqu’un de très écouté quand il parle. Le vrai boss, c’est lui. Il a su trouver les mots pour nous remonter à bloc, on a déboulé comme des lions sur le terrain. Le CSKA avait deux points d’avance et au final, on gagne 1-0 et remporte le championnat. C’était vraiment de la folie, comme une finale. »
a« Domuschiev a la nature d’un homme d’affaires prospère et le caractère typique d’un patron de club des Balkans, reprend le journaliste Teodor Borisov. Il supporte rarement la critique des journalistes ou des fans de clubs rivaux, et prend des décisions hâtives. L’année dernière, il a changé deux fois d’entraîneur après l’élimination prématurée en Ligue des champions pour finalement rappeler Georgi Dermendzhiev. » Dermendzhiev, le coach adjoint des premiers titres que Domuschiev, grand fan du jeu espagnol, avait envoyé en formation à Valence, du temps où officiait un certain… Unai Emery.
Ludogorets ou « le miroir de son image »
Avec sa gueule d’acteur, ses faux airs d’Andy Garcia, ses cheveux poivre et sel tirés en arrière, Domuschiev, 47 ans, père de deux enfants, remarié à Kremena Prodanova, a l’allure du fonceur à qui tout réussit. Sur le site d’Huvepharma, le laboratoire pharmaceutique qu’il dirige, une grande photo le donne à voir plus fin, plus jeune, plus brun qu’il n’apparaissait dans la corbeille des stades européens ces dernières semaines. Le golden boy bulgare soigne son image comme celle de son club, aujourd’hui le plus séduisant des Balkans.
« Il veut que le Ludogorets soit le miroir de son professionnalisme, de son succès et de son sens des affaires et que son projet soit sans aucun doute le plus réussi dans l’histoire moderne du football bulgare », appuie Teodor Borisov. Pour ça, Domuschiev « donne de son temps et de son argent » (le budget du club reste toutefois inférieur à 10 millions, loin des standards européens), appuie son ancien joueur Alexandre Barthe, recrute à tour de bras des Brésiliens (sept dans l’équipe actuelle, dont cinq naturalisés) et développe à Razgrad un centre d’entraînement ultra-moderne. « Je pense qu’il finira encore champion cette saison, puisque c’est un club très structuré, parie Barthe. Niveau finances, niveau gestion, tout est au vert, comme leur maillot. »


















