En stage commando avec la Française des Jeux
CYCLISME•En Mayenne, les coureurs des frères Madiot préparent à la dure leur saison 2010...Romain scotto
«Je ne sais pas où ils sont passés. Je les ai perdus…» Planté à la sortie d’un sous-bois, Yvon Madiot fait le guet dans sa voiture. En communication radio avec son frère, Marc, le directeur sportif de la Française des Jeux cherche ses coureurs sur les chemins de Renazé, bourgade endormie dans la campagne mayennaise. Pendant une semaine, le groupe de classiques de l’équipe s’est arrêté tout près de Laval pour un stage commando. Au programme, entre cinq et six heures de selle par jour, malgré le froid, la neige et le verglas.
Sur le circuit de cyclo-cross, le cortège se pointe enfin. Fred Guesdon emmène la troupe. A l’entraînement, le vétéran «n’aime pas rouler tranquille», assure Yvon. Matthieu Ladagnous et Sébastien Chavanel ont sorti la cagoule. Les autres préfèrent rosir sous leur casque. «De toute façon, les exercices qu’on leur impose sont tellement hard que ceux qui ne sont pas au niveau ne les supportent pas», clame le directeur sportif.
«On vient chercher ça»
Ce matin-là, on passe de l’asphalte à la boue, puis des cailloux à l’herbe. En cyclo-cross, aucun chemin n’est trop casse-pattes. Après deux heures et demie de pédalage, les visages sont déjà marqués par l’enchaînement des efforts. Un travail en amont dont le retour sur investissement est attendu au mois de mars, lors des premières grandes classiques flandriennes. «On vient chercher ça. Plus on travaille maintenant, plus on est performants pendant la saison, analyse Matthieu Ladagnous. Ce n’est pas mathématique, mais en général, si on fait de bons stages, on est plus performants.»
En fin de journée, les données physiologiques des coureurs sont analysées sur ordinateur. Impossible de se planquer, les chiffres ne mentent pas. A l’arrière du groupe, Yohan Offredo traîne la patte. «J’ai de la fièvre, je vais m’acheter de l’aspegic», glisse-t-il, la goutte au nez. Rien de bien inquiétant apparemment. En revanche, Sébastien Chavanel suscite un peu plus d’attention. Dans un champ, le sprinter a coincé sa roue avant dans une ornière. Arrêt brutal et premier vol plané de l’année.
Brigitte Lahaie dans l'autoradio
A peine le temps d’engloutir une assiette de coquillettes et il faut déjà repartir. Sous le soleil et sur la route cette fois. Trois cadets rejoignent la troupe. «On ne part pas à treize, ça porte malheur, chipote Martial Gayant. Un mécano se dévoue pour pédaler. Il tiendra une bonne heure dans la roue des pros, avant de terminer sa journée sur le bitume, incapable de se tracter à la portière de Marc Madiot dans un raidillon. «Eh oui, c’est un métier…»
Dans la voiture, l’autoradio murmure du Brigitte Lahaie. L'homosexualité chez les flamands roses, cela fait forcément sourire Marc. «C’est mon émission de l’après-midi. En général, j’écoute ça quand je suis dans le Sud.» L'ancien vainqueur de Paris-Roubaix surveille de près l’allure de ses hommes. «Les jeunes souffrent mais ils ne se plaignent pas. Ça me rassure. Aujourd’hui, ils ont retrouvé le goût du travail. Moi, s’ils râlent je leur dis: "Oui, c’est un métier où tu as mal aux pattes, où tu as mal à la gueule. Mais t’es pas obligé de le faire. Si tu veux avancer, tu dois souffrir et faire cinq heures de vélo le 5 janvier".» De retour à l’hôtel, Sandy Casar corrige: «cinq heures quinze, Marc, tu nous a encore eu d’un quart d’heure…» Souffrir, certes, mais d’abord rester lucide.


















