• L’OM va sanctionner Patrice Evra pour son coup de pied, mais veut aussi punir les supporters descendus sur le terrain, à Guimaraes.
  • Ce n’est pas la première fois que la direction tente de recadrer ses Ultras, depuis le rachat par Frank McCourt.

Une fois de plus, les « mentions » Twitter de Jacques-Henri Eyraud explosent. Cette fois, c’est parce que le président de l’OM a tweeté le lien vers un portrait de Kilian Jornet. Les Marseillais n’ont rien contre le trail. Mais ils sont un peu à cran, en ce moment. « Allez vous occuper du cas Evra », « fatigué », « vous attendez quoi », « la binocle » : voilà les douces notifications qui ont fait tinter le smartphone du président JHE, ce mardi après-midi. Il n’a pas vu celle lui signalant notre texto, pour une petite interview destinée à répondre aux craintes des supporters.

>> A lire aussi : OM: C'est Caen, la fin de la polémique Patrice Evra? Sur le terrain peut-être, en dehors pas du tout

L’affaire Evra les turlupine les Marseillais, et pas seulement à cause des commentaires absurdes de certains consultants télé. Le latéral va être lourdement sanctionné par l’OM, c’est clair comme de l’eau de roche. Mais les supporters aussi. Le club a annoncé « qu’il utilisera tous les moyens de droit à sa disposition à l’encontre d’individus qui, sous couvert de leur passion pour l’OM, mettent en danger sa réputation en pénétrant sur le terrain et en injuriant un joueur au lieu de le soutenir. »

« Comme le PSG avec le Parc »

De quoi excéder les virages, à commencer par les Fanatics, dont est issu le supporter frappé par Patrice Evra : « La seule personne ayant commis un acte de violence est celle qui portait le maillot bleu et blanc. » Tout le communiqué est à l’avenant. Et l’idée est très partagée chez les différents groupes de supporters, auprès desquels on a pris la température. « Avec leur histoire de pseudo-supporters, ils se trompent de cible », s’énerve ce quinqua, « bientôt trente ans de virage ». « On a l’impression qu’ils veulent nous censurer, qu’ils veulent orchestrer le Vélodrome comme le PSG avec le Parc », ajoute Nicolas, du Commando Ultra 84.

Le virage Nord du Vélodrome lors du match OM-Caen.
Le virage Nord du Vélodrome lors du match OM-Caen. - B. Horvat / AFP

Il emploie des mots plus choisis, mais l’expert en économie du sport Virgile Caillet partage leur analyse :

Je crois que l’affaire Evra tombe au bon moment pour McCourt et Eyraud. Disons que c’est une opportunité pour remettre à plat certaines règles avec leurs supporters, de dire que ce ne sont pas les groupes qui possèdent les clés du camion. C’est une dimension importante de leur projet : ils veulent que l’institution OM soit plus forte que tout. Il faut donc que l’institution soit au-dessus des joueurs qui y passent, des résultats… Et des supporters.

Les « gremlins » et le « bordel »

D’où ce tour de vis sévère, dont les communiqués post-Evra ne sont pas la première manifestation. Sans vouloir être exhaustif, on peut aussi citer :

  • L’interdiction de stade pour les South Winners lors de la réception d’Ostende, cet été, après des « débordements pyrotechniques » lors d’OM-Bastia. Ce n’était pas une décision des autorités mais bien une initiative du club. « Séduire la LFP en prononçant des sanctions aussi rapidement nous paraît être un bien mauvais calcul », s’étaient agacés les Winners.
  • La fin de la vente de billets à l’unité par les groupes de supporters. Et cette sortie du directeur marketing Jean-François Richard dans La Provence : « On n’est plus dans les petits arrangements, [par exemple] les charbonneurs qui tournent autour du stade les jours de match. »
  • Quelques banderoles interceptées et surtout cette consigne étrange du Monsieur Sécurité de l’OM, rapportée par RMC : il aurait demandé aux groupes de chanter « le coach démission » plutôt que « Garcia démission », par égard pour la famille de l’intéressé.
  • Un accrochage entre trois « Gremlins » (les plus chauds des Winners) et Bafé Gomis, en fin de saison dernière, raconté cette fois par L’Equipe. Depuis, les supporters ne montent plus à La Commanderie et rencontrent la direction au Vélodrome.
     

« La volonté, c’est clair, c’est d’affaiblir les groupes, affirme James, porte-parole de l’Association nationale des supporters. Dans chaque club où les dirigeants ont essayé de faire ça… Ils ont créé plus de bordel qu’autre chose ! Ça mène à quoi d’aller chercher les supporters sur un truc aussi spécial que le coup de pied d’Evra ? » La question va rester en l’air…