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Football américain, femmes et violence, la polémique prend de l'ampleur

Football américain, femmes et violence, la polémique prend de l'ampleur

ETATS-UNISAprès plusieurs fait divers, la NFL est sous pression, alors qu'elle génère un chiffre d'affaires annuel de 10 milliards de dollars...
Philippe Berry

Philippe Berry

Les images ont choqué l'Amérique. Celles de Ray Rice, 93 kilos de muscles, qui met K.O. sa fiancée dans un ascenseur d'Atlantic City et traîne son corps inanimé sans chercher de l'aide. D'abord fort clémente, la NFL a fini par suspendre «indéfiniment» le joueur mais la colère ne retombe pas, notamment chez certains groupes féministes. Alors qu'une autre star, Adrian Peterson, est accusée d'avoir battu son fils avec une branche, deux questions reviennent dans les médias américains: la NFL a-t-elle un problème de violence, et risque-t-elle de perdre une partie du public féminin.

Dans son livre Against Football, Steve Almond, ex-fan et journaliste, allume la mèche. «Quand la violence est célébrée sur le terrain, avec des ralentis et des micros placés pour que le spectateur entende les os craquer, il n'est pas surprenant qu'elle déborde en-dehors.»

«Statut de demi-dieu»

Les exemples sont nombreux. Inculpé d'un meurtre et d'un double homicide, Aaron Hernandez, des New Englands Patriots, attend son procès. Ray McDonald, des San Francisco 49ers, fait l'objet d'une enquête car il aurait frappé sa fiancée enceinte mais il continue pour l'instant de jouer. A la fac, Jameis Winston, vainqueur du trophée du meilleur joueur l'an dernier, est accusé d'avoir violé une étudiante, en 2012. Une enquête du New York Times a récemment révélé que la police locale avait protégé le joueur, refusant d'effectuer un prélèvement ADN alors que la victime présentait des bleus et ses sous-vêtements étaient couverts de sperme.

Selon Almond, le problème est systémique. «Si certaines stars se croient au-dessus des lois, c'est qu'elles sont élevées depuis le lycée à un statut de demi-dieu par les fans.» Il critique également les pressions financières. Dans une petite ville, un lycée qui remporte le championnat de l'Etat peut générer de juteuses retombées financières.

Les femmes, des fans courtisées

Les femmes représentent 45% des fans de football américain, et environ un tiers des téléspectateurs. C'est le segment le plus courtisé par les annonceurs, qui y voient un potentiel de forte croissance, alors que l'an dernier, la NFL a généré un chiffre d'affaires de près de 10 milliards de dollars. C'est cinq fois plus que la Ligue 1 en France, malgré une saison deux fois plus courte.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes, mais aussi des hommes, se sont rassemblés sous le hashtag #FireGoodell pour réclamer la démission du patron de la ligue. Le week-end dernier, à l'initiative du groupe de défense des droits des femmes UltraViolet, des avions ont traîné des bannières «Goodell must go» («Goodell doit partir») dans le ciel de cinq stades, et l'opération doit se poursuivre.

Pour Steve Almond, il existe une simple solution: arrêter de regarder le football, afin «de ne plus être complice d'un système malade». Mais Kim Gandy, du Mouvement pour mettre fin à la violence domestique, n'appelle pas à un boycott. Dans une interview sur la radio publique NPR, la semaine dernière, elle suggérait que le commissionnaire de la ligue aille passer du temps dans un refuge pour femmes battues. Selon elle, «c'est par l'éducation qu'on changera la dynamique actuelle».