Roland-Garros 2013/Daniel Nestor: «Je ne me sens pas usé par les années»
TENNIS – Le Canadien est le plus vieux joueur masculin présent à Roland-Garros…Propos recueillis par Romain Baheux
Quand une interview commence par la composition d’une équipe de Coupe Davis du début des années 90, vous pouvez vous douter que l’homme en face de vous a de la bouteille. A 40 ans, le Canadien Daniel Nestor est le plus vieux joueur engagé chez les hommes à Roland-Garros cette année, même sija Japonaise Kimiko Date-Krumm (42 ans) est la plus âgée de tout le tournoi. Parmi les meilleurs joueurs en double de l’histoire, le triple tenant du titre à Roland-Garros évoque l’évolution de son approche du tennis et sa longévité dans le milieu.
Vous avez fêté vos quarante ans en septembre 2012. Comment vous-sentez-vous?
Globalement, je me sens bien. Ce cap là ne m’a pas fait sentir plus vieux, tant mentalement que physiquement. J’étais même davantage blessé quand j’étais plus jeune et que je jouais en simple en parallèle. Il y a un peu plus de dix ans, mes blessures m’ont fait réaliser que je ne pouvais pas tenir ce rythme là pendant longtemps. Comme je me sentais plus fort en double, je m’y suis investi à fond et j’arrive à y durer. Je ne me sens pas usé par les années.
Sentez-vous que votre corps est fatigué par ces années de professionnalisme?
Pas tant que ça. Une fois de plus, je pense qu’être un joueur de double m’aide à pouvoir durer. Les matchs sont plus courts en Grand Chelem, les échanges sont plus courts… Je n’ai pas les mêmes soucis physiques que des joueurs plus jeunes, j’ai des douleurs de vieux mais je n’ai pas de rhumatismes (rires).
Qu’avez-vous fait évoluer dans votre entraînement?
Je ne dirais pas que j’ai changé ma méthode d’entraînement mais tu dois évoluer avec l’âge. Quand tu commences, tu passes des heures sur le court et tu frappes, tu frappes, tu frappes… Avec l’âge, je m’entretiens d’une autre manière en faisant du vélo et moins de tennis. Je suis arrivé à un point où je dois optimiser mes séances d’entraînement. Je sais que je ne vais plus progresser sur mon service ou sur mes coups mais je dois m’entretenir pour garder mes qualités à leur niveau actuel.
N’êtes-vous pas lassé de la vie de tennisman professionnel, des déplacements, de la répétition des tournois?
Voyager est devenu plus simple que ça ne l’était au début de ma carrière. Avec Internet, je communique plus facilement avec mes proches quand je pars sur des tournois. Ce n’est pas toujours facile mais je sais qu’il ne me reste qu’une ou deux années avant de m’arrêter. Je ne sais pas quand exactement. Ca dépendra de mon classement et de ce que je suis encore capable de faire sur les gros tournois.
Comment choisit-on de se tourner uniquement vers le double?
Ca a été une décision difficile. Le simple occupe le devant de la scène dans le tennis moderne. Quand tu es jeune et que tu rêves de passer professionnel, c’est vers le simple que tu veux te tourner et c’est ça qui te pousse. Moi, dès le début, j’ai été plus fort en double. Alors quand j’ai dû choisir à presque trente ans, je me suis dis que je ne voulais pas tourner sur le circuit du simple comme simple figurant.
Comment évolue la concurrence depuis vos débuts?
Les autres deviennent de plus en plus forts autour de moi au fil des années. Même sur le circuit de double, les gars deviennent plus costauds et frappent la balle de plus en plus fort. Quand j’étais jeune, on jouait un tennis différent. C’était plus basé sur les sensations, la créativité… On se servait plus de nos têtes, maintenant, c’est surtout de notre physique.



















