Top 14: La revanche de Bernard Laporte
RUGBY•L'entraîneur de Toulon peut remporter sa deuxième finale en deux semaines...Julien Laloye
«Vous me demandez si je suis surpris par ce que Bernard Laporte réussi avec Toulon? Franchement non. Pourquoi je le serais?» Jacques Delmas, futur entraîneur des avants toulonnais, est un de ceux qui connaît le mieux l’ancien sélectionneur des Bleus dans le petit milieu du Top 14. Presque un intime, qu’il faut croire sur parole quand il assure que rien dans les déboires de Bernard Laporte –Un mondial 2007 raté, un intermède politique mitigé et un retour avorté au Stade Français- n’aurait pu l’empêcher de réussir à Toulon, où il va disputer sa quatrième finale en vingt mois samedi face à Castres.
«On fait du rugby parce qu’on aime les autres»
Des casseroles qui ont pourtant failli refroidir Mourad Boudjellal, laissé en rade par PSA en septembre 2011. «On me disait: y penser est une faute, le prendre un pêché» raconte le président varois dans son autobiographie. Une rencontre entre les deux hommes dans le salon de l’aéroport Marignane fait tout basculer: «Le courant est si bien passé qu’on a décidé de déjeuner ensemble. J’ai découvert un mec humble et pas tordu pour un sou.» Un mec qui a par exemple proposé de baisser son salaire les premiers mois pour s’offrir une ou deux pointures de plus. «Je voulais entraîner, retrouver les vestiaires. Gueuler après Botha, gueuler après Jonny Wilkinson, c'est du pur bonheur! Ces mecs que tu haïssais quand tu les jouais. Et aujourd'hui, voir l'humilité qu'ils ont... Le rugby, c'est ça. On en fait parce qu'on aime les autres», justifie Laporte.
Les coups de gueule du bonhomme ne sont pas qu’une légende inventée par les Guignols de l’info. Thomas Lombard se souvient de soufflantes mémorables dans les vestiaires de Jean Bouin lors de leur cohabitation au Stade Français au début des années 2000. Jamais gratuites. «Ca peut sembler exagéré vu de l’extérieur, mais Bernard est un type passionnant et passionné. Chacune de ses causeries vous remue, chaque critique entraîne une réaction d’orgueil.» Et permettent de diriger un effectif de star aguerries. «Ce groupe du RCT transpire l’envie de vivre ensemble, il doit bien y être pour quelque chose» loue Delmas. Parce que la plupart du temps, Laporte, «un bourreau de travail», a raison quand il parle de rugby: «Après les matchs, Bernard rentrait chez lui directement tout analyser à la vidéo. Et quand il nous disait d’appliquer une stratégie, ça marchait neuf fois sur dix sur le terrain» raconte Lombard.
«Il y a des types comme ça qui ont un destin»
Surtout que c’est souvent la même. Le fameux tryptique défense/conquête/grand buteur, aux résultats indiscutables en club (quatre titres avec le stade Français, un en attendant samedi avec Toulon). Un peu moins en équipe de France, où le grand public se souvient surtout des demi-finales de mondial perdues à son propre jeu face à l’Angleterre, oubliant les quatre victoires dans le Tournoi, avec deux Grands Chelems à la clé. «S’il y a bien un adjectif qu’on peut accoler à Bernard, c’est celui de l’efficacité, rectifie Delmas. Il entraîne les Bleus pendant huit ans, file en politique sans rien y connaître et s’y sent comme un poisson de l’eau. Il revient dans le rugby, et c’est comme s’il n’était jamais parti. Il y a des types comme ça, ils ont destin.» Celui de Laporte est tout tracé: devenir le premier coach français à remporter le doublé H Cup-Top 14 depuis que la «vraie» Coupe d’Europe, celle avec les Anglais, existe.



















