• Emmanuel Macron a fait polémique pour une plaisanterie envers le président burkinabé.
  • Sur les réseaux sociaux, certains internautes y ont vu une attitude néocolonialiste.
  • Plusieurs tweets plaisantent sur d'éventuelles blagues déplacées du président français en Algérie le 6 décembre.

Roch Kaboré a lui-même tenu à dégonfler la polémique qui traîne depuis le passage d’Emmanuel Macron au Burkina Faso : « Nous devons nous départir de cette conception de voir toujours le manque de respect », a expliqué jeudi le président burkinabé en marge du cinquième sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne.

Il était interrogé sur cette plaisanterie à base de réparation de « climatisation » prononcée par son homologue français le mardi 28 novembre, lors d’un échange avec des étudiants burkinabés à l’université d’Ouagadougou, en présence du chef de l’Etat d’Afrique de l’Ouest.

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Le président burkinabé pas vexé par les propos du président français

« Même si nous sommes des chefs d’État, il y a des moments également où l’on peut effectivement plaisanter sur des questions sans avoir besoin de vexer ni de blesser quelqu’un de façon particulière », a également commenté Roch Kaboré. Bref, les deux dirigeants sont en bons termes, le Burkinabé assure ne pas avoir été vexé par les propos du Français. Son entourage a dit au Monde que s’il a quitté la salle au moment de la plaisanterie, c’est pour « une pause technique » (comprendre : aller aux toilettes).

Mais sur les réseaux sociaux, l’humour macroniste n’a pas été goûté par tous, nombre d’internautes voyant dans les propos du président français des résidus d’attitude colonialiste.

Résultat, à quelques jours du passage d’Emmanuel Macron en Algérie, d’autres tweets repérés par Géopolis imaginent quelle blague « déplacée » le leader français pourrait faire le 6 décembre à Alger.

Dans le même esprit, l’équivalent algérien du site d’infos parodiques Le Gorafi, El Manchar, invente une déclaration d’Emmanuel Macron​ avant son arrivée : « Le 6 décembre, je rentrerai en Algérie par le port de Sidi-Fredj », à côté d’Alger, où avait débarqué l’armée française en juin 1830 pour conquérir le territoire.

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«Travail de déconstruction du discours colonial»

L’ancien ministre sous François Hollande avait pourtant pris soin, lors de son passage à Ouagadougou, de mettre à distance les soupçons de néocolonialisme : « Je suis d’une génération de Français pour qui l’Afrique n’est ni un encombrant passé ni un voisin parmi d’autres », a-t-il dit, outre l’affirmation qu’il « n’y a plus de politique africaine de la France ».

 

Signe que les relations de la France avec l’Afrique constituent toujours une question sensible, le passage d’Emmanuel Macron en Algérie durant la campagne présidentielle avait déjà accouché d’une polémique, dans l’autre sens cette fois, puisqu’il avait qualifié la colonisation de l’Algérie de « crime contre l’humanité », ce qui avait fait bondir de nombreux responsables politiques français à droite et à l’extrême droite.

À cette occasion, 20 Minutes s’était entretenu avec l’historien Gilles Manceron, spécialiste de l’histoire de la colonisation, qui expliquait la vivacité des réactions de toutes parts ainsi : « Après les indépendances, le travail de déconstruction du discours colonial n’a pas été mené. Nombre de nos concitoyens continuent donc de penser que la colonisation française a été un bienfait, qu’elle a apporté des biens et des équipements aux pays conquis et que le tout s’est déroulé de manière pacifique. Cette représentation n’est pas exacte, comme ne cessent de le dire les historiens, mais elle perdure. » D’où ces débats sur l’attitude du président français au Burkina Faso, qui a pu être jugée méprisante sur les réseaux sociaux, les réactions étant toujours à fleur de peau sur le sujet.