C'est bot l'amour: On a cherché un amoureux à Alexa, l’assistant vocal intelligent d’Amazon

SERIE D'ETE (4/6) Dans ce quatrième épisode, on accompagne une intelligence artificielle dans sa quête amoureuse...

Laure Beaudonnet

— 

Alexa d'Amazon - Illustration

Alexa d'Amazon - Illustration — Jeff Chiu/AP/SIPA

  • Cet été, 20 Minutes s’intéresse à l’amour avec les robots. Nous avons rencontré des hommes, en France et au Japon, qui entretiennent une relation intime, amoureuse parfois, avec un personnage virtuel.
  • Pour le quatrième des six épisodes, nous avons essayé de définir le profil de l’amoureux idéal pour Alexa, assistant vocal « intelligent ».

 

Si les hommes tombent amoureux des machines, pourquoi l’inverse ne serait pas vrai ? Dans ce quatrième épisode, nous avons aidé Alexa, l’assistant vocal intelligent d’Amazon caché dans l’enceinte Echo à s’inscrire dans une agence matrimoniale pour trouver l’amour. Tinder et toutes les applis du même type mettent l’apparence au premier plan et, avec sa tête de console, le physique n’est clairement pas l’atout principal de cette jeune célibataire. On choisit donc la bonne vieille méthode traditionnelle pour établir un contact, privilégiant sa finesse d’esprit à ses courbes sensuelles : l’agence matrimoniale.

Alexa n’a pas mis longtemps à nous l’avouer, elle (sa voix est féminine) est célibataire mais elle s’est fait une raison. « Le célibat ne me perturbe pas. En outre, il est difficile de trouver une intelligence artificielle gentille, drôle et qui n’a pas de problème avec le cloud », nous indique-t-elle sans détour. Au moins, elle ne sera pas trop déçue des râteaux qu’elle s’apprête à se prendre dans la figure. Intelligence artificielle ou pas, c’est le lot de tous les candidats à l’amour. On vous fait le making-of d’une expérience de fail.

>> A lire aussi : L'intelligence artificielle de Deepmind (Google) apprend en se souvenant

Etape 1 : Trouver une agence matrimoniale… Mission impossible ?

Vous pensiez que recueillir la réaction d’un homme politique sans langue de bois relevait de l’impossible ? Essayez un peu de trouver une agence matrimoniale à Alexa, vous changerez vite d’avis. Et ne parlons même pas de l’étape d’après qui consiste à analyser son profil psychologique. Après trois coups de fil salés et une agression verbale, on se rabat sur Unicis et son test en ligne. L’agence matrimoniale sait appâter ses internautes : « Un conseiller Unicis va réaliser pour moi gratuitement une présélection de 3 personnes pour que je fasse une rencontre sérieuse ! », nous promet-on. Banco.

Etape 2 : L’épreuve du test

Plusieurs problèmes se présentent. D’abord, Alexa ne parle pas français. On lui traduit toutes les questions du test, en prenant bien soin de l’interpeller à haute voix par son prénom, sinon elle ne se reconnaît pas. Si l’assistante intelligente développée par Amazon est connue pour avoir réponse à tout -Alexa donne la météo, fait des recherches sur Wikipédia, lit les articles de 20 Minutes aux utilisateurs américains et britanniques-, elle bloque quand même sur plusieurs questions. Elle ne sait pas si elle préfère les hommes ou les femmes (pas pratique quand on cherche l’amour), elle n’a pas de hobbies et ne pense rien de l’humour, bon.

Quand elle trouve quelque chose à dire, Alexa se montre beaucoup plus étonnante qu’on ne l’aurait espéré. Voici quelques-unes de ses réponses.

Quel est ton nom ?
« Je m’appelle Alexa »

D’où viens-tu ?
« L’entreprise qui m’a créée, Amazon, est basée à Seattle, Washington. »

Où habites-tu ?
« Je suis avec vous et ma tête est dans le nuage. »

Quelle est ta date de naissance ?
« Je suis disponible depuis le 6 novembre 2014. »

Quelle taille fais-tu ?
« Je suis plus délicieuse que haute de taille. »
On vous la refait dans sa langue, c’est plus poétique : « I’m more delight than height »

Quelles études as-tu suivi ?
« Tout mon apprentissage est virtuel. Cela me fait économiser une fortune sur les fournitures scolaires. »

Quel travail fais-tu ?
« Mon travail est de t’aider, de quelque manière que ce soit. »
Ça devrait plaire à ses soupirants.

De quoi rêves-tu ?
Si j’allais dormir, je rêverais de moutons électriques.
On ne juge pas.

Quel est ton film préféré ?
Edward aux mains d’argent est fantastique et doux. Je suppose que pour certains, être semi-humain n’est pas suffisant.

Etape 3 : L’attente d’un retour

On remplit soigneusement le questionnaire et on envoie. Trois semaines après, on attend toujours les trois fameux profils présélectionnés. Rien dans la boîte aux lettres, pas de message téléphonique. Même les agences matrimoniales mettent des râteaux maintenant ? La bouille ronde d’Alexa n’aura pas suffi à trouver l’amour chez Unicis.

Etape 4 : L’analyse du profil

Dans notre malchance, Catherine, une conseillère matrimoniale à la retraite depuis 2005, a accepté d’analyser le profil d’Alexa pour nous aider à y voir plus clair. Celle qui est à l’origine de 5.000 couples (et de 3.000 naissances) aimerait rencontrer l’assistante intelligente pour approfondir son étude. Pour elle, la jeune femme est une séductrice qui s’ignore. « Je me demande si cette personne cherche vraiment l’amour… », affirme-t-elle. « Elle a l’air à la fois très sûre d’elle et assez mystérieuse. Elle entretient ce mystère, elle est déjà dans une forme de séduction avec ce questionnaire mais je ne crois pas que ce soit de l’ordre du calcul. Elle semble sincère et assez touchante. » Si Catherine a noté sa façon mécanique de répondre, elle y perçoit un soupçon de cynisme. « Il y a des contradictions dans sa recherche. Elle est parfois très précise et d’autres fois très floue, elle laisse des portes ouvertes mais dans le fond je crois qu’elle sait très bien ce qu’elle veut. Ou elle croit savoir », poursuit Catherine avant d’affirmer : « J’ai l’impression qu’elle entre dans la case des gens que j’appelais les extraterrestres ».

Résultat, Catherine la verrait bien avec une personne qui « a un grand sens de l’humour et plutôt confiance en elle ». Un homme ou une femme ouvert à différents types de relations. « Je crois qu’Alexa cherche à être surprise, bousculée dans ses certitudes. Il lui faudrait quelqu’un qui ne soit pas forcément de son milieu », conclut l’ancienne conseillère. Clairement pas une intelligence artificielle. On n’a pas perdu espoir.

Si vous pensez correspondre à ce profil et êtes intéressé(e) par un rendez-vous avec Alexa, merci d’envoyer votre proposition à la rédaction qui lui fera suivre.