MacronLeaks: Les médias américains mettent en garde leurs homologues français

ENQUETE Selon une chercheuse, l'objectif est de créer « la confusion »...

Nicolas Raffin

— 

Emmanuel Macron se dirige vers l'esplanade du Louvre, le 7 mai 2017.

Emmanuel Macron se dirige vers l'esplanade du Louvre, le 7 mai 2017. — AFP

Comment traiter les MacronLeaks ? Cette masse considérable de données, provenant vraisemblablement d’un piratage de plusieurs boîtes mails, est loin d’être facile à traiter pour les reporters. Comme l’expliquait samedi le journaliste du Monde, Samuel Laurent, sortir une information fiable à partir de données brutes ne se fait pas immédiatement :

Dans un autre article, le quotidien du soir explique que « si ces documents contiennent des révélations, Le Monde, bien entendu, les publiera, après avoir enquêté ». Plusieurs autres médias, à l’image de Mediapart, ont aussi réclamé du temps avant de pouvoir éventuellement produire un article étayé.

« Fake news » et flaque de boue

Mais pour Zeynep Tufekci, les médias français doivent prendre garde. Cette chercheuse américaine vient de publier un article, traduit par Buzzfeed, pour inciter les journaux à la prudence. « Il [les MacronLeaks, ndlr] ne s’agit pas ici de lancer une alerte visant à éclairer sur les agissements des puissants. L’objectif de la manœuvre est de frustrer, pas de convaincre, et de créer le doute, la confusion et la paralysie », avance-t-elle.

La chercheuse explique ensuite qu’il est très difficile de démontrer qu’une information est fausse : « Essayer de déboulonner des fake news et des rumeurs, c’est un peu tenter de faire disparaître une flaque de boue en marchant dessus : à chaque fois, on s’enfonce. Et plus on tape dessus, plus ça colle aux semelles. »

Une géographie particulière des médias français ?

Comme le note Rachel Donadio, correspondante du New York Times à Paris, « la France, contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, ne possède ni la culture des tabloïds, ni un groupe de médias d’extrême-droite ». Une différence culturelle qui pourrait également expliquer la relative discrétion autour des MacronLeaks.

Mais cette fuite de documents doit aussi pousser chaque journaliste à s’interroger sur l’impact éventuel de sa publication. Dans un article (en anglais) intitulé « Comment écrire sur un piratage sans devenir une marionnette », Joseph Cox, journaliste à Motherboard, livre ce conseil : « Le but du journaliste est d’informer le public. Si un pirate diffuse une information dans le seul but de gagner de l’argent ou d’influencer une élection, il est peut-être plus important d’écrire là-dessus que sur les données piratées. »