«Daesh a les moyens humains et financiers de créer son propre réseau social»

INTERVIEW Le groupe djihadiste cherche selon Europol à se doter d'une plateforme indépendante. «20 Minutes» fait le point avec un expert en cybersécurité...

Dorian Debals

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Daesh essaye par tous les moyens d'échapper à la censure de leurs contenus sur Internet

Daesh essaye par tous les moyens d'échapper à la censure de leurs contenus sur Internet — © Dado Ruvic / Reuters

Un réseau social made in Raqqa ? C’est en tout cas ce que craint l’office de police criminelle Europol qui a mené la semaine dernière une opération de grande ampleur contre la propagande en ligne de groupes terroristes. Daesh souhaite pouvoir continuer son endoctrinement et gérer ses financements à l’abri des contrôles de sécurité. 20 Minutes donne la parole à Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité et auteur de La Cybersécurité (PUF).

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Pourquoi Daesh veut-il créer sa propre plateforme ?

Il s’agit d’une adaptation du groupe djihadiste aux attaques coordonnées qu’il subit massivement sur Internet. Face à l’engagement croissant des réseaux sociaux à lutter contre le contenu terroriste, il faut innover. La pression est telle sur les dirigeants des plateformes qu’utilise Daesh depuis son avènement que des comptes qui auparavant restaient en ligne plusieurs mois ne survivent aujourd’hui que quelques heures. La première parade a été pour les djihadistes d’intégrer systématiquement dans la description des comptes concernés des liens vers d’autres utilisateurs. Cela ne suffit plus aujourd’hui, il leur faut donc trouver une parade.

En ont-ils les capacités techniques ?

Oui. L’architecture d’un réseau social prend du temps à construire mais ils en ont les moyens financiers et humains. Ils procéderont sûrement en deux temps : d’abord un accès restreint qui permettra uniquement de lire le contenu, puis un accès plus large une fois les profils vérifiés pour pouvoir partager. Ensuite le fonctionnement sera celui d’un réseau social classique, tel qu’on les connaît. Ils démultiplieront aussi les supports afin de scinder l’information. L’enjeu pour eux sera la maintenance d’une telle plateforme.

Pourra-t-on y bloquer l’accès depuis la France ?

Non. Ce réseau social sera hébergé à l’étranger, dans un pays où tout type de contenu est accepté. Et en France aujourd’hui la plupart des internautes qui se connectent sur des sites djihadistes le font grâce à un réseau privé virtuel (VPN), qui permet d’utiliser une autre adresse IP que la sienne, généralement en dehors du pays. Les services de renseignement le savent : à l’heure des comptes anonymes comme sur les applications Telegram ou Signal, la meilleure solution reste l’inflitration, dont Daesh a la hantise. Il faudra donc que les enquêteurs puissent s’inscrire à l’application dès le début. L’enjeu pour Daesh sera de ne pas baisser la garde en pensant que la technologie seule les protège.