Réagir en émojis
Réagir en émojis - AP/SIPA

Plus question de parler de simples petits dessins kawaï. La variété des émojis en a fait depuis quelques années, un véritable outil d’expression contemporain. Complètement intégrés à notre manière de communiquer par message ou de réagir à des sujets sur internet, les émojis sont désormais partout. Et l’un des thèmes de prédilection ces derniers temps, c’est la politique.

« Le passage du verbe à la chair »

Pour Vincenzo Susca, interrogé par 20Minutes les émojis sont « une évolution du langage » spécifique à la culture numérique. « Les émojis représentent le passage du verbe à la chair. De la parole au langage du corps », illustre le maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul-Valéry de Montpellier III. Aux Etats-Unis le poing levé est l’émoji far. Hamdan Azhar, fondateur du laboratoire de data journalisme Prismoji, a déterminé, grâce aux API Twitter, quelles étaient les émoticônes les plus utilisées dans les tweets liés aux sujets d’actualité concernant Donald Trump. En janvier, sur les hashtags #NoBanNoWall, #NotMyPresident, #TheResistance et #WomensMarch l’émoji poing levé, symbole de résistance, est celle qui revient à chaque fois. Les autres favoris sont le cœur, le drapeau américain et le smiley qui pleure de rire.

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En France aussi, à l’approche de l’élection présidentielle, les émojis déferlent sur Twitter ou en commentaire des articles de presse. Une façon de donner son opinion sur un sujet. « La culture numérique nous connecte avec l’autre et cette connexion est de plus en plus liée à l’émotion, explique l’auteur du livre Les Affinités connectives. On réagit ensemble et avant même de réfléchir, nous nous émouvons ».

« Ce n’est pas forcément une réaction moins intelligente »

Par exemple, mardi, l’article de 20 Minutes sur la conférence de presse de François Fillion diffusée à la télévision a suscité beaucoup de réactions en émojis sur Facebook. Sur les 43.000 réactions, on compte 17.000 émojis qui éclatent de rire et 13.000 émojis énervés. Un chiffre écrasant comparé aux quelque 1.500 commentaires écrits. « Ce n’est pas forcément une réaction moins intelligente qu’un texte écrit, nuance Vincenzo Susca. On pense avec les sens. La communication n’est pas basée sur le recul, mais sur l’empathie et cela montre une capacité à rentrer en phase avec les choses. »

« L’élection présidentielle est une période où l’on appelle de plus en plus à l’émotion publique. Le risque c’est que les politiques voient leur image consumée par ce trop-plein d’émotions », tempère-t-il.

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