L'entrepôt d'Amazon de Swansea, au Royaume-Uni, est grand comme 10 terrains de foot.
L'entrepôt d'Amazon de Swansea, au Royaume-Uni, est grand comme 10 terrains de foot. - REX FEATURES/SIPA

Une nuit de travail de 10h30, 18 kilomètres à pied et un objet à récupérer toutes les 33 secondes: tel était le quotidien d'un journaliste de la BBC infiltré en caméra cachée dans un entrepôt d'Amazon, en Grande-Bretagne, pendant plusieurs semaines.

L'enquête a été diffusée dans l'émission Panorama, lundi soir, et soumise à l'analyse de Michael Marmot, un expert en stress au travail. Selon lui, les conditions dans les entrepôts d'Amazon «augmentent les risques de troubles physiques et psychologiques» des employées. Il dénonce «la recherche de l'efficacité au détriment de la santé».

«Nous sommes des machines»

Le journaliste de la BBC, Adam Littler, était un «pickeur». Son rôle: arpenter les allées d'un hangar de 75.000 m², grand comme 10 terrains de de foot, et empiler livres, téléviseurs et smartphones sur son chariot.

Un bip sur son scanner lui indique la localisation du prochain objet et lui alloue un certain nombre de secondes pour y parvenir. Pas assez rapide? Une erreur? Le scanner sonne et prévient les superviseurs. «Nous sommes des machines, nous sommes des robots. On ne réfléchit pas. J'ai marché ou me suis traîné sur du béton pendant 18 kilomètres, hier soir. Je suis fracassé, je ne sens plus mes pieds», raconte-il.

En violation du droit du travail?

Il travaillait 10h30 par nuit, avec une pause d'une heure, quatre nuits par semaine, pour un salaire de 10 euros de l'heure –un bonus de 30% par rapport au taux horaire de jour– soit environ 1.500 euros par mois. Pour les fêtes, Amazon recrute 15.000 travailleurs temporaires supplémentaires pour faire face au rush.

Un expert britannique en droit du travail estime que les horaires, vu la pénibilité de la tâche, sont en violation de la réglementation et ne devraient pas dépasser huit heures par nuit. Amazon se défend et affirme respecter les règles en vigueur en Grande-Bretagne. L'entreprise jure à la BBC que la santé et la sécurité de ses employés sont ses «priorités numéro 1», et que les objectifs sont fixés à partir de moyennes atteintes par les salariés.

Des robots-coursiers déployés

Ce n'est pas la première fois qu'Amazon se trouve sous le feu des critiques. Le géant a déjà dû défendre ses conditions de travail aux Etats-Unis et en France, après la parution du livre du journaliste Jean-Baptiste Malet. La solution pour Amazon? Remplacer l'humain par la machine. L'an dernier, il a racheté le fabricant de robots Kiva Systems et a commencé de déployer la technologie dans trois entrepôts américains.

Des pods mobiles circulent dans le hangar et soulèvent les étagères pour les amener jusqu'à un employé qui peut empaqueter la commande sans se déplacer. Il faudra cependant plusieurs années avant que tous ses centres –une cinquantaine dans le monde– y passent. Et l'impact de l'automatisation sur l'emploi? Pour l'instant, les ventes, comme les embauches, continuent de croître.

>> Vidéo d'un hangar automatisé

 

Mots-clés :