Fostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- Lors d’un entretien d’embauche, certaines questions sur la vie privée n’ont pas leur place.
- Santé, famille, religion ou opinions politiques : un recruteur ne peut pas tout demander.
- En France, les candidats sont en droit de refuser de répondre aux questions sans lien direct avec le poste proposé.
Tout se passe bien, jusqu'à ce que le recruteur s'intéresse soudain à votre vie personnelle. Une question sur vos enfants, votre santé ou vos convictions peut sembler anodine, surtout lorsqu'elle est posée sur le ton de la conversation. Pourtant, un entretien d'embauche n'autorise pas toutes les curiosités. En France, le Code du travail impose une règle simple : les informations demandées doivent avoir un lien direct et nécessaire avec le poste ou les compétences recherchées. Certaines questions, parfois posées sans mauvaise intention, dépassent donc largement le cadre professionnel. Voici dix sujets sur lesquels vous êtes parfaitement en droit de garder le silence.
Avez-vous des enfants ?
Le nombre d'enfants, leur âge ou l'organisation de votre foyer n'ont pas à entrer dans l'évaluation de votre candidature. Votre situation familiale relève de votre vie privée, qu'il s'agisse de votre statut marital ou de vos responsabilités parentales.
Un employeur peut en revanche vérifier votre disponibilité pour des déplacements ou des horaires particuliers, dès lors que ces contraintes sont réellement liées au poste. Mais il ne peut pas en déduire qu'un parent sera nécessairement moins disponible qu'un candidat sans enfant.
Comptez-vous bientôt avoir un enfant ?
Derrière une question présentée comme une simple projection dans l'avenir peut se cacher une discrimination liée à la grossesse ou à un projet de parentalité. Ce type d'interrogation concerne encore particulièrement les femmes, notamment lorsqu'elles sont en âge d'avoir des enfants.
Que vous envisagiez une grossesse ou non, vous n'avez pas à dévoiler vos intentions. Votre réponse ne doit pas conditionner une éventuelle embauche. Un recruteur doit apprécier vos compétences et votre capacité à occuper le poste, pas chercher à anticiper vos projets familiaux.
Avez-vous des problèmes de santé ?
Antécédents médicaux, traitements, maladies chroniques : ces informations ne regardent pas la personne qui conduit l'entretien. Votre dossier médical n'a pas à être examiné pour juger vos compétences, et un recruteur ne peut pas exiger que vous lui racontiez votre parcours de santé.
Pour certains emplois, une évaluation médicale peut néanmoins être nécessaire, notamment lorsque les missions présentent des risques particuliers. Elle relève alors des professionnels de santé au travail, soumis au secret médical. L'employeur n'a pas à connaître les détails de votre état de santé.
Quelle religion pratiquez-vous ?
Vos croyances, comme votre absence de religion, ne constituent pas un critère de recrutement. La question peut aussi surgir indirectement, à propos de vos habitudes alimentaires, de certaines fêtes ou de pratiques religieuses. Autant de sujets qui n'ont généralement aucun rapport avec vos qualifications.
Sauf situation exceptionnelle légalement justifiée par la nature des missions, vous n'avez pas à expliquer vos convictions. Un employeur ne peut pas non plus vous écarter d'un recrutement simplement parce que votre religion ne correspond pas à ses préférences personnelles.
Pour qui votez-vous ?
Une discussion sur l'actualité peut rapidement prendre une tournure politique. Mais un recruteur ne peut pas chercher à connaître vos préférences électorales pour décider de vous embaucher. Votre appartenance à un parti ou vos opinions sur un gouvernement relèvent de votre liberté individuelle.
Si la conversation prend cette direction, vous pouvez parfaitement ramener l'échange à votre expérience et à vos méthodes de travail. Vos convictions personnelles ne disent rien, en elles-mêmes, de vos aptitudes professionnelles, et ne doivent pas devenir un critère de sélection.
Êtes-vous membre d'un syndicat ?
L'engagement syndical est protégé par la loi. Qu'il soit ancien, actuel ou simplement envisagé, il ne doit pas peser sur la sélection d'un futur salarié. Un recruteur n'a donc pas à chercher à savoir si vous êtes syndiqué ou si vous avez déjà exercé des responsabilités syndicales.
Même si le sujet arrive naturellement dans la conversation, vous êtes libre de ne pas préciser votre appartenance. La liberté syndicale concerne aussi les candidats à l'embauche, qui ne peuvent être écartés en raison de leur engagement.
Quel âge avez-vous ?
Votre âge ne devrait pas servir à écarter votre candidature. Un recruteur ne peut pas utiliser votre date de naissance pour présumer de votre énergie, de votre capacité d'adaptation ou de votre proximité avec la retraite. Les préjugés liés à l'âge peuvent d'ailleurs pénaliser aussi bien les jeunes candidats que les profils expérimentés.
Il peut toutefois vérifier des conditions d'âge prévues par la loi pour certaines fonctions. En dehors de ces situations particulières, votre parcours, vos qualifications et vos expériences doivent rester les principaux éléments pris en compte.
D'où venez-vous vraiment ?
Une remarque sur votre nom, votre accent ou vos origines peut sembler relever de la simple curiosité. Elle devient problématique lorsqu'elle cherche à établir votre ascendance, votre origine ethnique ou votre histoire familiale. Ces informations ne doivent pas intervenir dans la décision de recrutement.
Un employeur peut naturellement vérifier que vous êtes autorisé à travailler en France, lorsque cette vérification est nécessaire. Cela ne lui donne pas pour autant carte blanche pour enquêter sur la nationalité de vos parents ou le pays d'origine de votre famille.
Quelle est votre orientation sexuelle ?
Votre vie affective et votre orientation sexuelle n'ont aucune place dans la sélection d'un candidat. Même formulée avec légèreté, une question de ce type reste intrusive et peut ouvrir la voie à une discrimination. Le fait qu'un recruteur cherche simplement à faire connaissance ne suffit pas à la justifier.
Vous n'avez aucune obligation de donner des précisions sur votre partenaire, votre vie de couple ou votre intimité. Ces éléments sont sans rapport avec vos capacités professionnelles et ne peuvent pas servir à apprécier votre candidature.
Avez-vous des dettes ?
Crédits en cours, difficultés financières ou situation bancaire n'ont, en principe, pas à être abordés lors d'un entretien. La CNIL rappelle que les informations collectées pendant un recrutement doivent être pertinentes au regard de l'emploi proposé. Votre budget personnel n'a donc pas à devenir un sujet de conversation.
Si une question vous met mal à l'aise, inutile de vous lancer dans de longues explications. Vous pouvez simplement rappeler votre motivation et revenir aux responsabilités du poste. Refuser de dévoiler des informations sans rapport avec l'emploi ne devrait jamais vous pénaliser dans un recrutement.