Travailler 12 jours d’affilée sans repos : ce que la loi permet désormais
Repos hebdomadaire•La Cour de cassation a rendu une décision qui pourrait changer l’organisation du travail de nombreux salariés. Explications sur ce que cela impliqueFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- La Cour de cassation a estimé, le 13 novembre 2025, que le repos hebdomadaire s’apprécie par semaine civile, permettant dans certains cas d’enchaîner jusqu’à douze jours de travail consécutifs.
- Issue d’un litige entre Aegis Pharma et l’un de ses cadres, cette interprétation s’inscrit dans le cadre du droit européen sans modifier la loi.
- Elle offre une nouvelle souplesse aux entreprises, tout en suscitant des inquiétudes sur la fatigue et la santé des salariés.
La décision a immédiatement suscité des réactions tant elle bouscule une lecture largement admise du droit du travail. Alors que l’article L.3132-1 pose le principe clair d’un repos après six jours travaillés, la Cour de cassation a jugé, le 13 novembre 2025, que ce repos obligatoire devait s’apprécier à l’échelle de la semaine civile, du lundi au dimanche. En creux, cette interprétation ouvre une brèche juridique : en organisant les plannings sur deux semaines consécutives, un employeur peut légalement enchaîner jusqu’à douze jours de travail sans repos, en s’appuyant sur le mécanisme de la semaine dite « glissante ».
Temps de travail : un cadre juridique redéfini
La Cour de cassation a ainsi tranché un contentieux opposant la société Aegis Pharma à son directeur des ventes et validé la possibilité, pour un employeur, de faire travailler un salarié jusqu’à douze jours consécutifs. Le litige portait sur des périodes intenses liées à des salons professionnels, durant lesquelles l'employé avait enchaîné onze puis douze jours de travail. Si la cour d’appel de Bordeaux lui avait initialement donné raison, la plus haute juridiction judiciaire a annulé cette décision, retenant une lecture plus stricte des textes.
Au cœur de ce raisonnement, la notion de semaine civile. La Cour rappelle que le Code du travail prévoit un repos hebdomadaire minimal de vingt-quatre heures, auquel s’ajoutent les onze heures de repos quotidien, mais précise que ce repos s’apprécie du lundi au dimanche. En pratique, un salarié peut donc travailler du mardi d’une semaine au samedi de la suivante sans enfreindre la loi, dès lors qu’il bénéficie d’un repos le lundi de la première semaine et le dimanche de la seconde. Une interprétation conforme au droit européen, qui impose un repos sur chaque période de sept jours sans exiger qu’il intervienne immédiatement après six jours de travail consécutifs.
Une organisation du travail questionnée
Sur le terrain, l’idée d’enchaîner douze jours de travail suscite d’abord de la réticence. Beaucoup de salariés évoquent un rythme difficilement tenable, avec la crainte d’une fatigue qui finit par altérer la concentration et la qualité du travail. Pour certains, la perspective même d’une telle organisation semble incompatible avec un équilibre professionnel durable, tant l’effort demandé paraît excessif sur la durée.
Dans certains secteurs comme la restauration, le débat est plus nuancé. Quelques salariés y voient un levier ponctuel pour regrouper des jours de repos et dégager de véritables temps de pause, mais les employeurs avancent avec retenue. Ils redoutent qu’un recours trop fréquent à ce type de planning n’épuise les équipes et ne se répercute sur le service rendu. Les spécialistes des ressources humaines alertent, eux, sur les conséquences en matière de santé et de sécurité, rappelant que l’accumulation de jours travaillés augmente mécaniquement les risques, en particulier dans les métiers physiquement exigeants, et qu’une organisation poussée en permanence à ses limites finit toujours par montrer ses failles.
Des usages encadrés selon les secteurs
Dans certains secteurs soumis à de fortes contraintes saisonnières, cette lecture du droit ouvre des perspectives nouvelles, sans pour autant lever toutes les réserves. Dans l’agriculture notamment, l’intérêt est évident lors des vendanges ou des moissons, quand l’activité se concentre sur quelques jours et impose des rythmes soutenus. Mais l’idée d’un recours ponctuel reste centrale, avec une vigilance constante sur l’état de fatigue et la santé des salariés, afin d’éviter que l’exception ne devienne une norme de gestion.
Plus largement, cette interprétation modifie le cadre pour les entreprises confrontées à des pics d’activité. Là où des dérogations spécifiques avaient été nécessaires par le passé, notamment lors de grands événements, le droit commun suffit désormais, à condition que chaque semaine civile comporte bien son temps de repos. Cette souplesse demeure toutefois limitée par les accords collectifs, qui peuvent prévoir des règles plus protectrices et s’imposent alors pleinement à l’employeur, rappelant que la marge de manœuvre reste juridiquement balisée.



















