Ingénierie, RH, vente… Pourquoi ces secteurs sont en pénurie de jeunes (et recrutent fort) ?
métiers en tension•Une étude de Job Teaser met en lumière un paradoxe : malgré la difficulté à recruter des jeunes profils, leur taux de chômage ne cesse de croîtreYoussef Zein
L'essentiel
- Malgré un taux de chômage élevé chez les jeunes, certains secteurs comme l’ingénierie manquent de diplômés, tandis que d’autres comme la finance sont très concurrentiels.
- La parité dans les filières scientifiques reste un défi, avec une baisse de 28 % des inscriptions féminines depuis 2019.
- Les auteurs de l’étude encouragent les jeunes à choisir leur cursus en tenant compte du marché du travail, tout en sachant s’adapter aux changements futurs.
Dans de nombreux secteurs, les jeunes diplômés deviennent une denrée rare. C’est ce que l’on peut déduire de la dernière étude de la plateforme de recrutement Job Teaser parue aujourd’hui, portant sur les métiers en tension. Pourtant, le taux de chômage des jeunes est en hausse a atteint 19,2 % en février. L’étude, basée sur plus de 4 millions de candidatures et 250.000 offres d’emploi, a permis d’établir un « indice d’employabilité » pour chacun des métiers et de dresser un top.
Au même titre que les métiers de la vente, de l’environnement et des RH, les ingénieurs sont particulièrement sollicités. La profession enregistre actuellement un déficit annuel de 20.000 jeunes diplômés. À l’inverse, les métiers de la finance sont très populaires. Sur un même poste, la concurrence peut être rude.
Des études scientifiques à revaloriser
Selon les auteurs de l’étude, cette pénurie trouve ses causes dans le système éducatif, qui ne met pas suffisamment en valeur les filières concernées. En particulier quand elles sont scientifiques : « Il faut revaloriser ces matières, mieux faire connaître leurs débouchés et rendre ces professions plus lisibles et accessibles. Aujourd’hui, beaucoup sont perçues comme ''complexes'' et moins séduisantes qu’un métier du marketing ou de la communication », explique Michael Giaj, directeur d’études pour la plateforme de recrutement.
La parité reste également un enjeu de taille. Le document de Job Teaser indique que le nombre de femmes inscrites dans les filières scientifiques a chuté de 28 % depuis 2019. De la même manière, dans une étude nommée « Carrières en sciences : l’orientation est-elle toujours genrée en 2024 ? », réalisée par l’association Elles Bougent, sur les 6.125 ingénieures, techniciennes ou étudiantes interrogées, plus de 6 sur 10 ressentaient une inégalité d’accès à certains métiers entre les sexes. « La réforme du Bac de 2018 n’a pas encouragé la poursuite d’études scientifiques et a sans doute creusé ces déséquilibres », considère Adrien Ledoux, directeur général de Job Teaser.
Mesurer les débouchés
L’étude, comme ses auteurs, encourage les étudiants à choisir leur cursus en tenant compte de l’état du marché : « On veut aider les jeunes à ne pas choisir une voie d’études ''à l’aveugle '', sans mesurer l'employabilité », déclare Adrien Ledoux. « Trop peu d’étudiants se posent la question de savoir si ce qu’ils apprennent les mènera vers un métier porteur », poursuit-il.
Mais dans un marché du travail sans cesse bousculé et l’émergence de l’IA qui menace des métiers les uns après les autres, la vision peut sembler trouble. Une étude sortie en janvier, menée par OpenAI, indiquait que les secteurs des médias, de la formation, du marketing, du juridique ou de la finance pourraient être complètement bouleversés par l’intelligence artificielle.
Des milliers d'offres d'emploi en un clicCela dit, les représentants de Job Teaser restent optimistes. Pour Adrien Ledoux, « Les jeunes sont nés et ont baigné dans le numérique. Ils ont une grande capacité d’adaptation par rapport à l’IA. » Selon le directeur général de Job Teaser, les jeunes ont déjà compris dans quel terrain ils mettaient les pieds. Ils savent bien que leur vie professionnelle ne risque pas d’être un long fleuve tranquille : « Ils ont compris que leur carrière ne sera pas linéaire. Ils savent que se former tout au long de la vie est indispensable, même dès les premières années d’expérience. » Dans le même sens, une étude de Job Teaser, parue plus tôt dans l’année, nous apprenait que la durée moyenne pour un premier poste était désormais de 18 mois.
Dans un marché du travail où l’instabilité est de mise, les jeunes doivent vraisemblablement avancer comme dans un jeu d’échecs : avec de la stratégie et quelques coups d’avance…


















