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« L’impression d’être avariée »… Quand les seniors doivent retrouver un emploi

« L’impression que ma date de péremption est dépassée »… Le parcours du combattant de ces seniors en recherche d’emploi

Âge de raisonPour ces seniors en fin de carrière, la recherche d’un travail vire souvent au parcours du combattant
Mathilde Fulleringer-Roy

Mathilde Fulleringer-Roy

L'essentiel

  • De nombreux seniors en France peinent à trouver un emploi malgré leur expérience, se heurtant à une discrimination liée à l’âge.
  • Les demandeurs d’emploi seniors sont souvent contraints de faire des concessions importantes pour trouver du travail, comme l’exprime Florence Roy, 58 ans : « tu dois accepter ce qu’il reste et faire toutes les concessions possibles, juste pour être payée. »
  • Malgré ces difficultés, certaines entreprises commencent à reconnaître les avantages d’embaucher des seniors. « Les seniors restent plus longtemps dans les postes que les jeunes, ils sont plus stables », note le directeur d’un cabinet de recrutement.

«C’est super violent d’être refusée par la société. On ne te veut plus. » Florence Roy, 58 ans, en recherche d’emploi depuis cinq ans, a fini par créer son propre emploi, dans une radio locale qu’elle a contribué à sauver. Embauchée depuis trois semaines, elle reste lucide : « C’est précaire, je suis payée au SMIC, sans savoir si ça va durer. »

Comme elle, des milliers de Français et de Françaises proches de la soixantaine veulent encore travailler, mais se heurtent à une réalité qui les pousse souvent à accepter des postes éloignés de leurs qualifications, mal payés ou instables. En France, seuls 58,4 % des plus de 50 ans sont en emploi. Un chiffre qui tombe à 38 % dix ans plus tard, contre 75 % en Allemagne. Et malgré les campagnes de sensibilisation, 4 dirigeants sur 10 affirment ne pas recruter de candidats de plus de 45 ans selon une étude d’Indeed.

Une « discrimination profondément ancrée »

« Avant 35 ans, tu es junior. Après 45 ans, tu es trop vieux. C’est absurde », constate amèrement Laurent Thieffry-Atticus, 53 ans, en recherche depuis plus d’un an. Son expérience dans l’insertion professionnelle ne l’a pas protégé : « Je passe des entretiens, je vais jusqu’en finale, mais je ne décroche jamais le poste. » A 61 ans, Frédérique Taphanel, elle, postule « partout » depuis un an et n’est jamais rappelée en entretien. Déjà passée par la recherche d’emploi, « c’est la première fois que c’est aussi difficile », note-t-elle.

Cette « discrimination profondément ancrée », Frédérique Jeske, fondatrice de l’association Senior 4 Good et autrice de Le choc des générations n’existe pas, la dénonce. « En France, on considère qu’à 45 ans, on est presque grabataire. » Dépassés par la technologie, moins adaptables, gourmands en salaire… Les stéréotypes sur les seniors sont nombreux et mènent à des discriminations. La dirigeante en distingue deux : « dans l’entreprise - moins de formations, de promotion - et hors de l’entreprise : trois fois moins de chances d’être convoqué à un entretien ». « Embaucher des plus de 50 ans, c’est miser sur l’expérience, la fidélité, et la stabilité », sourit-elle.

Revoir sa rémunération ?

C’est ce que constatent certaines entreprises qui revoient leur copie. « Les seniors restent plus longtemps dans les postes que les jeunes, ils sont plus stables », confirme Philippe Caquet, directeur du cabinet de recrutement BoostRH. Mais l’équation reste difficile : « Les candidats seniors doivent parfois revoir leur niveau de rémunération. L’expérience ne fait pas tout. »

C’est ce qu’a fait Frédérique Taphanel. Alors qu’elle consacre deux heures par jour à ses recherches, baisse ses prétentions salariales, modifie son CV pour ne pas indiquer son âge, elle n’a pas décroché d’entretien depuis son inscription à France Travail en mai 2024. Ce qu’elle déplore. « Les entreprises pensent que je pars bientôt à la retraite alors que je compte bosser jusqu’à 67 ans. » Pour elle, « c’est anxiogène d’avoir l’impression de ne plus servir à rien. »

« La date de péremption est dépassée »

Florence Roy aussi a « l’impression d’être avariée, que la date de péremption est dépassée ». Pour trouver un emploi, elle a enchaîné les formations, refait son CV, activé son réseau, sans réponse. « Quand tu cherches un emploi à mon âge, tu dois accepter ce qu’il reste et faire toutes les concessions possibles, juste pour être payée. » Bénéficiaire du RSA, elle décrit un climat hostile à son égard. « La famille, les voisins, etc., on te regarde comme si tu étais venu profiter. C’est violent, humiliant. »

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« Rester seul derrière son ordinateur pour trouver un travail, ça tue le moral », alerte Frédérique Jeske, pour qui « la recherche d’emploi est un marathon ». Elle rappelle la démarche à suivre : « Travailler son réseau, suivre des formations, intégrer des collectifs ». Laurent Thieffry-Atticus le confirme : « J’ai intégré un groupe de soutien. Voir qu’on est plusieurs dans ce cas, ça aide. » Et Florence Roy conclut : « C’est ta vie, tu en as qu’une. Alors tu continues de te battre. »