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« Ma grande », « miss » : les qualificatifs sexistes ont la vie dure en entreprise
misogynie•Malgré l’engagement de nombreuses entreprises dans la lutte contre le sexisme ordinaire au travail, les avancées demeurent limitées. Plus de trois femmes sur quatre affirment y être toujours confrontéesChristelle Pellissier
L'essentiel
- Plus des trois quarts des femmes salariées (77 %) affirment être confrontées « régulièrement » à des propos et des décisions sexistes, d’après le baromètre 2025 du sexisme dit « ordinaire ».
- Plus d’une femme sur deux a déjà entendu une remarque sexiste dénigrante pour les femmes, comme « ne fais pas ta blonde ».
- L’initiative #StOpE portée par l’AFMD regroupe aujourd’hui 301 organisations (associations, entreprises, grandes écoles) engagées dans la lutte contre le sexisme ordinaire en entreprise.
Il y a encore du chemin à faire avant que les femmes puissent être elles-mêmes en entreprise, sans avoir à subir les blagues, propos, et autres qualificatifs sexistes de la part de leurs homologues masculins. C’est ce qui ressort du dernier baromètre du sexisme dit « ordinaire » au travail réalisé par l’Association Française des Managers de la Diversité (AFMD), rendu public mardi.
Malgré des progrès réalisés ces deux dernières années, le constat reste préoccupant : plus des trois quarts des femmes salariées (77 %) affirment être confrontées « régulièrement » à des propos et des décisions sexistes. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2023 (80 %), qui demeure bien éloigné de la perception des hommes. A peine plus d’un sur deux (54 %) partage cette perception.
« Ne fais pas ta blonde »
Salaire, blagues, remarques désobligeantes, ou remise en cause des compétences sont autant de formes que peut prendre le sexisme ordinaire au travail. Ce sont tout du moins celles avancées par les femmes salariées interrogées. Plus de sept répondantes sur dix (74 %) déclarent avoir déjà entendu des blagues sexistes au travail, quand plus de la moitié (55 %) fait état de remarques dénigrantes. Parmi les plus courantes - et grands classiques - on retrouve « elle est de mauvaise humeur, elle doit avoir ses règles » (35 %) et « ne fais pas ta blonde » (47 %).
Les qualificatifs sexistes tels que « ma grande » ou « miss » ont également la vie dure. Plus de quatre femmes sur dix disent en avoir fait les frais, tandis qu’un homme sur deux considère ces appellations comme « bienveillantes », sinon « flatteuses ». « Les résultats sont éloquents sur l’existence de deux vécus parallèles du monde du travail : un premier, où les femmes vivent des inégalités et du sexisme au quotidien et un second, dans lequel les hommes sont convaincus que les objectifs d’égalité sont atteints », souligne l’AFMD dans un communiqué.
Les conséquences de ces comportements sexistes sont pourtant tout sauf anodines. Pour ne pas y être confrontées, les femmes évitent de porter certaines tenues (35 %), de se retrouver en tête en tête avec certaines personnes (27 %), de prendre la parole en public (14 %), voire de candidater à certains postes (9 %).
Plus de 300 organisations engagées
Créée par trois entreprises en 2018, et portée par l’AFMD dès 2021, l’initiative #StOpE - pour Stop au Sexisme dit Ordinaire en Entreprise - regroupe aujourd’hui 301 organisations signataires. Cela se traduit plus concrètement pour les entreprises, associations et grandes écoles engagées par des formations, la diffusion d’outils pédagogiques, des actions de prévention, ou encore des sanctions et une tolérance zéro vis-à-vis des comportements sexistes.
Des actions qui semblent - doucement mais sûrement - porter leurs fruits, aux dires des femmes concernées. Plus des trois quarts d’entre elles font état d’un « réel engagement » de la part de leur organisation (contre 58 % pour la moyenne nationale) et les deux tiers évoquent un sentiment de protection (58 % pour la moyenne nationale).
Des progrès à souligner bien que les défis restent encore nombreux à relever, comme le soulignent les représentantes des trois organisations cofondatrices de l’initiative. Lesquelles entendent se concentrer à l’avenir sur une sensibilisation accrue des hommes, et la lutte « contre la disqualification professionnelle des femmes ».
*Ce baromètre a été fait en deux temps : une consultation auprès de 19 grandes entreprises #StOpE françaises, réalisée en ligne du 15 janvier au 28 mars 2025, avec 131.908 réponses collectées, et un sondage national représentatif mené en ligne auprès d’un échantillon de 1.000 salarié(e) s, entre le 14 et le 28 janvier 2025.


















