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De la déprime à la parodie, comment « Galansire » tire à balle réelle sur le monde du travail sur les réseaux
satire d’insta•Face à ses 340.000 followers sur Instagram, Galansire a « pris le lead » et un « feed back » du monde du travail 2.0. Derrière l’humour, le trentenaire fait un portrait au vitriol de ces « bullshit job »Lucie Tollon
L'essentiel
- Avec 340.000 abonnés sur Instagram, Galansire s’est fait connaître grâce à ses caricatures sur le monde du travail dans le tertiaire : cabinet de conseil, marketing, étudiant en écolé de commerce et alternants.
- Derrière l’humour, Galansire veut surtout faire une satire de notre époque et d’un monde du travail qui peut mener au burn-out et a des situations violentes.
- Travail traumatisant, thérapie et catharsis, Galansire raconte à 20 Minutes comment il a réussi à se moquer d’un monde qui a failli le détruire.
La revanche théâtrale d’un trentenaire sur le monde du travail après une « expérience professionnelle difficile ». D’un arrêt maladie à la notoriété sur les réseaux, il n’y a qu’un pas pour Galansire, connu pour son rôle de Gaspard, de l’étudiant HEC Charles-Antoine et ses caricatures sur les « bullshit jobs », la « bullshit nation » mais aussi pour ses sketchs sur les artisans, les boomers ou les alternants, tout le monde y passe ou presque.
A 36 ans, ce papa parisien aux 340.000 abonnés sur Instagram fait un portrait au vitriol de la fameuse startup nation, de ses managers toxiques et des « esclaves » du taff. Un véritable « feed back » sur un monde déjà caricatural. Comme une histoire décousue, on découvre sketch par sketch, la satire de notre époque. « Je fais vivre dans mes vidéos les excès de notre société, en particulier du monde du travail. Le rapport à la performance, le développement personnel et le dévoilement de certains abus d’autorité », explique à 20 Minutes Galansire.
Ses parodies ? « Une sorte d’exorcisme »
Derrière tous ses filtres, qu’il appelle masques, le créateur de contenu s’inspire en premier de sa vie professionnelle. « Initialement, ça a démarré dans une démarche thérapeutique après un arrêt de travail assez long. C’était l’occasion pour moi de retrouver une activité théâtrale. Je me suis exprimé librement à travers des filtres qui ont fait émerger différentes personnalités ou situations qui ont pu être traumatisantes ou non digérées. C’était une sorte d’exorcisme et je trouvais ça plaisant de le partager. »
Et des situations traumatisantes, il en a connu dans ses anciens « jobs », du marketing à la pub. Des métiers qui ont inspiré le pire et le plus drôle dans ses vidéos. « Il y a quelque chose de jouissif de jouer les salauds, les méchants. Je recommande à tout le monde, c’est comme casser des trucs pour faire sortir sa colère. De faire sortir le mauvais dans des situations abusives en incarnant le bad guy devant des gens à qui ça plaît. C’est un excellent moyen de déjouer nos tensions, nos tentations de violence, une vraie catharsis. »
Des internautes qui se retrouvent en lui
Si Galansire veut jouer sur la caricature en forçant les traits, les internautes valident et se reconnaissent tout de même dans ces abus dénoncés. « Cette vidéo m’a détruite premier degré ahaha, il y a tellement de gens qui vivent ça au quotidien », commente Jules sous une vidéo sur le burn-out. « Franchement, j’ai évolué dans ce monde du conseil, c’est tellement criant de vérité que cela relève presque du documentaire que de la parodie », témoigne Naima après la vidéo « Entretien annuel d’évaluation ». Une réalité qui dépasse la fiction et un mal du siècle.
« C’est rassurant de pas être le seul à être confronté à ce genre de problème, il y a une forme de consolation. Mais, c’est aussi ambivalent. On se console de voir qu’on n’est pas seul mais c’est dingue qu’on soit aussi nombreux », dénonce le trentenaire qui n’est pas là que pour rire. « Je ne veux pas proposer qu’un simple divertissement, j’aime proposer des choses qui puissent questionner les gens, interroger sur le sens même dans l’absurde et faire réaliser certaines choses. »
Adieu les cabinets, bonjour les théâtres
Encouragé par le succès, depuis un an, Galansire ne compte pas s’arrêter là. « J’ai mon pain quotidien d’inspiration. Mais ça va évoluer, bien sûr, ce n’est pas statique. Les personnages eux-mêmes évoluent. » Après avoir fermé définitivement la porte de ce monde du travail « bullshit », Galansire veut s’attaquer au cinéma et au théâtre. Et la question se pose alors : verra-t-on le vrai visage du faux Gaspard ? « La question se pose. L’anonymat est encore à ce stade important pour moi. Le pseudo et le masque ont cette double fonction : me faire disparaître derrière le propos que je veux servir et aussi me protéger psychologiquement. » Il pourrait se faire aider par un coach de vie… s’il ne les affichait pas aussi dans ses vidéos.



















