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Pourquoi il ne faut pas suivre les classements d’écoles les yeux fermés

Pourquoi il ne faut pas suivre les classements des grandes écoles les yeux fermés

orientationDerrière ces tops annuels qui orientent tant de choix d’orientation, que valent vraiment ces listes ?
Youssef Zein

Youssef Zein

L'essentiel

  • Les classements des écoles sont très populaires auprès des étudiants et de leurs familles, mais présentent des lacunes méthodologiques et varient beaucoup d’un classement à l’autre.
  • Malgré leurs défauts, ces classements restent largement utilisés comme référence par les étudiants, les parents et même les entreprises, car ils donnent un premier aperçu de la qualité d'un cursus.
  • « Aujourd’hui, les classements sont pleinement ancrés dans la tête des gens », souligne Vianney Loriquet, responsable des classements de L’Étudiant.

Pour les futurs étudiants en école d’ingénieurs ou de commerce, jeter un coup d’œil au classement est un passage obligatoire. Certains médias se sont même spécialisés dans la production de ces tops. Dans l’univers des études supérieures, cet engouement est assez propre à l’environnement des écoles. Les étudiants en faculté ne rencontrent pas de telles préoccupations. Pour Carine Guibbani, directrice du développement à l’EM Normandie, c’est parce que les tops sont « une clé d’entrée ». Dans un univers où le privé a pignon sur rue, les candidats sont particulièrement regardants sur la réputation des formations : « Ils savent qu’ils vont investir du temps et de l’argent. Ils veulent savoir comment ça va se répercuter à la sortie : en matière d'épanouissement, de projet professionnel ».

D’un top à l’autre, les positions changent parfois radicalement. Difficile d’y voir clair quand une école médaillée sur une liste se retrouve en dixième position dans une autre. Chaque année, le média L’Etudiant est un des fournisseurs de « tops » les plus attendus. Son directeur des classements, Vianney Loriquet, garde une approche critique : « Les tops sont loin d’être parfaits. Il y a beaucoup d’aspects qualitatifs qu’on ne peut pas mettre dans un classement. Ils constituent un repère puissant, mais ils ne sont pas absolus. » Que ce soit pour des questions méthodologiques ou par la nature même du format, ces listes sont insuffisantes.

De nombreuses imperfections

« Il faut considérer les classements avec du recul. Ils reposent sur des critères qui diffèrent d’une source à une autre et ne représentent pas une vérité absolue, loin de là », déclare Jean Mairesse, directeur général de l’ESIEE Paris, école d’ingénieur située en Seine-et-Marne. Déclinés selon le type de cursus, ces marronniers demeurent cependant un exercice obligatoire : « C’est un indicateur utile, poursuit le directeur. Pour un lycéen ou un parent, face à la jungle que représentent tous ces établissements, ça donne un premier repère. Mais il ne faut jamais s’y limiter. Il faut aussi interroger des élèves en formation, se renseigner sur l’ambiance, la pédagogie ou encore l’accompagnement de l’établissement visé. »

Conscient des angles morts du format, le directeur des classements de L’Étudiant joue la carte de la transparence. Notamment en ce qui concerne la méthodologie : « Toute la dimension sociale que l’on intègre dans notre classement n’est pas présente ailleurs et explique certaines différences. Que ce soit pour l’excellence académique, l’insertion professionnelle, la recherche, l’ouverture sociale et internationale ou encore la prise en charge des questions environnement et RSE, on explique ce qu’on prend en compte – ou non – et pourquoi on le fait. »

Du côté des écoles, un effort de clarté serait lui aussi bienvenu. Si depuis 1934, des organismes tels que la Commission des Titres d’Ingénieur assurent une certaine transparence dans les informations fournies aux médias, la collecte s’avère plus compliquée auprès des écoles de commerce, révèle Vianney Loriquet : « Par exemple, le nombre de profs, varie selon les méthodes de calcul. On n'a jamais eu de cas de triche de la part des établissements, qui préfèrent plaider l’erreur. Toutes ces choses peuvent faire une énorme différence entre deux classements et créer des disparités. ».

Une place tenace dans les consciences

Malgré ces failles, les classements restent un référentiel de choix pour les étudiants et leurs familles. Les entreprises ne dérogent pas à la règle, observe Isabelle Dalle, chargée des classements à l’EM Normandie : « Les grandes entreprises ont souvent des grilles d’écoles partenaires. Les liens entre elles et les écoles sont très forts. Mais dans la majorité des cas, les employeurs vont plutôt avoir pour référentiel les établissements d’origine de leurs collaborateurs, plutôt que le classement. »

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Pour autant, le directeur de l’ESIEE garde en tête que ces classements ne doivent pas diriger les cursus des établissements : « Ils peuvent devenir un outil d’amélioration. Ils permettent de se comparer, d’identifier ses points faibles, ses points forts… La vraie motivation n’est pas le classement, mais plutôt de toujours trouver de nouvelles façons d’améliorer l’école, les enseignements et le lien avec les élèves. »

Pour Vianney Loriquet, l'ampleur prise par ces tops annuels vient de l’émergence des écoles de commerces, qui ont en quelque sorte acté une course à la performance : « Elles ont su se rendre visibles pour attirer de très bons profils. Il y a eu derrière un effet d’entraînement et le top a pris une place essentielle. Aujourd’hui, les classements sont pleinement ancrés dans la tête des gens. »

Les tops rassurent, orientent sur l’établissement à choisir côté étudiant, comme le diplômé à recruter côté employeur. Mais au bout du compte, les notes ne font - presque - pas tout.