Entre innovations et nouveaux concepts, les bières aromatisées sont en opération séduction cet été
Ringarde la petite blonde sirotée à l’heure de l’apéro ? Pas encore, mais les bières aromatisées aux fruits tentent elles aussi de se faire une place à côté des chipsClaire Frayssinet
L'essentiel
- C’est les vacances, il fait chaud, on vous propose donc une pause fraîcheur à lire bien à l’ombre.
- Glaces tendances, café glacé, bière aromatisée… Qu’est-ce que les réseaux et les marques vont nous inciter à consommer cet été ?
- La bière est la boisson ultime de l’été pour un apéro légèrement alcoolisée. En 2025, on ne commande plus seulement une blanche ou une blonde, on réclame une citron-yuzu ou mangue-passion.
Les amateurs d’IPA ou de brunes bien houblonnées diront qu’elles n’ont pas grand-chose à voir avec leur boisson préférée. Et nous n’allons pas trancher ici le débat. Il n’empêche que les bières aromatisées, qui représentent aujourd’hui 17,2 % du volume des ventes de bières, essaient plus que jamais de trouver leur public. Entre les innovations, les nouvelles saveurs et les lancements de marques, les poids lourds du secteur comptent bien convertir davantage les Français à ces boissons aromatisées alcoolisées.
Au rayon du supermarché, il y en a une qui s’est fait une petite réputation depuis déjà un petit moment. La Desperados du groupe Heineken trône en bonne place dans les rayons des supermarchés. Cette bière aromatisée au spiritueux à base d’agave représente 92 % des ventes du segment entre 2019 et 2024 (Source : Circana).
Une bière qui se consomme avec des glaçons
Mais d’autres acteurs comptent bien se faire une place au soleil. Ainsi, une petite nouvelle vient d’arriver sur le marché français. Avec sa marque Somersby, Kronenbourg veut imposer de nouvelles saveurs mais aussi une nouvelle façon de consommer cette boisson. « Avec Somersby, on reprend assez peu les codes de la bière, que ce soit avec la beauté transparente, la couleur, et bien sûr, le fait qu’on va la boire avec des glaçons ! » explique Pierre-Albert Giraud, responsable marketing de Somersby France qui précise qu' « il n’y a quasiment aucune amertume. Le goût de bière est très peu présent. On est vraiment sur une proposition qui est facile à boire, qui est très accessible et qui possède du goût de fruits très intense ». Pomme, citron-yuzu ou framboise-grenade, les saveurs font davantage penser à des sirops qu’à des propositions de bières.
Déjà présente dans une soixantaine de pays, Somersby a mis du temps à s’implanter en France, en raison notamment de notre récente passion nationale pour les Crafts beers. Pour Pierre-Albert Giraud, le marché est enfin mûr : « Avec le contexte économique, notamment l’inflation, les consommateurs sont plus enclins à être attentifs à leurs achats. Et là, c’est typiquement une proposition qui apporte de la nouveauté, mais sans être inaccessible en termes de prix ». Une grande canette de Somersby se vend autour de 1,90 euro quand une bouteille de bière artisanale peut frôler les 4 euros.
Le leader Desperados ne compte pas se faire dépasser sur son propre terrain. En réponse à ces nouvelles propositions, une gamme Desperados Sunlight a fait son apparition cet été. Trois saveurs sont déjà disponibles : citron et citron vert, mangue et passion, cerise et grenade. « Desperados Sunlight est une proposition de bières aromatisées avec une amertume très légère et davantage axée autour des saveurs fruitées » explique Caroline Pigeon, Marketing Manager Premium Brands chez Heineken. Une fois de plus, c’est le fruit qui est mis en avant plutôt que l’alcool. Quand on pose la question de savoir si ces boissons ne sont pas un premier pas vers les boissons alcoolisées pour les plus jeunes, les marques s’en défendent. « Ce n’est pas une voie détournée. Des offres fruitées, il en existe déjà. Simplement, nous, on a un petit peu moins le goût de bière. Ce serait très ambitieux de dire qu’avec Somersby, on va faire venir des jeunes dans la catégorie bière » nous répond le responsable marketing de Somersby.
Une mousse infusée à l’anis ou au spritz
Afin de proposer de nouvelles saveurs, d’autres brasseurs comme le géant Heineken misent sur l’innovation avec son Heineken Studio. Il s’agit d'« un laboratoire créatif autour de la marque dont l’objectif est d’aller expérimenter autour du produit bière. On va proposer des nouveaux brassins, des nouveaux rituels de service, des nouveaux modes de dégustation. En gros, c’est un outil pour nos maîtres brasseurs pour aller inventer, se redoubler, revoir un peu les codes de la bière et créer des choses assez uniques » nous explique Delphine Fontaine, directrice marketing Heineken.
La première innovation sortie de ce labo créatif s’appelle la « foam infusion » qui consiste à aromatiser la mousse de sa pression pour infuser une saveur tout au long de la dégustation de la bière. « On s’est inspiré de ce qui est déjà fait autour de la mousse de café » précise Delphine Fontaine. Mais cette innovation n’est disponible qu’en quantité limitée et en mode éphémère dans certains bars partenaires. Ainsi, en juin dernier, les Marseillais ont pu goûter pendant trois jours une bière à la mousse anisée. D’autres parfums comme Spritz et fruits tropicaux sont aussi proposés cet été lors d’événements ponctuels.
Les consommateurs vont-ils se laisser tenter par ces nouvelles boissons alcoolisées aux fruits ? Les industriels sont confiants. « En France, entre 2019 et 2024, les bières aromatisées sont en croissance et s’inscrivent dans une bonne dynamique, gagnant 2,3 points de part de marché en volume » se félicite Caroline Pigeon de Heineken. « Les consommateurs ont une certaine appétence pour retrouver des produits assez simples, finalement, qui les font un petit peu voyager par les goûts qu’on leur proposent et qui ne sont pas très complexes » abonde Pierre-Albert Giraud de Somersby. D’autant que l’aromatisation de la bière n’a rien d’un phénomène récent. Depuis plus d’un siècle, le célèbre Picon bière donne du goût aux apéritifs estivaux, sans qu’aucun amateur de bibine ne vienne finalement crier au scandale.



















