Voyager avec ses enfants : « On peut changer de voie à tout moment, se lancer dans ses envies »
parentalité•Trois mamans nous racontent pourquoi et comment elles ont redéfini leur vie de famille en choisissant de voyager (loin) avec leur progénitureMathilde Fulleringer-Roy
L'essentiel
- Certaines familles choisissent un mode de vie nomade pour voyager avec leurs enfants, renonçant à un quotidien sédentaire plus classique.
- Ce mode de vie apporte une éducation alternative aux enfants, basé sur l’expérience et les rencontres, que les parents considèrent plus enrichissante.
- Malgré les défis et les risques liés à ce choix de vie, les familles s’adaptent en trouvant un équilibre entre voyage et repos.
Certains comptes Instagram de parents voyageurs cumulent plus de 100 000 abonnés. Derrière les images bien cadrées, une autre façon d’être parent s’invente, sur les routes. Pour 20 Minutes, Émilie, Anaïs et Valérie témoignent de leur quotidien, de leurs difficultés et de leurs réussites.
Pourquoi partir ?
Amélie, 35 ans, originaire d'Ile de France, a toujours eu le voyage dans la peau. Thaïlande, Australie, Cambodge… Lorsqu’elle rencontre Dylan à Paris, elle lui parle de son projet de tour du monde. Par amour, il décide de la suivre. Quelques semaines plus tard, Amélie découvre qu’elle est enceinte. L’émotion est double : joie immense de devenir mère, mais aussi une profonde tristesse de voir s’éloigner son rêve. Et si elle tentait quand même l’aventure ? Amélie hésite, consulte plusieurs médecins, et tous l’encouragent à suivre son instinct. Finalement, c’est décidé, elle partira avec Dylan et leur fils Aaron et 80 000 euros de budget.
Pour Valérie, le changement de vie est lié au harcèlement scolaire dont a été victime l’une de ses filles. Pour le bien-être de ses enfants, elle décide de quitter son emploi dans le secteur de la petite enfance et de vendre sa maison. Aujourd’hui, elle a un blog et un compte Instagram@matribuenvadrouille dans lequel elle partage des conseils pour les familles qui hésitent à franchir le pas. Elle assure : « on peut changer de voie à tout moment, se lancer dans ses envies ».
Quant à Anaïs, ex-contrôleuse de la SNCF, elle a décidé de se tourner vers le community management après une agression. À Bali, elle suit une formation à distance et transforme ce nouveau métier praticable à distance en passeport pour l’indépendance et un moyen de voyager en famille.
Une autre école de la vie
Ne pas rentrer est aussi une option. C’est celle qu’a choisie Valérie en proposant à ses enfants une vie de famille nomade. Depuis huit ans, ils sont apaisés, ont le temps de partager des moments de qualité, découvrent d’autres cultures. C’est ce qui a changé le regard de la quarantenaire sur l’éducation. Pour ses trois enfants, Sarah, Inès et Nael, plus question de suivre un enseignement classique. En France, pour instruire ses enfants, « il faut demander une autorisation à l’académie avec un contrôle chaque année sur les moyens mis en place pour l’instruction et non sur le résultat, précise Valérie, sauf lorsque l’on est itinérant hors du sol français. Elle s’oriente alors vers la pédagogie d'unschooling, où les enfants apprennent au fil de la vie, de leurs rencontres et des expériences partagées avec d’autres familles.
« Ils cuisinent, jouent, échangent. C’est une éducation horizontale, vivante », apprécie celle qui vit désormais dans des colivings à l’étranger où chaque famille est logée dans un logement privé avec des espaces communs ». Une journée type ? « Chacun travaille le matin et on se rejoint l’après-midi pour des sorties, des activités, des repas partagés ». Au final, « pour la vie de famille, rien ne change vraiment… on a nos petites routines. C’est le paysage et l’environnement qui change ». « En voyageant on se rend compte que rien n’est figé, on peut changer de voie à tout moment, se lancer dans ses envies », se félicite Valérie.
Certains sont moins enthousiastes, comme les proches d’Anais qui martèlent que ses « enfants ne se souviendront de rien ». Alors, elle les encourage à tenir des carnets de bord. Ils dessinent, notent, racontent leurs souvenirs, les présentent à l’école, et s’approprient chaque voyage. Dès leur retour, une même question revient : « C’est quand qu’on repart ? ».
Savoir s’arrêter
Mais partir, et repartir, c’est aussi gérer les imprévus, les moments de doute, la fatigue. C’est ce que confie Amélie, la maman d’Aaron et aux manettes du compte@trioverslemonde. En plein voyage au Mexique, elle contracte une dengue hémorragique. Quatre semaines d’hospitalisation, treize kilos en moins, une demande de rapatriement refusée par l’assurance. « Je vomissais du sang, mon mari me lavait, gérait Aaron et tout l’administratif ». Le couple questionne alors son mode de voyage : « On faisait des randonnées en continu, 90 % du temps avec Aaron sur le dos. » En fait, « on a tout fait comme si on n’avait pas d’enfant, en se privant de rien ». « Ce n’est pas eux qui mettent des barrières, c’est nous-même », sourit-elle.
Peu de temps après, Dylan tombe malade à son tour. Pneumopathie sévère, forte fièvre, problèmes respiratoires. « Là, on s’est dit : c’est trop », explique Amélie. Le voyage s’interrompt. Retour en France, trois semaines de repos auprès de leurs familles. « Je n’ai jamais été aussi contente de voir des médecins français de ma vie. » Après ce coup d’arrêt, ils décident de ralentir, de voyager autrement, en respectant davantage leurs limites.
Pour la suite, Valérie l’assure, ses enfants « ne retourneront dans un système scolaire classique que s’ils le veulent ». C’est le cas de Sarah, son aînée, qui retourne en France à la rentrer pour préparer un CAP pâtisserie. Elle rêve d’ouvrir un salon de thé littéraire, grâce au « voyage qui l’a révélée ».



















