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« Les clients du vrac veulent des promos comme dans n'importe quel rayon »

Le vrac repart à la hausse et « les clients veulent des promos comme dans n'importe quel rayon »

ADIEU LES EMBALLAGESAprès plusieurs années de dégringolade liée au Covid et à l’inflation, la vente en vrac est de nouveau repartie à la hausse l’an dernier et cela devrait se poursuivre, selon des spécialistes
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Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Après plusieurs années de dégringolade liée au Covid et à l’inflation, la vente en vrac est de nouveau repartie à la hausse l’an dernier.
  • Si le vrac est rentré dans les habitudes de beaucoup de consommateurs, il reste encore des freins à lever pour convaincre encore plus de clients d'y passer, comme le prix ou la diversité de l'offre.

D’un geste assuré, il plonge sa pelle dans le bac et en quelques secondes, il remplit à ras bord son bocal en verre de bicarbonate de soude avant d’en faire de même avec de la farine. Dans l’épicerie Day by Day situé rue Saint-Hélier, dans le centre-ville de Rennes, Antoine est un habitué. Il y a quelques années, il a totalement revu ses habitudes de consommation avec sa femme et il achète désormais presque tout en vrac. Pas pour le prix qu’il dit ne pas trop regarder mais par conscience écologique. « C’est tellement absurde les quantités d’emballages qu’il y a sur les produits », indique le jeune homme.

Dans ce temple du vrac où les distributeurs sont soigneusement alignés, beaucoup de clients sont des convertis de longue date. D’autres plus novices comme Gwenaëlle qui s’y met progressivement depuis un an. « J’ai commencé avec les olives et le riz et j’étends petit à petit à d’autres produits, indique-t-elle. Comme je suis seule, cela me permet de choisir la quantité dont j’ai besoin. »

« Le vrac n’est plus un marché de niche »

Apparue dans les années 1980 dans les magasins bio, la vente en vrac a connu une grosse poussée dans le courant des années 2010 avec une multiplication d’enseignes. Plus sensibles à la réduction des déchets et au gaspillage alimentaire, les consommateurs voulaient alors changer leur façon d’acheter et mieux consommer. Jusqu’à la crise du Covid qui a stoppé net la croissance du marché du vrac avant que l’inflation ne vienne encore plus le fragiliser à l’instar des produits bio.

Dans son épicerie Day by Day à Rennes, Coralie propose plus d'un millier de références en vrac dans à peine 60 m2.
Dans son épicerie Day by Day à Rennes, Coralie propose plus d'un millier de références en vrac dans à peine 60 m2. - J. Gicquel / 20 Minutes

Après plusieurs années de recul, le vrac, qui est mis à l’honneur en mars avec le Mois du vrac et du réémploi, semble revenir doucement dans les habitudes des Français. Selon une étude du cabinet NielsenIQ menée pour le Réseau vrac et réemploi, 26 % des ménages déclarent avoir acheté en vrac l’an dernier, soit un point de plus qu’en 2024. « Le contexte n’a vraiment pas aidé la filière mais cette fois, on sent que cette croissance est partie pour durer, estime Célia Rennesson, directrice générale du réseau. Le vrac n’est plus un marché de niche, il est désormais rentré dans les habitudes. »

La difficile comparaison des prix

Mais il reste encore beaucoup de consommateurs à convaincre. Et beaucoup de freins aussi à lever. A commencer par le prix, principale barrière à l’adoption du vrac avec 32 % des Français qui trouvent les prix au kilo plus élevés, selon l’étude de NielsenIQ. « Cela montre que le marché est mature car les clients veulent des prix attractifs et des promos comme dans n’importe quel rayon », souligne Célia Rennesson. Mais le vrac est-il plus cher ? Pas toujours. Dans la grande surface au nord de Rennes où nous avons fait le test, le kilo de riz rond blanc ou de lentilles corail bio est ainsi vendu 2 euros environ moins cher en vrac que le même produit préemballé.

Dans un magasin bio du centre-ville de Rennes, impossible en revanche de faire la comparaison car « les produits vendus en vrac ne sont pas les mêmes que ceux sous emballage », prévient un vendeur. Difficile aussi de faire un parallèle entre les prix pratiqués chez Day by Day et ceux de la grande distribution. « Sur certains produits, je suis très bien positionné et sur d’autres moins, reconnaît Coralie, la gérante. Mais il faut aussi comparer ce qui est comparable car mes produits sont très souvent de meilleure qualité même si je fais aussi du conventionnel et pas que du bio. »

Les magasins devront augmenter leur surface de vente

Et plus que l’argument prix, Coralie souligne que dans sa boutique, « les clients maîtrisent leur consommation en n’achetant que la quantité souhaitée », réduisant de fait le gaspillage et donc le coût. Le second frein à l’achat de vrac est la diversité de l’offre, 27 % des consommateurs ne retrouvant pas en magasin tous les produits dont ils ont besoin. Avec un millier de références dans à peine 60 m2, Coralie peut difficilement avoir une offre plus abondante. Entre les grands classiques comme les pâtes, les fruits secs, le café ou les pistaches pour l’apéro, elle vend aussi une large gamme de cafés, de céréales, de bonbons, de produits d’hygiène et d’entretien ou du papier toilette à l’unité.

Dans les grandes surfaces en revanche, l’offre laisse en revanche à désirer dans certains magasins. Mais les choses devraient bientôt changer. Attendu depuis quatre ans par toute la filière, un décret paru fin 2025 impose désormais aux magasins de plus de 400 m2 de consacrer au moins 20 % de la surface à la vente de produits sans emballage primaire, vrac compris, d’ici 2030. Ce qui devrait pousser les acteurs à innover. Dans trois magasins des enseignes Intermarché, E.Leclerc et Monoprix dans le Jura, la Manche et à Paris, un test a d’ailleurs démarré depuis cet été avec une machine proposant la vente en vrac de produits crémeux ou visqueux comme de la mayonnaise, du fromage à tartiner, de la compote, de l’huile ou du miel dans des contenants en verre consignés.

Des innovations pour une offre plus élargie

La start-up Juwin s’apprête aussi à tester dans un magasin du Nord sa solution de distribution de produits d’épicerie dans des contenants réemployables avec une technologie permettant au client d’acheter la juste quantité qu’il souhaite et d’en connaître directement le prix. « Tout cela va dans le bon sens pour rendre le vrac à la fois plus pratique pour l’acheteur avec une offre élargie et plus sécurisée pour le vendeur », indique Célina Rennesson.

Et pour celles et ceux qui veulent se mettre au vrac, commencez déjà par ne pas vous mettre de pression. « C’est comme un régime, si on le fait de manière extrême, c’est le meilleur moyen d’arrêter, conseille la spécialiste du vrac. Il faut donc commencer par aller voir en rayon, tester avec quelques produits. Et une fois que cela est intégré, cela devient une habitude et cela reste ancré. » Un peu comme le slogan pour qui « l’essayer, c’est l’adopter. »