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En vacances, les parents veulent souffler sans leurs enfants
mini-club

« On a le droit d’en avoir marre de nos enfants »… Quand les parents veulent passer des vacances sans enfant

Un sondage OpinionWay pour WelcomeFamily révèle que 84 % des parents rêvent d’avoir quelques heures pour eux cet été. Le psychanalyste Michael Stora explique pourquoi vouloir souffler loin de ses enfants reste si difficile à assumer
Lou-Salomé Amarante

Lou-Salomé Amarante

L'essentiel

  • 84 % des parents rêvent simplement d’avoir quelques heures pour eux pendant les vacances selon un sondage OpinionWay pour WelcomeFamily.
  • Le psychanalyste Michael Stora évoque une pression liée à la « parentalité positive » et aux réseaux sociaux.
  • Confier ses enfants à des grands-parents, en colonie ou en club peut soulager les parents est une solution. Mais culpabiliser de vouloir souffler « révèle une très grande fragilité parentale », selon Stora.

Partir en vacances en famille, oui. Mais à quel prix pour les parents ? Un sondage OpinionWay pour WelcomeFamily, réalisé auprès de 727 parents d’enfants de moins de 15 ans, révèle un paradoxe : 87 % des parents veulent partir en vacances avec leurs enfants, mais 84 % rêveraient simplement d’avoir quelques heures pour eux chaque jour. Près de deux mères sur trois (62 %) estiment que les vacances avec leurs enfants ne sont pas vraiment reposantes, contre un père sur deux (50 %). Pour tenter de comprendre ce qui se joue derrière ces chiffres, et notamment la culpabilité que ressentent certains parents à l’idée de confier leurs enfants à des grands-parents, une colonie ou un mini-club, 20 Minutes a interrogé le psychanalyste Michael Stora.

« On reçoit des parents épuisés »

Cette difficulté à s’accorder du répit trouve en partie ses racines dans une évolution du regard porté sur l’enfant. Michael Stora évoque l’héritage de Françoise Dolto, qui a mis en lumière l’enfant comme « une personne à part entière », mais dont les apports ont parfois été mal interprétés. « Il y a eu une sorte de confusion entre être attentif à ce que dit un enfant et le fait de se dire que ça ne faisait que renforcer cette forme de toute puissance infantile », explique le psychanalyste. Résultat, « on reçoit des parents épuisés parce que justement, ils n’ont jamais l’impression d’être à la hauteur ».

Une pression alimentée, selon lui, par l’essor de la « parentalité positive » et des réseaux sociaux, qui distillent en permanence des injonctions sur ce que serait un « bon parent ». Il pointe aussi la marchandisation du sujet : « ce n’est pas innocent si la question de la parentalité est devenue un véritable business », avec, d’un côté, les tenants de la parentalité positive et, de l’autre, des voix prônant un retour à des méthodes plus strictes.

Face à cette « guidance parentale » verticale, faite d’injonctions, Michael Stora défend une approche différente : le soutien à la parentalité, qui consiste à « interroger le parent dans sa propre histoire infantile ». Une méthode plus longue, reconnaît-il, à l’heure où les parents, souvent en perte de confiance en eux, viennent surtout chercher des solutions pratiques et immédiates.

Clubs enfants, colonies, centres de loisirs...

Colonies, grands-parents, clubs enfants : ces séparations estivales sont-elles bénéfiques aux enfants ? Sur le terrain, les choix des parents varient. Françoise, 53 ans, a longtemps opté pour des séjours en clubs enfants car « cela assurait des vacances aussi pour les parents déjà en surchauffe toute l’année ». Franck, 43 ans envoie ses filles en centre de loisirs quelques jours en juillet, mais exclu de partir sans elles : « C’est surtout pour elles que l’on part. »

Michael Stora rappelle aussi que la vie de l’enfant est naturellement faite de séparations et de frustrations, ce qui participe à sa capacité à « supporter le réel ». Il fait un parallèle avec le complexe d’Œdipe, ce cheminement qui permet à l’enfant de faire le deuil d’un idéal. À l’inverse, observe-t-il, certains enfants qui n’ont jamais connu ce type de frustration se retrouvent « paumés » une fois adolescents ou jeunes adultes. « L’enfant grandit dans la frustration », résume-t-il, tout en nuançant, « tout est affaire de dosage, et un enfant ayant vécu de véritables situations d’abandon traumatiques est un tout autre sujet ».

Quant aux parents qui culpabilisent en confiant leurs enfants pour souffler, Michael Stora y voit le symptôme d’une fragilité : « ça vient révéler une très grande fragilité parentale ».

« S’autoriser à aller bien »

Peu adepte des conseils tout faits, Michael Stora avance tout de même une piste : « c’est parce qu’eux-mêmes vont vivre des moments de bien-être individuellement ou en couple que l’enfant aura une perception de parents qui vont bien ». Selon lui, culpabiliser revient à se penser « tout puissant » vis-à-vis de ses enfants, alors que ceux-ci peuvent eux aussi avoir besoin de leur propre espace. Quant aux discours ambiants sur la « bonne parentalité », il est catégorique : « toute parole qui finalement se permet de donner des conseils sur ce qu’on pense être un bon parent ne fait que renforcer la culpabilité ».