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Bisou, caresse, fessée… Les 50 nuances du fantasme féminin
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« Ça peut être le regard de son voisin comme une fessée » : Le fantasme féminin, territoire de tous les possibles

Le fantasme ne se limite pas au plan à trois ou aux lieux insolites. Pour Maud Serpin, autrice de « Fantasmes au féminin », cette pensée libre et intime peut, au contraire, s’aventurer où bon lui semble, loin, très loin, des clichés.
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • A travers son livre Fantasmes au féminin : Laissons vivre nos imaginaires, Maud Serpin brise les tabous qui gravitent autour de l’imaginaire érotique et ouvre les frontières d’un territoire plus vaste.
  • L’autrice, également entrepreneure et coach professionnelle, sera présente au Salon de la littérature érotique, le 30 novembre à La Bellevilloise à Paris, pour intervenir sur « les fantasmes féminins : un territoire spécifique ».
  • « Le fantasme a vocation à s’inscrire dans un territoire beaucoup plus large qui est celui de l’imaginaire, de la pensée libre et sauvage. C’est un temps de rêverie qui amène du plaisir », explique Maud Serpin à 20 Minutes.

C’est quoi un fantasme ? Selon Le Robert, c’est une « idée, [une] représentation imaginaire suggérée par l’inconscient ». Donc une pensée très personnelle. Mais à en croire les sondages, faire l’amour avec une personne célèbre, un ou une inconnu(e), ou plusieurs partenaires, sur une plage déserte ou dans un avion, constitueraient les fantasmes ultimes des Français. Mais d’où viennent-ils ? Sont-ils issus de l’imaginaire de chacun ou de l’imaginaire collectif ? Dans son ouvrage Fantasmes au féminin : Laissons vivre nos imaginaires, Maud Serpin brise les tabous, tord le cou aux clichés, et ouvre les frontières d’un territoire (érotique) bien plus vaste.

Intervenante au Salon de la littérature érotique, programmé le 30 novembre à La Bellevilloise (Paris 20e), Maud Serpin abordera le fantasme sous un prisme 100 % féminin. Non pas par volonté de le genrer, mais pour l’extirper des scripts patriarcaux auxquels il s’est longtemps heurté. Selon l’autrice et coach professionnelle, il s’agit avant tout d’une pensée, d’un imaginaire, libre et intime. Et ce dernier peut aller d’un contact avec une matière, comme du velours, à une fessée - et même plus si tant est que l’imagination s’abandonne à ses propres désirs. Sans crainte, sans honte et sans culpabilité.

A travers les récits et témoignages de femmes de tous horizons, dont des professionnelles de l’érotisme, Maud Serpin montre aussi comment le fantasme, lorsqu’il est exploré librement, peut jouer un rôle dans l’épanouissement personnel et sexuel. Interview.

Pourquoi avoir choisi un point de vue spécifiquement féminin ?

Le monde érotique a pendant des siècles été fait par des hommes, pour des hommes. Et dans cet univers, la femme est avant tout objet de désir, et non sujet de désir. « Au féminin », c’est pour les femmes qui ne se sentiraient pas forcément raccord avec ces imaginaires, mais aussi pour celles qui le seraient mais ne le vivraient pas bien. Cela pourrait être, par exemple, une féministe qui aime la fessée et ne saurait pas comment gérer ce fantasme. Enfin, c’est aussi pour les femmes qui pensent n’avoir aucun fantasme car elles n’imaginent pas qu’une simple caresse sur la nuque en est un.

Les sondages placent souvent les lieux insolites et le plan à trois en tête des fantasmes préférés. Est-ce aussi simple que ça ?

Je déplore justement une représentation très codifiée du fantasme, où tout est organisé par tag comme sur les plateformes de porno. Le fantasme est rangé, il est souvent confondu avec une pratique, un contexte ou un environnement bien définis, et du coup ça en donne une définition très étroite. A mon sens, le fantasme a vocation à s’inscrire dans un territoire beaucoup plus large qui est celui de l’imaginaire, de la pensée libre et sauvage. C’est un temps de rêverie qui amène du plaisir. Mais pas forcément l’orgasme, puisque le fantasme peut prendre forme pendant l’acte sexuel, la masturbation, mais aussi lors d’une réunion ennuyeuse.

Certains fantasmes sont sources de culpabilité pour les femmes, que ce soit pour des raisons de bienséance, d’éducation ou de valeurs. Comment expliquer ça ?

Parmi les femmes que j’ai interviewées, beaucoup ne se sont jamais dit qu’elles avaient droit à cet espace-là, et il y a aussi cette confusion permanente entre fantasmer et vouloir réaliser. L’adultère est, par exemple, considéré comme un fantasme transgressif terrible, car dangereux pour le couple. Il y a pourtant une grande différence entre imaginer avoir une liaison avec un autre partenaire, et avoir envie de le faire, et c’est d’ailleurs un fantasme très courant. Beaucoup de sexothérapeutes m’ont dit que les femmes culpabilisaient très souvent d’avoir ce type de fantasmes, alors qu’il n’y a rien d’anormal.

Pourquoi est-il important de fantasmer ?

Tout simplement parce que notre cerveau est l’un des principaux organes sexuels. Quand on est conscient de ce qu’on aime, de ce qu’on veut, et de ce qu’on a dans la tête, ça amène du plaisir. Et ça participe a fortiori à l’épanouissement sexuel. Quand on sait sur quoi on fantasme, on peut aussi choisir de le dévoiler ou non quand on est en relation. Ca crée un carburant qui peut être bénéfique au couple. In fine, ça permet d’être mieux avec soi-même et/ou avec les autres.

Finalement, c’est quoi un fantasme ?

C’est un territoire beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine. Ca peut être le regard de son voisin de palier, une caresse sur le mollet, des jeux de pouvoir, une fessée… Il n’y a pas de bon ou mauvais fantasme, donc il ne faut pas culpabiliser les femmes qui en auraient des transgressifs ou basés sur des scripts patriarcaux. Le fantasme est plus généralement une pensée libre, rien qu’à nous, un espace non marchand dans lequel on peut imaginer ce qu’on veut. J’encourage les femmes à le cultiver, quels que soient leurs fantasmes, car cultiver l’érotisme c’est comprendre ce qui nous plaît.