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Journée mondiale de la santé sexuelle : le préservatif féminin, le grand oublié de la prévention
À l’occasion du Mois de la santé sexuelle, avec sa Journée mondiale le 4 septembre, le constat est là : le préservatif interne (ou nommé féminin) reste invisible et peu utiliséVictoria Berne
L'essentiel
- Le préservatif interne reste largement méconnu malgré ses nombreux atouts, ne représentant que 28 % des commandes en pharmacie.
- Cette invisibilité s’explique par un manque de campagnes de sensibilisation spécifique, contrairement au préservatif externe qui a bénéficié des grandes campagnes de prévention des années 1980.
- Le préservatif interne constitue pourtant un outil de réduction des risques très efficace, mais c’est aussi un outil d’émancipation permettant l’autonomie et le contrôle de sa protection.
Il y a des grands oubliés. Alors que septembre est un mois important dans la sensibilisation à la santé sexuelle, marqué avec par une journée mondial le 4 septembre, il est temps de mettre en lumière un dispositif encore trop peu utilisé. Le 16 septembre, sera le jour de promotion du préservatif interne. Malgré de nombreux atouts, cet outil de prévention reste largement méconnu : en pharmacie, il ne représente que 28 % des commandes.
Une invisibilité inquiétante, alors que les jeunes se protègent de moins en moins : entre 2014 et 2022, l’usage du préservatif lors du dernier rapport sexuel est passé de 70 % à 61 % chez les garçons et de 63 % à 57 % chez les filles, selon le Rapport de l’OMS publié en août 2024. Conséquence directe, la France connaît une recrudescence des infections sexuellement transmissibles. En 2023, 17 % des nouveaux cas de séropositivité concernaient des moins de 25 ans. À l’occasion du Mois de la santé sexuelle, Terpan tire la sonnette d’alarme : pour Alexandra Guérin, responsable qualité et affaires réglementaires, « le préservatif féminin doit sortir de l’ombre et devenir un réflexe au même titre que le masculin ».
« La grande majorité des jeunes n’en ont jamais entendu parler »
Pour Élie Bouet-Jacqueline, membre du planning familial, cette invisibilité est d’abord le fruit d’un manque de campagnes. « On a beau essayer de le faire connaître, il n’y a jamais eu de campagnes spécifiques pour rendre visible le préservatif interne. Résultat : la grande majorité des jeunes n’en ont jamais, ou presque jamais, entendu parler. C’est un vrai problème d’égalité et de santé publique ».
Un constat partagé par Terpan : « Le préservatif féminin est arrivé bien plus tard que son homologue masculin et n’a pas bénéficié des grandes campagnes de prévention des années 1980. Il est très peu abordé lors des séances d’éducation à la sexualité dans les collèges et lycées, et il est rarement disponible dans les plannings familiaux ou dans les pharmacies », rappelle Alexandra Guérin.
Un outil d’autonomie et d’émancipation
Au-delà de la protection contre les IST et les grossesses non désirées, le préservatif interne incarne « un outil de réduction des risques très efficace, mais c’est aussi un outil d’émancipation. Il permet aux personnes qui choisissent d’être pénétrées de reprendre le contrôle en pouvant se protéger elles-mêmes, parfois plusieurs heures avant le rapport », insiste Élie Bouet-Jacqueline.
Un argument repris par Alexandra : « Le préservatif interne permet aux personnes d’être autonomes, puisqu’il peut être inséré jusqu’à huit heures avant un rapport sexuel. Elles prennent ainsi en main leur protection, sans interrompre l’acte et sans dépendre d’une érection préalable. Et face au retrait non consenti du préservatif externe, il constitue une véritable protection. »
Notre dossier sur le Planning FamilialUne accessibilité questionnée
Une boîte de dix préservatifs internes coûte environ 17 euros, un prix nettement plus élevé que celui du préservatif externe. Pour Élie Bouet-Jacqueline, ce surcoût pèse aussi sur les associations : « Même pour association, on en a souvent en moins grand nombre. Les associations ont de moins en moins de moyens dans un contexte ou les IST sont en recrudescences. »
Si le dispositif est gratuit pour les moins de 26 ans et remboursé à 60 % sur ordonnance au-delà, l’information circule mal. « Plusieurs pharmaciens ignoraient que le préservatif féminin était pris en charge », observe Alexandra Guérin. Résultat : le dispositif reste cantonné à quelques réseaux et peine à s’imposer dans les usages.
« On a beau essayer de le faire connaître, il n’y a jamais eu de campagnes spécifiques pour rendre visible le préservatif interne. Résultat : la grande majorité des jeunes n’en ont jamais, ou presque jamais, entendu parler. C’est un vrai problème d’égalité et de santé publique », alerte Élie Bouet-Jacqueline.
« Informer, prescrire, distribuer »
Pour ces deux acteurs, la marche à suivre est claire : briser l’invisibilité par l’information et les campagnes nationales. « Ce qu’il faudrait, c’est une vraie campagne nationale de visibilité, comme cela avait été fait au départ pour le préservatif externe. Tant qu’on n’en parlera pas massivement, cela ne rentrera pas dans les mœurs », plaide Élie Bouet-Jacqueline.
« Informer, prescrire, distribuer », résume Alexandra Guérin. Trois leviers simples pour que le préservatif interne cesse d’être un outil oublié et devienne enfin un réflexe partagé.



















