« Boy sober » : Pourquoi les femmes célibataires veulent se sevrer des hommes ?
Fini les rencards, les applications de rencontres et… les relations amoureuses. Sur les réseaux sociaux, certaines femmes célibataires repartent en détox pour se focaliser sur leur épanouissement personnelChristelle Pellissier
L'essentiel
- Le « boy sober » est un mouvement lancé par l’humoriste américaine Hope Woodard qui consiste en une détox masculine suivant des règles strictes : pas d’applications de rencontres, pas de rencards, pas d’ex, pas de « situationship », pas de bisous ni de câlins.
- Le phénomène convie avant tout à se recentrer sur soi. « C’est le moment favorable pour des questionnements intérieurs, pour mieux se connaître », explique la psychanalyste Hélène Vecchiali.
- Contrairement à son nom, le « boy sober » n’est pas dirigé contre les hommes. Il s’agit en réalité d’une diète amoureuse.
A consommer avec modération. On connaissait le « dry january » et « le sober october », il faut désormais composer avec le « boy sober ». Le principe est le même - ou presque. Alors que les deux premiers se traduisent par une diminution, sinon un arrêt total, de la consommation d’alcool pendant un mois, le troisième n’est autre qu’un mouvement prônant a priori un sevrage… des hommes. Porté par les femmes célibataires issues de la génération Z, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux, avec pas moins de 35 millions de publications sur TikTok.
C’est toutefois à l’humoriste et créatrice de contenu américaine Hope Woodard que l’on doit la genèse de ce mouvement. « Toute ma vie, j’ai dit : "je suis célibataire". Non, je n’ai jamais été célibataire, j’ai toujours été dans un entre-deux relationnel. Vous n’êtes pas célibataire si quelqu’un occupe votre espace cérébral », lance la jeune femme.
Et d’annoncer sa volonté de faire une détox masculine pendant une année entière en suivant des règles très strictes : pas d’applications de rencontres, pas de rencards, pas d’ex, pas de « situationship », autrement dit de relations équivoques, pas de bisous ni de câlins. Bref, rien qui ne s’apparente de près ou de loin à une relation sentimentale ou sexuelle, et davantage encore à l’épuisement induit par les espoirs et déceptions liés aux rencontres 2.0.
Une lassitude de la culture du dating
Le « boy sober » est davantage une réponse à la « dating fatigue », décryptée par la journaliste Judith Duportail dans l’ouvrage éponyme qu’un pamphlet contre ces messieurs. Il s’agit donc de se délester du poids du « swipe » compulsif, de l’attente (interminable) de messages, des discussions et des rencontres stériles, voire des relations toxiques. « La méfiance vis-à-vis des applications de rencontres reflète un rejet de la logique consumériste », explique la psychanalyste Hélène Vecchiali, autrice de La déconstruction des hommes : une fausse bonne idée.
A force d’échecs amoureux, et ce malgré les infinies possibilités de « perfect match » qu’offrent les applications de dating, certaines se disent désabusées, au point de vouloir totalement renoncer à cette quête constante de l’amour. « Réaliser que, même en faisant sa liste au Père Noël avec des critères précis, on n’évite pas le fait que l’autre est… autre, c’est sans doute une bonne chose ! Si ce retrait permet de retrouver une présence authentique à soi et de chercher un autre, lui aussi authentique, c’est fécond », poursuit la spécialiste. Derrière le « boy sober » se cache en réalité une volonté de se recentrer sur soi, davantage que sur l’autre, ou la projection d’une vie à deux.
Libérer du temps (et de l’énergie) pour soi
Délaisser les applications de rencontres offre aussi un temps inestimable que les principales intéressées entendent s’accorder à elles-mêmes. « J’ai besoin de retrouver ma lucidité et de me concentrer sur moi-même », « Je l’ai fait et je suis tombée complètement amoureuse de moi-même », « Cette année, j’ai été sobre et c’était génial. J’adore passer du temps avec moi-même et mes amis, je me sens super bien et j’ai grandi », peut-on lire parmi les commentaires postés sous la publication de Hope Woodard. Ce sevrage des hommes est finalement surtout un moyen de privilégier son épanouissement personnel, et de redéfinir ses priorités pour - pourquoi pas - repartir de plus belle.
« Se recentrer sur soi est nécessaire pour vivre mieux, à condition que ce ne soit pas une action égocentrée », explique Hélène Vecchiali.
« C’est le moment favorable pour des questionnements intérieurs, pour mieux se connaître, mieux savoir ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus. Ce temps-là est nécessaire non seulement pour une belle rencontre amoureuse mais pour toutes nos rencontres. »
Cette mise en retrait peut donc bel et bien se révéler bénéfique pour… rencontrer la bonne personne. Ou passer au « slow dating », à savoir privilégier la qualité à la quantité, comme l’affirment nombre d’internautes sur TikTok.
Un nom qui prête à confusion
Contrairement à ce que son intitulé suggère, le « boy sober » n’est pas un phénomène à l’encontre des hommes, mais des relations en général. Dans un entretien accordé au New York Times, Hope Woodard précise qu’il s’agit de se sevrer « de toute relation amoureuse avec des personnes de quelque genre que ce soit ». Les hommes ne sont donc pas dans la ligne de mire de celles (et ceux) qui voudraient s’abstenir de faire des rencontres - le contraire aurait été contre-productif. Ils peuvent même, eux aussi, s’initier à cette diète particulière.
Nos articles sur la SexualitéPour celles et ceux qui n’ont pas l’intention d’abandonner le « swipe », certains réflexes peuvent cependant aider à éviter la fameuse « dating fatigue ». Comme le suggère la psychanalyste : « Avant de se lancer sur une application, il est essentiel de clarifier son intention : une aventure ou une relation durable ? ». Et, comme dit plus haut, de prendre le temps de se connaître, « d’analyser sa responsabilité dans ses échecs précédents », et plus largement de définir ses priorités.
« « Il n’est pas question d’attendre d’être parfaite pour espérer rencontrer un amoureux, mais d’avoir entamé ce chemin vers soi qui permettra de désamorcer les conflits et d’accueillir l’autre dans sa vérité ». »



















