« Tout le monde avait un mot sur Jul »… Le rappeur marseillais vu par ses fans dans « Team Jul »
Le J c’est le S•Diffusé ce 11 mai sur France 4, « Team Jul » retrace l’ascension du rappeur marseillais. Loin d’un biopic classique, le documentaire choisit de raconter le rappeur marseillais à travers ceux qui l’écoutent et l’admirentVictoria Berne
L'essentiel
- Le documentaire « Team Jul » retrace 10 ans de carrière du rappeur marseillais et décrypte son ascension comme phénomène sociétal.
- Jul est passé d’un artiste moqué à ses débuts à un phénomène Internationale.
- Le rappeur reste indissociable de Marseille où il est devenu « un phare » pour une communauté diverse qui reprend « les textes de Jul comme des slogans ».
On l’appelle l’ovni. Jul c’est des milliards de streams, plus de 1.000 titres, 34 albums, près de 200 certifications, 3 vélodromes, 1 stade de France… Mais surtout, c’est l’enfant d’une ville. À Marseille, il suffit parfois de lever les yeux pour tomber sur un graffiti, une affiche ou un slogan en référence à Jul. Car le « minot » du 5e arrondissement est devenu une figure internationale.
Avant ces deux Stades de France les 15 et 16 mai, ses deux Vélodrome à la fin du mois et la sortie de son nouvel album « Oubliez-moi » disponible le 15 mai prochain, le documentaire « Team Jul » vient faire le point 10 ans après le début de sa carrière.
« Raconter l’histoire dans les yeux des siens »
Pas d’interview face caméra pour Jul dans le documentaire. Très discret médiatiquement, le rappeur marseillais laisse la place aux autres pour raconter son histoire : habitants du 5e arrondissement qui l’ont vu grandir, proches des débuts, journalistes, linguiste, fans, DJ Djel ou encore Tony Estanguet. Un choix assumé par les créateurs du documentaire. « Ce qui nous intéressait, c’était de faire un véritable décryptage du phénomène sociétal » résume Gilles Perez, producteur de ce film. Même constat du côté du réalisateur Anthony Igoulen : « Ce qui était vraiment intéressant, c’était le phénomène. Son œuvre et surtout son public. » Car pour lui, l’histoire de Jul dépasse largement la musique : « À travers Jul qui était moqué au début, c’était une certaine frange de la population qui était moquée. Mais il représente une culture, un langage, une identité. »
Pendant plus de deux ans, les équipes ont accumulé archives, vidéos Facebook et témoignages pour retracer cette ascension hors norme. « Tout le monde avait un mot sur Jul. Tout le monde avait quelque chose à raconter », explique Anthony Igoulen, qui revendique une approche loin du documentaire promotionnel classique : « La mamie du quartier, le copain d’école, le prof de sport… je trouve que c’est beaucoup plus sincère. »
10 ans de carrière : du rap moqué à la flamme olympique
Le documentaire retrace aussi la manière dont Jul a construit une carrière devenue presque mythique. Car à ses débuts, le rappeur marseillais était loin de faire l’unanimité. « Les élites ont toujours tendance à décliner, à moquer ce qui monte vite et fort », analyse Anthony Igoulen. Le réalisateur reprend la comparaison entre Jul et Lidl faite par Nesrine Slaoui dans le film : « Au départ, c’était moqué… puis il y a un effet de masse qui fait que ça devient cool ». Car ce que le film retrace, c’est que le rappeur divise, autant qu’il fascine.
Pour Anthony Igoulen, Jul a surtout compris avant tout le monde que la musique était en train de changer. « Il a compris que le rap à texte et engagé n’avait plus forcément le même impact », estime-t-il. « Avec la montée du streaming et la mondialisation, il fallait des rythmes plus feel-good, plus universels ». Reggaeton, bossa-nova, autotune… Jul mélange les influences et impose progressivement un nouveau son dans le rap français. Mais derrière cette spontanéité apparente, le réalisateur voit surtout un énorme travail. « Jul est un acharné, il produit énormément », insiste-t-il. « Il a compris son époque ». Pour lui, le succès du rappeur ne doit rien au hasard : « Il y a un côté très spontané chez Jul, mais aussi un côté analyste. Il a su comprendre les changements qui l’entouraient. »
Le véritable basculement arrive avec le titre « Bande Organisée » : « C’est le titre qui fait exploser Jul au plus grand nombre », explique Anthony Igoulen. « C’est un morceau qui sent Marseille, le soleil, les vacances ». Le documentaire montre comment après le Covid, « l’ovni » a réussi à créer un titre qui a fédéré toute la France, faisant passer Jul de statut de rappeur Marseillais à phénomène total. Puis en 2024, vient l’image ultime, même si les critiques fusent : Jul portant la flamme olympique à Marseille. « C’était le minot de Marseille qui représente la France », résume le réalisateur.
« Jul représente les vibrations de Marseille »
Et ce documentaire le montre : impossible de parler de Jul sans parler de Marseille. Dans « Team Jul », la ville est partout : le quartier de Saint-Jean-du-Désert, l’OM, le Vélodrome, les supporters… « Jul, c’est Marseille », pour Gilles Perez. Pour le producteur, le rappeur représente même « les vibrations de cette ville », ce « melting-pot qui brasse et rassemble ».
Anthony Igoulen raconte avoir été particulièrement marqué par l’ambiance autour du Vélodrome lors du tournage. « Ce qui m’a tout de suite choqué, c’est cette unité », se souvient-il. « Les textes de Jul sont presque repris comme des slogans ». Pour lui, la force du rappeur est de réunir des publics très différents. Présent lors des concerts l’année dernière, ils ont posé la caméra sur le public : un mélange de génération était là pour acclamer l’enfant du pays. « J’ai presque été plus touché par la communauté qui vénère Jul que par l’artiste lui-même ». Avant de conclure : « Jul représente vraiment un phare pour eux. »



















