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Comment se passe l’interdiction des réseaux en Australie ?

Australie : Adolescents pas contents, plus de pouvoir pour les parents ! Comment se passe l’interdiction des réseaux ?

plus de réseauDepuis le 10 décembre dernier, l’Australie est devenue le premier pays au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
L’Assemblée nationale adopte l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

L'essentiel

  • L’Australie est le premier pays au monde à avoir mis en place la première interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, avec vérification d’âge par reconnaissance faciale et pièce d’identité.
  • Les adolescents australiens contournent déjà l’interdiction en utilisant des techniques diverses comme des VPN, ou en se tournant vers des applications exemptées comme WhatsApp qui permet aussi de mettre des stories.
  • Deborah Elalouf, spécialiste en éducation numérique, considère que « L’interdiction est une réponse simple à un problème complexe » et préconise plutôt « la responsabilité des plateformes, l’éducation aux médias et l’accompagnement parental » pour encadrer l’usage des réseaux sociaux.

Sur le TikTok australien, les ados de moins de 16 ans sont devenus des personnages rares… Persona non grata depuis plus d’un mois, ils sont visés par la première interdiction mondiale sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui les plateformes concernées sont obligées, sous peine de lourdes amendes, de vérifier l’âge de l’utilisateur par une reconnaissance faciale puis par la lecture de sa pièce d’identité. Objectif affiché par le gouvernement local ? Protéger la santé mentale, stopper le cyberharcèlement, les contenus toxiques et l’addiction aux scrolls infinis. Sur le papier, cela vend du rêve pour protéger les plus jeunes, mais dans la vraie vie, les ados cherchent à gruger les règles pendant que certains parents se reposent sur l’Etat pour faire respecter la loi.

D’après les premiers chiffres recueillis par eSafety, la plateforme australienne pour s’informer sur cette nouvelle règle, les géants des réseaux ont supprimé l’accès à environ 4.7 millions de comptes identifiés comme appartenant à des enfants de moins de 16 ans au cours des quinze premiers jours de la loi. En France, cette interdiction a donné des envies à nos politiques. Lundi, un projet de loi a été adopté à l’Assemblée nationale, les réseaux sociaux vont désormais être interdits aux moins de 15 ans.

Fausses moustaches, vraies mauvaises idées ?

Dès le lancement de l’interdiction des réseaux sociaux pour les jeunes, le Premier ministre travailliste, Anthony Albanese, s’attendait aux tours de passe-passe pour contourner les règles : « Je suis sûr que des individus se feront une priorité de chercher à contourner la loi et certains y parviendront. En aucun cas, cela est une excuse pour ne rien faire. » Et l’homme politique n’avait pas totalement tord, cette jeunesse a décidé de chercher les meilleures techniques pour continuer à avoir une présence sur ces applications, « déjà certains comptes n’ont pas été supprimés ou vérifiés » souffle le Sydnéen Tom, « j’ai même des potes qui se sont fait des gros maquillages avec des faux sourcils ou se sont dessinés une fausse moustache » finit-il par lâcher hilare. Mathis avoue que certains de ses proches et lui-même n’hésitent pas à « utiliser des VPN pour ne pas être bloqués ».

Autre bonne nouvelle pour les ados, mais moins pour leurs parents et pour la loi, tous les réseaux ne sont pas interdits. La messagerie WhatsApp par exemple est exemptée de contrôle. Miranda une mère australienne de trois enfants pensait que l’appli ne servait qu’à écrire des messages ou s’appeler… Mais non, sa fille de 14 ans peut mettre des stories comme sur Instagram, « si j’avais eu connaissance de cette option j’aurais complètement interdit son utilisation » souffle la maman dépassée. Des techniques pour frauder qui ne font pas peur à la commissaire à la sécurité en ligne, Inman Grant qui déclare que « le véritable impact de l’âge minimum sur les réseaux sociaux ne se mesurera pas en semaines ou en mois, mais sera probablement générationnel. »

Interdire ou faire de la prévention ?

Du coup, est-ce que cette interdiction est efficace ? Miranda avoue quand même que cette loi « permet d’avoir un vrai argument à dégainer pour expliquer à ses enfants pourquoi les réseaux sont mauvais. Puis maintenant on leur dit ''c’est la loi, on ne discute pas'' ». Mais en interdisant des plateformes qui mettaient en place un contrôle des contenus mais aussi une modération des propos - même très faible –, l’Etat laisse la voie libre à des réseaux sociaux complètement inconnus des radars comme Lemon8, Yope, RedNote ou Chain. En France, les nouveaux comptes devraient être validés en justifiant son âge dès la rentrée 2026. Une vérification de la date de naissance serait également demandée à tous les utilisateurs au 1er janvier 2027.

Mais chez nous, des voix s’élèvent contre cette nouvelle idée. « L’approche la plus efficace et la plus pragmatique est l’encadrement. » martèle Deborah Elalouf, Présidente du programme national Internet Sans Crainte/Tralalere, qui ajoute que « L’interdiction est une réponse simple à un problème complexe. Il faut encadrer et agir sur plusieurs leviers : la responsabilité des plateformes, l’éducation aux médias et l’accompagnement parental, en fournissant aux parents des ressources concrètes et des outils pour poser un cadre d’usage serein, évolutif et adapté à l’âge de leurs enfants. » Et puis, soyons honnêtes : les réseaux, c’est aussi du lien social, de l’info et beaucoup de créativité. Bloquer un écran, c’est facile mais apprendre à la Gen Z à les gérer… là, c’est le vrai défi.