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C’est quoi le « Korean Ozempic » vanté par Kylie Jenner ?

« La faim est un signal physiologique, pas un ennemi » : c’est quoi le « Korean Ozempic » vanté par Kylie Jenner ?

balance ton placement de produitAprès une vidéo virale de Kylie Jenner, le « cutting jelly » est devenu le nouveau produit minceur dont tout le monde parle. Surnommé « Ozempic coréen » sur les réseaux sociaux, ce gel venu d’Asie divise
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Kylie Jenner fait la promotion du « cutting jelly », surnommé « Ozempic coréen », un complément alimentaire à base d’eau, de fibres et d’agents gélifiants qui donne une sensation de satiété transitoire.
  • La comparaison avec l’Ozempic est trompeuse et oppose deux catégories totalement différentes. D’un côté un complément alimentaire, de l’autre un médicament soumis à des essais cliniques rigoureux et prescrit dans un cadre médical précis.
  • Ce produit pose question sur le rapport à l’alimentation car chercher à inhiber la faim plutôt qu’à la comprendre peut fragiliser la relation à l’alimentation, et son succès reflète la pression esthétique des réseaux sociaux.

Ça faisait longtemps qu’on ne nous avait pas fait la promotion d’un produit « miracle » censé modifier le corps des femmes. Dans une vidéo de quelques secondes, Kylie Jenner vante un nouveau stick de gel coloré comme son « favori » du moment. Le produit s’appelle « cutting jelly », mais il est souvent surnommé « Korean Ozempic ». Si le produit connaît une forte viralité sur les réseaux sociaux, il relance aussi le débat sur la responsabilité des célébrités dans la diffusion de solutions, minceurs, déguisées.

« Ce n’est pas une gelée typique, c’est une "cutting jelly" pour la digestion, pour dégonfler… Mon objectif, c’est de grignoter moins pour la nouvelle année », explique Kylie Jenner dans sa vidéo. Présenté comme une aide à la digestion, à la réduction des ballonnements et à la satiété, ce produit aiderait à manger moins. Une exposition sur les réseaux qui interroge.

Un complément alimentaire, pas un produit miracle

Contrairement à son apparence gélatineuse ludique, la cutting jelly n’est ni un bonbon, ni un dessert. Il s’agit d’un complément alimentaire liquide, populaire depuis des années en Corée du Sud. Sa composition est relativement simple. « Le cutting jelly est essentiellement composé d’eau, de fibres et d’agents gélifiants. Son intérêt repose sur la présence de fibres solubles, qui peuvent ralentir légèrement la vidange gastrique et induire une sensation de satiété transitoire », explique Landry Courbet, diététicien-nutritionniste, qui veille à lutter contre la désinformation en nutrition. Faible en calories, il est consommé pour donner une sensation de satiété.

En pratique, l’effet reste limité. « On peut s’attendre à une sensation de remplissage de l’estomac, comparable à celle d’un aliment riche en fibres ou même d’un verre d’eau pris avant un repas. En revanche, il n’existe pas de données scientifiques solides montrant un effet significatif sur la digestion au sens métabolique, ni sur la perte de poids durable », précise-t-il.

Une comparaison trompeuse avec l’Ozempic

Sur les réseaux sociaux, le surnom d’« Ozempic coréen » s’est imposé rapidement. Une appellation que les spécialistes jugent infondée. « On oppose ici deux catégories totalement différentes. D’un côté un complément alimentaire, de l’autre un médicament soumis à des essais cliniques rigoureux et prescrit dans un cadre médical précis », souligne Landry Courbet.

Les traitements à base de GLP-1 (comme l’Ozempic) agissent sur des mécanismes hormonaux complexes liés à l’appétit et à la glycémie. « Le cutting jelly n’a aucun effet démontré sur ces mécanismes. Cet amalgame banalise l’usage de médicaments puissants tout en donnant une illusion d’efficacité et de sécurité à des produits qui ne sont pas évalués selon les mêmes standards », alerte le diététicien.

Couper la faim plutôt que de l’écouter

Au-delà de son efficacité le produit interroge sur le rapport à l’alimentation qu’il encourage : « Chercher à inhiber la faim plutôt qu’à la comprendre peut fragiliser la relation à l’alimentation. La faim est un signal physiologique essentiel, pas un ennemi », rappelle Landry Courbet.

Le vrai danger est que le recours répété à ce genre de solution peut favoriser une déconnexion des sensations corporelles. « À long terme, cela peut entretenir des cycles de restriction et de compensation, voire majorer la culpabilité alimentaire lorsque le produit ne tient pas ses promesses. En tant que diététicien, je ne suis donc pas fan de cette promesse. », observe-t-il.

Un succès révélateur de la pression esthétique

« Le succès de ces produits s’inscrit dans un contexte de pression esthétique très forte, accentuée par les réseaux sociaux et la mise en avant de corps normés, souvent retouchés ou irréalistes. Ces formats viraux proposent des solutions rapides, simples et présentées comme « naturelles », ce qui est particulièrement séduisant dans un quotidien où les injonctions à la minceur sont omniprésentes », analyse le diététicien. Une banalisation d’autant plus puissante lorsqu’elle est relayé sur les réseaux sociaux.

Pour Landry Courbet, le message est clair : Il n’y a pas de solution minceur universelle, rapide et sans contrepartie. La perte de poids, lorsqu’elle est souhaitée, ne peut pas se résumer à un produit isolé », insiste-t-il.

Avant de chercher à faire taire sa faim, il invite à s’interroger sur ce qui influence réellement notre appétit : l’apport énergétique, la qualité de l’alimentation, le rythme des repas, le sommeil, le stress ou la charge mentale. « Prendre soin de son corps, ce n’est pas le contraindre à se taire, c’est apprendre à l’écouter », conclut-il.