Nick dans Zootopie, les princes Disney… Est-ce normal d’avoir un « crush » sur un personnage fictif ?
love d’un mec qui n’existe pas•Sur les réseaux sociaux des jeunes femmes et hommes avouent avoir un « crush » sur un personnage fictif. Un phénomène qui existe pendant l’enfance mais qui continue à être ultra-répandu à l’âge adulteFiona Bonassin
L'essentiel
- Avoir des crushs sur des personnages fictifs est un phénomène très répandu, amplifié par les réseaux sociaux, les séries et les jeux vidéo, comme l’illustre l’engouement pour Nick Wilde de Zootopie.
- La recherche d’un idéal amoureux dans la fiction est en forte croissance, notamment avec le concept de « book boyfriend » dont la mention dans les biographies Tinder féminines a augmenté de 58 % en 2024 et de 77 % en janvier 2025, reflétant le désir de trouver des partenaires ressemblant aux héros de la pop culture.
- Au-delà des simples crushs, certaines personnes développent une fictosexualité, définie comme « un sentiment fort et durable d’amour, d’engouement ou de désir pour un personnage fictif ».
Enfants, on a déjà tous eu un petit coup de cœur pour notre personnage préféré dans un dessin animé que l’on avait le droit de regarder. Une tendance mignonne qui se répète pour certains à l’âge adulte. « Avoir un crush sur Nick de Zootopie n’a jamais été une phase de l’enfance, cela continu. » C’est par ces mots que Candice nous explique son lien avec le renard du film Disney. Lise va même plus loin : « A 18 ans je n’ai eu des crushs que sur des personnages fictifs. » Un phénomène qui peut surprendre certains mais qui est ultra-répandu, boosté par les séries, les jeux vidéo, la pop culture et TikTok...
Et si on est honnête deux minutes : qui n’a jamais scrollé des heures sur des vidéos un peu sensuelles de Conrad Fisher, fantasmé sur le lézard dans Monstres et Cie ou relu pour la 17e fois la scène où un personnage d’une romance nous fait fondre ? L’homme (ou la femme) parfait n’existe pas, mais avec les œuvres culturelles il est possible de se construire un idéal amoureux et physique.
Nick Wilde, homme de l’année 2026 ?
Dès les années 1990 et 2000, des générations entières d’enfants et de jeunes adolescents ont eu un faible pour Harry Potter, Aladdin et même le Génie d’Aladdin. Avec Zootopie (2016) et sa suite sortie en 2025, Nick Wilde, ce renard sarcastique, malin et finalement attachant a relancé l’idée d’avoir des crushs fictifs. Sur TikTok, Reddit ou Instagram, les confessions fusent : « Son sourire en coin, je fonds à chaque fois », « Pourquoi Disney fait des personnages sexy comme Nick ». Candice avait 12 ans quand le premier volet de Zootopie est sorti, presque 10 ans plus tard, elle « rêve de trouver un compagnon qui ressemblerait au renard : courageux, un peu bad boy, beau gosse et qui montre son attachement aux gens qu’il aime. »
Des souhaits qui pourraient paraître « bizarres » pour parler d’un animal même si il est représenté avec des traits humains, mais pour Diane Deswarte, sexologue, créatrice du Club Kamami et co-host [email protected], avoir un petit coup de cœur n’a rien de problématique :
« Le fait d’avoir des crushs sur des personnages fictifs, que ce soit dans des dessins animés, dans des films, des livres… Ce n’est pas un problème à partir du moment où ça ne fait de mal à personne. Mais si les pensées reviennent beaucoup et que la personne rumine avec une forme d’obsession, là, ça peut être plus gênant. »
Fantasme pour toucher la personne parfaite
Cette génération serait-elle à la recherche d’un idéal que l’on peut trouver que dans la pop culture ? Si on prend le cas du souhait de quelques lecteurs et lectrices d’avoir un book boyfriend – un homme qui ressemble aux héros de la littérature de new romance –, c’est ce que l’on pourrait penser. La mention book boyfriend dans les biographies des profils Tinder féminins a par exemple augmenté de 58% tout au long de l’année 2024, puis de 77% rien qu’en janvier 2025.
Notre rubrique Pop Culture« Dans la fantasmatique, il y a aussi la notion d’interdit, il peut y avoir aussi parfois une notion de violence et d’opposition... Certaines personnes vont peut-être rêver de quelqu’un qui est absolument parfait, qui est mon amoureux ou mon amoureuse parfaite, mais ça peut aussi être le fantasme d'une relation très interdite, très inatteignable, etc. »
Mais parfois, la fiction dépasse la réalité. Au Japon, nombreux sont ceux à s’amouracher de leurs personnages de fiction préférés, on parle alors de fictosexualité. Derrière cette étiquette se trouve « un sentiment fort et durable d’amour, d’engouement ou de désir pour un personnage fictif », écrivent Veli-Matti Karhulahti et Tanja Välisalo, co-autrices de ce travail publié dans la revue Frontiers in Psychology. Il s’agit donc d’individus réels qui s’attachent de manière durable, en s’imaginant des relations profondes et amoureuses avec des personnages fictifs. Mais il serait réducteur de dire que tous ceux qui ont fantasmé sur une personne qui n’existe pas soit dans un cas de fictosexualité, dans la majorité des cas, ce fantasme peut être même bénéfique pour un humain en explorant ses désirs.



















