TikTok : Les tests d'intelligence pour les chiens valent-ils quelque chose ?
quotient animal•Sur TikTok et Instagram, les tests d’intelligence sur les animaux domestiques font des millions de vues. Mais quel est l’avis des vétérinaires professionnels sur ce genre de vidéos ?Maelys Courpotin
L'essentiel
- Les vidéos de tests d’intelligence pour les animaux domestiques pullulent sur les réseaux sociaux et font des millions de vues, que ce soit un échec ou une réussite.
- Selon la vétérinaire Sylvia Masson spécialiste européenne en médecine du comportement, la majorité de ces exercices ne sont pas de bons baromètres.
- Pour la spécialiste, le problème principal est de définir l’intelligence, comme pour les humains. Selon elle, le meilleur baromètre est de voir à quel point nos compagnons de vie peuvent s’adapter à leur environnement.
Que ce soit sur TikTok ou Instagram, il est presque impossible de ne pas avoir vu ces vidéos. Des maîtres désireux de savoir si leur animal de compagnie est plus intelligent que ceux des autres. Le dernier test en vogue : approcher doucement son chien ou son chat d’un mur et voir si l’animal pose sa patte pour ne pas se cogner, ou s’il reste passif.
Pour comprendre si ces tests tendances sur les réseaux sociaux étaient un tant soit peu pertinents, 20 Minutes s’est tourné vers Sylvia Masson, vétérinaire spécialiste européenne en médecine du comportement et co-créatrice de la chaîne YouTube de vulgarisation « Cynapse ».
Définir ce qu’est l’intelligence chez un animal
Première réaction du Dr Masson lorsque nous lui avons parlé de ces tests : « Clairement ça ne permet pas de mesurer l’intelligence de votre chien ou chat. C’est surtout pour rigoler quand l’animal n’a pas de réaction et se prend le mur. » Bon, au moins, c’était clair. Mais la question qu’elle nous a posée c’était surtout : « Qu’est-ce que vous appelez intelligence ? » Question philosophique s’il en est.
En tant que spécialiste du comportement et de la psychiatrie des animaux domestiques, « ce ne sont pas les chiens champions de concours d’agilité » qui l’impressionnent le plus. L’autrice du livre « Psychiatrie vétérinaire du chien » s’extasie bien plus devant un canidé « manipulateur » et « qui fait faire ce qu’il veut à ses maîtres ». « Pour moi, les plus intelligents sont ceux qui finissent par aller sur le canapé alors que leur maître ne voulait pas, ou qui réussissent à obtenir de la pâtée prémium au lieu de leurs croquettes de base. »
Une autre base pour créer une connexion avec son animal ?
La recherche d’intelligence chez nos animaux provient de notre envie de trouver du lien, une connexion entre eux et nous. Mais on ne peut réellement mesurer l’intelligence de son animal. Il est possible de tester ses capacités cognitives ou encore ce que l’on appelle la mémoire procédurale. C’est la mémoire des automatismes, qui permet, chez un humain, de se remémorer des actions et de les reproduire sans y réfléchir. « On a inventé un test, qui consiste à demander au chien de reproduire à sa manière un geste fait par un humain, sans entraînement avant. Et si après une ou plusieurs heures l’animal est capable de refaire la même action lorsqu’on lui demande, alors on le classe parmi les animaux avec un QI élevé. » Les scientifiques ont également remarqué que les animaux domestiques pouvaient labelliser les choses : d’associer un nom à un objet ou une chose. Une chienne, « Chaser » a ainsi été capable de labelliser jusqu’à 1.200 objets et de les retrouver parmi d’autres grâce à leur nom. « Cependant cela ne signifie pas que le chien est intelligent partout. Par exemple Chaser ne sera pas capable de survivre dans l’eau plus de quelques minutes », temporise la vétérinaire Masson.
L’étude du cerveau de nos compagnons à quatre pattes ne se fait pas seulement au travers de l’intelligence. La psychiatrie commence à se développer, et c’est presque cela qui est le plus intéressant pour la vétérinaire Masson. Car si elle admet que l’étude de la psychologie et psychiatre des animaux est « très peu avancée par rapport aux autres spécialités », elle nous permet de trouver de nombreux points communs entre l’être humain et l’animal. Notamment en ce qui concerne les troubles psychiques et psychologiques comme l’hyperactivité ou un trouble du spectre autistique.



















