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Faceless influencers : Pourquoi on est si accros à ces comptes d’influenceurs dont on ne voit jamais le visage ?
On a demandé à une experte marketing de nous expliquer pourquoi les contenus de ces personnes qu’on ne voit jamais, sont aussi addictifsDora Christian
L'essentiel
- Le contenu « faceless » (sans visage) est de plus en plus populaire car il fait tomber les barrières de jugement liées à l’apparence et permet de se concentrer sur le message, bien qu’il demande plus de travail de montage et d’habillage pour compenser l’absence du visage.
- Selon la consultante marketing et créatrice de contenu, Zeïna Mémène, « l’addiction ne vient pas du visage ou du format mais vraiment du contenu en lui-même », et certaines thématiques comme la cuisine ou la décoration ne nécessitent pas de montrer son visage car l’abonné ne vient pas pour ça.
- Le format faceless permet de « reprendre le contrôle de son identité et se protéger » dans un contexte où l’IA et la manipulation d’images font peur, constituant selon l’experte « un acte de résistance » dans « une société où l’exposition est devenue la norme ».
Petite devinette. On ne me voit jamais, on ne connaît pas mon prénom, ni mon genre, parfois même le son de ma voix, dans les cas les plus extrêmes ! Et pourtant, l’algorithme des réseaux sociaux raffole de mon contenu. Je suis ? Un influenceur sans visage. ça vous dit quelque chose ? Ces vidéos que vous scrollez toute la journée mais dont vous ignorez tout du créateur de contenu. A 20 Minutes, Zeïna Mémène, consultante en stratégie marketing des réseaux sociaux, a expliqué ce qui nous rend accro dans ce jeu de l’inconnu.
Le contenu sans montrer son visage, pourquoi ça fonctionne tant ?
Le contenu faceless, consistant à ne pas montrer son visage dans ses vidéos, et parfois même sa voix, est de plus en plus répandu dans le milieu de l’influence. Principalement car il fait tomber la barrière des critères d’appréciation - ou de non-appréciation - qui peuvent être un frein à la consommation d’un contenu.
Les vidéos sans visage « concurrencent directement les contenus face caméra, qui eux, captent naturellement l’attention », explique Zeïna Mémène, consultante en marketing des réseaux sociaux. Mais à une condition : « que le message parle plus fort que la personne, qu’on ne voit pas », pour retenir l’attention.
S’il est populaire aujourd’hui c’est parce que le faceless s’adapte à la majorité des formats. « Mais il faut accepter que cela demande un peu plus de travail », reprend la fondatrice de l’école de contenu digital, Creare. Entre autres, plus de montage, plus de recherche d’images ou encore plus d’habillage et de dynamisme pour compenser l’absence du visage.
« L’addiction vient du contenu », pas de l’influenceur
« Si le faceless fonctionne autant, c’est parce que l’addiction ne vient pas du visage ou du format mais vraiment du contenu en lui-même », explique la créatrice de contenu. « On peut avoir un format super stylé, un montage de dingue… si le message est vide, les gens vont regarder, oui, mais ils ne vont pas rester », continue l’experte.
De même, « une facecam n’est pas automatiquement attractive ». « Ce n’est pas 'montre ton visage et ça marchera' », reprend-elle.
L’avantage avec le contenu sans visage, c’est qu’on va droit au but en se concentrant sur le texte, l’idée et le message à transmettre. De nos jours, avec l’accès aux banques de vidéos et d’images, le motion design, le contenu textuel, les montages dynamiques, « on peut même simplement écrire ce qu’on aurait dit en facecam, et ça passe », affirme la créatrice de contenu.
Et qu’on se le dise, certaines thématiques comme la cuisine, la culture, la décoration, ne nécessitent pas d’incarnation. L’abonné ne s’y intéresse donc pas, car il reste pour le contenu qui est proposé !
Partager son univers, tout en se protégeant
IA, deepfake, manipulation d’images… « Le faceless arrive aussi dans une ère où tout ce qu’on poste ne nous appartient plus et ça peut faire peur à certains qui n’aiment pas s’exposer », remarque la consultante marketing. Le faceless donne ainsi une porte d’entrée à ceux qui ne souhaitent plus être limités par leur apparence ou leur aisance devant la caméra.
Selon Zeïna Mémène, c’est aussi un moyen de « reprendre le contrôle de son identité et se protéger », quand le pouvoir est surtout dans les mains des plateformes, des algorithmes, des cookies ou des CGV interminables qu’on valide sans lire. « Plus qu’un format, je pense que le faceless est un choix. Dans une société où l’exposition est devenue la norme, et où préserver un bout de son image, c’est presque un acte de résistance », termine la professionnelle.



















