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S’habiller pour un concert selon un thème… nouveau rituel chez les fans ?
dress code

Code vestimentaire pour un concert : Comment les fans ont transformé le spectacle en soirée à thème

S’habiller en fonction du thème des concerts semble devenir un véritable rituel pour les fans : codes couleurs, tenues inspirées des clips ou thème défini, le look fait désormais partie intégrante du spectacle
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Le phénomène consistant à s’habiller selon un thème lors de concerts permet aux fans de « participer à l’univers » de l’artiste et constitue « une manière de rendre hommage à l’artiste ».
  • Cette pratique vestimentaire s’inscrit dans une tradition ancienne des fanbases et représente une forme d’identification et d’appartenance communautaire.
  • Les réseaux sociaux ont amplifié et normalisé ce phénomène, transformant parfois cette expression créative en pression sociale.

Si l’habit ne fait pas le moine, fait-il le fan ? Des santiags pour « Cowwboy Carter Tour » de Beyoncé, de l’oversize pour le « Hit Me Hard and Soft : The Tour » de Billie Eilish, du rose et du noir attendus pour le stade de France du groupe BlackPink de ce week-end…

Ces derniers temps, le style lors des concerts ne semble plus être un simple détail ou pensé dans une optique de confort, il paraît codifié et fait entièrement partie de l’expérience du concert.

Faire partie de la fête

« J’avais vraiment envie d’être dans le thème de Cowboy Carter, raconte Maïté Debrue, venue voir Beyoncé à Paris. Mais j’ai aussi pensé à la canicule. Je ne me voyais pas risquer un coup de chaud. » Mais pour elle, être dans le dress-code « ça permet d’être plus proches de l’artiste, de s’approprier l’album et surtout de participer à l’univers ».

Hanna Grief, choisit « l’era » de l’artiste qu’elle va voir quand elle crée son look : « Je m’habille en lien avec la direction artistique du concert. » Toutes deux sont d’accord : ces tenues sont aussi « une manière de rendre hommage à l’artiste ».

Une expression de soi

Venu voir Billie Eilish en juin dernier, Thibault Manuel explique avoir observé qu' « il y avait un dress code officieux, surtout chez les plus jeunes. Pour certains, c’était essentiel. Ces tenues leur permettaient d’affirmer une identité encore en construction, parfois réprimée dans leur quotidien ».

Selon Gabriel Segré, sociologue à l’université Paris Nanterre et rattaché au Sophiapol, cette pratique vestimentaire « s’inscrit dans une culture plus vaste, faite de références musicales, de codes esthétiques, capillaires, vestimentaires. Les fans ne se contentent pas d’écouter : ils veulent participer, s’approprier, faire partie de l’univers de la vedette. C’est une forme de mimétisme, une identification ».

Juliette Soudarin, cofondatrice du podcast Groupies et journaliste, confirme : « S’habiller pour un concert, ça existe depuis longtemps. Dans un de nos épisodes, Béa, une fan de The Cure, nous racontait qu’elle se maquillait gothique pour aller aux concerts, alors que ce n’était pas du tout son look du quotidien. C’est un moyen de se reconnaître entre fans, de dire qu’on appartient à une communauté. »

Une tendance qui ne date pas d’hier

À ceux qui y voient un phénomène récent apparu avec TikTok, Juliette montre une histoire longue des fanbases : « Il y a toujours eu une esthétique autour des concerts : les t-shirts de groupe dans le rock indé, les looks gothiques dans le post-punk, les codes vestimentaires dans la K-pop. Ce n’est pas nouveau, c’est juste plus visible aujourd’hui. »

Gabriel Segré confirme : « Ces pratiques ne datent pas d’hier. Les fans d’Indochine, ou les fans de K-pop plus récemment, s’inscrivent dans une logique qui dépasse la musique. C’est une relation à la vedette qui repose sur une forme d’identification, de mimétisme. Les fans ne veulent plus seulement applaudir, ils font le spectacle aussi. Dans la pop comme dans le foot, il existe une culture participative. Le concert devient un espace d’expression, une scène partagée. »

Clément Laré, journaliste, résume : « S’habiller autour du thème, ça permet d’encore plus événementialiser le concert. Quand tu prépares une tenue, tu crées encore plus de souvenirs autour de la journée. Tout devient expérience. »

Pression ou libération ?

Mais s’habiller pour un concert, devient-il une injonction ? Ne pas être habillé dans le thème fait-il de nous un « mauvais » fan ? Maïté assure qu' « il n’y a aucune pression entre fans. Au contraire, c’est libérateur. Ça nous permet de porter des choses inhabituelles sans avoir peur du jugement. » Pour le concert de Billie Eilish, Nina Lloret-Linares explique : « Je n’avais pas une tenue thème et je n’ai pas du tout ressenti de pression sociale. Je pense que ceux qui sont venus avec une tenue spéciale, c’était juste pour leur propre plaisir et amusement. »

Mais Thibault, lui, nuance : « Pour les ultra-fans, je pense qu’il y a une vraie pression : ils veulent prouver qu’ils font partie du noyau dur, que ce sont les plus investis. Personnellement, je ne ressens pas cette pression. Une amie est allée à un concert de Taylor Swift l’an dernier, et là, c’était une autre ambiance : ultra-codifié, car l’événement jouait sur la rareté. Ne pas jouer le jeu de la tenue donnait presque l’impression de commettre un crime de lèse-majesté. » Un sentiment que le sociologue sauteur de « Fan de », relie à une logique d’appartenance : « Être fan, c’est une façon d’appartenir à une communauté. On adopte ses usages, ses pratiques, ses savoirs. » Pour Juliette Soudarin, c’est même un espace à défendre, notamment pour les femmes : « Le concert devient un lieu où l’on peut s’amuser, où la marge devient la norme. »

Les réseaux sociaux comme amplificateurs

« On n’aurait jamais vu autant de gens déguisés en Pitbull avec des faux crânes chauves, lors de son concert à Paris, sans TikTok », note Hanna. Les réseaux ont amplifié la visibilité de ce phénomène. Clément Laré le confirme : « Il y a des TikTok où les gens demandent carrément comment s’habiller pour tel ou tel concert où le thème n’est pas évident, comme si c’était une nécessité d’avoir un dress-code. Le risque c’est une overdose, une pression, une obligation. »

@vibesofficiel_

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Gabriel Segré conclut : « Cette visibilité accrue participe d’une normalisation des pratiques de fans. Les réseaux révèlent les codes d’un groupe et les rendent partagés. Ce qui relevait de la marge devient un référent culturel à part entière. »