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Pourquoi mon enfant réclame-t-il toujours la même histoire ?

Pourquoi mon enfant réclame-t-il toujours la même histoire ?

Encore ???Votre enfant vous demande la même histoire tous les soirs ? Au-delà de mettre à mal votre patience, vous vous interrogez peut-être sur l’origine de cet intérêt persistant… Éclairage auprès d’un psychologue
Charlotte Arnaud pour 20 Minutes

Charlotte Arnaud pour 20 Minutes

La bibliothèque de votre enfant a beau déborder de livres, c’est pourtant toujours le même – et surtout pas un autre, malheur ! – qu’il réclame, chaque soir, avant de s’endormir. Si vous avez pour votre part l’impression de vivre « une histoire sans fin », sachez que vous n’êtes pas seul dans ce cas, mais surtout que ces requêtes légèrement obsessionnelles n’ont rien d’anormal. Au contraire !

Une routine très commune

« On retrouve ce comportement chez quasiment tous les enfants. Or s’il est aussi répété dans la population, c’est bien parce qu’il a une fonction ! », nous rassure Éloi Piffault, psychologue de prévention Enfance-Famille dans la Drôme. « C’est un moyen de s’approprier l’histoire, de mieux la comprendre, mais aussi de développer le langage. Autour d’eux, tout le monde parle, ils baignent dans le langage et comprennent assez vite qu’il s’agit d’un savoir crucial qu’ils seront amenés à explorer souvent. » La répétition est ainsi l’occasion d’appréhender chaque élément de l’histoire, des mots aux images en passant par les personnages.

Apprendre en répétant

En fonction de l’âge, cet intérêt pour la répétition peut avoir des motivations différentes, comme l’explique le psychologue : « Chez certains enfants, notamment les plus jeunes, il y a un intérêt particulier pour les mots, appris à la manière d’une poésie. Le sens de l’histoire importe alors moins que le fait de s’approprier chaque ponctuation, chaque mot – d’ailleurs, les parents le savent bien, s’ils en oublient un ou essaient de sauter une page, l’enfant s’en rend compte tout de suite ! C’est une manière pour eux de contrôler ce qui se passe, et l’une des rares occasions qu’ils ont de corriger l’adulte face à eux, ce qui a son importance. » Songez par exemple aux comptines des tout-petits, imaginées pour faciliter l’apprentissage des mots grâce à leurs sonorités amusantes ! Entre 3 et 5 ans, cette répétition va aider l’enfant à enrichir son vocabulaire, en prenant le temps d’assimiler les mots nouveaux et leur sens.

Un rôle rassurant

Cette histoire, qui revient comme une ritournelle, peut aussi jouer un rôle doudou en étant souvent associée à un rituel plus large qu’est celui du coucher. « L’enfant va avoir envie de répéter la même expérience de ce moment agréable passé avec son papa ou sa maman, un moment de cohésion privilégié », analyse Éloi Piffault. Connaître le déroulement d’une histoire, souvent en phase avec ses questionnements du moment, a également un effet rassurant pour l’enfant, qui peut l’encourager à se laisser aller à ses émotions et à les assimiler sans crainte. Des réminiscences de ce comportement persistent d’ailleurs souvent à l’âge adulte… Celles et ceux qui commandent toujours le même plat au restaurant de peur d’être déçus comprendront…

Quid des dessins animés ?

Parfois, ce ne sont pas les histoires à lire mais les dessins animés que votre enfant demande à regarder en boucle. On rappelle toutefois que la Haute autorité de santé préconise le « zéro écran » avant l’âge de 3 ans, à raison. « Les intonations, différentes à chaque lecture, l’association des sons, de la position de la bouche et des expressions du visage sont des éléments qui font du langage un tout cohérent, d’une finesse que ne peut pas égaler le dessin animé. La pratique régulière de la lecture permet aux enfants de mieux s’approprier les phrases, de les découper en séquences et en mots », précise notre intervenant. Il faut enfin avoir en tête que ce temps de lecture est un moment à part entière pour l’enfant, à l’instar d’un bisou ou d’un câlin : « Il y gagne aussi parce qu’il passe un bon moment avec son parent, ce qui est très précieux, bien plus que l’histoire en elle-même. »