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Chlamydia, gonococcie, syphilis : La moitié des personnes ayant une IST ne diraient rien à leurs partenaires
Sortez couverts•Selon une étude récente, la moitié des personnes ayant contracté une infection sexuellement transmissible (IST) feraient le choix de ne pas en avertir leurs partenairesAnissa Boumediene
L'essentiel
- Seulement une personne sur deux ayant une infection sexuellement transmissible le dirait à son ou ses partenaires, quand les autres garderaient le silence.
- En cause notamment, le tabou lié aux IST.
- Mais garder le silence peut avoir des conséquences directes sur la santé des partenaires non prévenus.
Si vous attrapiez le Covid-19, la grippe ou une gastro, sans doute en avertiriez-vous les personnes à qui vous avez claqué la bise ces derniers jours. Mais si vous contractiez la chlamydia, une gonococcie ou encore une infection au papillomavirus (HPV), en feriez-vous autant auprès de vos partenaires ?
En théorie, la réponse est simple : oui. La seule chose à faire dans ce cas de figure, c’est d’en avertir les personnes avec qui l’on a eu des relations sexuelles. Mais en pratique, cela semble un peu plus compliqué que cela, à en croire une étude récente publiée par des chercheurs américains dans The Journal of Sex Research, qui rapporte qu’en pratique, seulement la moitié des gens confient à leur partenaire avant un rapport sexuel qu’ils ont contracté une infection sexuellement transmissible (IST).
Des dépistages en hausse mais…
Aller chez le dentiste ou aller se faire dépister une IST n’est pas ce qu’il y a de plus agréable, mais quand faut y aller, faut y aller ! En France, après un creux lors de la pandémie de Covid-19, les dépistages des IST les plus courantes sont repartis à la hausse. « En 2022, 2,6 millions de personnes ont bénéficié au moins une fois d’un dépistage remboursé d’une infection à Chlamydia trachomatis, 3 millions d’un dépistage d’une infection à gonocoque et 3,1 millions d’un dépistage de la syphilis, indique Santé publique France. Le taux de dépistage de ces trois IST continue à augmenter en 2022 comme depuis plusieurs années, en dehors d’une baisse ponctuelle en 2020 ».
Problème : les chiffres des contaminations pour ces trois IST sont eux aussi en hausse. Heureusement, ces trois IST bénéficient de traitements efficaces. A condition de se faire dépister, si l’on a des symptômes, que l’on a eu un rapport sexuel à risque, ou si son ou sa partenaire indique avoir été testé positif à une IST. C’est sur ce dernier point qu’en pratique, les choses se gâtent. Selon les travaux publiés par des chercheurs de l’Université du Tennessee, qui ont passé au crible les données d’une trentaine d’études menées aux Etats-Unis et liées à l’annonce d’une IST aux partenaires sexuels, seulement la moitié des personnes interrogées ont prévenu – ou pensaient devoir prévenir – leur partenaire qu’elles avaient une IST avant d’avoir un rapport sexuel avec lui ou elle.
Des dépistages en hausse
Il y en a pour qui la question ne se pose pas. A l’instar de Dylan Witter, héros de la géniale série Netflix « Lovesick » qui, lorsqu’il apprend qu’il a été testé positif à la chlamydia, entreprend de contacter toutes ses anciennes partenaires sexuelles pour les en avertir et leur permettre, si besoin, de recevoir le traitement adapté. ça, c’est pour la fiction.
Dans les faits, heureusement, cela se produit aussi. S’il voit beaucoup de personnes venir seules, « on voit aussi des personnes venir à deux pour se faire dépister, ce qui, évidemment, aide à poser le diagnostic pour le ou la partenaire d’une personne contaminée, explique le Dr Nicolas Dupin, médecin dermatologue responsable du Centre de santé sexuelle de l’Hôtel-Dieu (AP-HP) à Paris. Et il n’est pas rare non plus de voir en consultation des hommes et des femmes qui viennent parce que leur partenaire leur a dit avoir contracté une IST et qu’il fallait se faire dépister ».
Parler par amour ou obligation morale, se taire par honte
Selon les conclusions des auteurs de l’étude, annoncer – ou pas – que l’on a contracté une IST à un ou plusieurs partenaires sexuels, que l’on soit en couple avec ou qu’ils soient réguliers ou occasionnels, fait naître chez la personne concernée différents sentiments, selon son profil et ses préoccupations. Il y a celles et ceux qui le font par amour pour leur partenaire, pour lui éviter des problèmes de santé liés à une absence ou un retard de diagnostic. Si la plupart des IST les plus courantes se soignent rapidement, un retard de traitement peut aggraver l’état de santé et causer différents effets délétères, dont une infertilité. Celles qui parlent le font ainsi par « obligation morale ou encore par amour pour son partenaire, décrivent Kayley D. McMahan et Spencer B. Olmstead, coauteurs de ces travaux. Les résultats ont indiqué que les facteurs liés à la relation, tels que des niveaux plus élevés d’engagement, la qualité de la relation, la durée de la vie commune et le sentiment de proximité étaient des facteurs importants de la divulgation ».
Ça, c’est pour la moitié qui fait le choix de parler. L’autre moitié, elle, fait le choix de garder le silence par « crainte de la réaction et de la réponse du partenaire, par crainte d’être rejeté, par peur d’une rupture ou encore en raison de sur l’absence d’obligation » d’informer ses partenaires, observent les auteurs de l’étude. Un chiffre qui « n’étonne pas du tout » le Dr Dupin. « Notamment pour ce qui est des couples censés être monogames : l’annonce d’une IST, qui a alors valeur d’aveu d’une infidélité, reste un sujet très compliqué à aborder. Je le vois en consultation, avec des personnes qui ont eu des aventures extraconjugales non protégées. Là, la culpabilité et la peur d’être quitté prennent le pas sur les questions de santé ».
« Démythifier le dialogue autour des IST »
Alors, au centre de santé sexuelle où il reçoit tous ceux et celles qui viennent se faire dépister, le Dr Dupin veille à délivrer les informations nécessaires. « Quand nous avons des patients diagnostiqués pour gonococcie, chlamydia ou syphilis, on se doit de les informer de la nécessité de prévenir leurs partenaires. En pratique, il n’y a aucun système de notification obligatoire, ni de tracking systématique des IST, précise-t-il. Et on n’a pas la possibilité de vérifier si la personne a prévenu son ou ses partenaires : c’est au bon vouloir des patients ».
Si chaque année, des dizaines de milliers de personnes sont testées positives aux IST les plus répandues, à ce jour, contracter une IST reste encore très connoté. Ce qui pousse nombre de personnes à garder le silence. « Ce que je dis systématiquement aux patients testés positifs à une IST, c’est qu’il faut prévenir ses partenaires, insiste le Dr Dupin. D’autant que si on ne dit rien, on se recontamine. Par exemple, en cas de chlamydia, qui dans 80 % des cas est asymptomatique chez la femme, si on ne dit rien, la femme peut à terme développer une inflammation de l’utérus et des problèmes de fertilité, et l’homme la contracter à nouveau. Parler est déterminant pour la santé de son ou sa partenaire et la sienne. Tout comme porter un préservatif ».
Pour le responsable du centre de santé sexuelle de l’Hôtel-Dieu, « il faut démythifier le dialogue autour des IST, briser le tabou de la honte et mettre la question de la santé et la nécessité de recevoir un traitement rapidement au premier plan. Dans certaines populations à risques qui sont susceptibles de contracter plusieurs IST et qui à la fois sont habituées à avoir un suivi très régulier de leur santé sexuelle, on va avoir tendance à prévenir ses partenaires sans détour. Certains outils le permettent très facilement ». C’est d’ailleurs l’objet du projet porté par Olivia Son, infectiologue martiniquaise, qui a lancé il y a quelques mois l’association KYSS (pour Know Your StatuS, ou connaissez votre statut en français). Un projet d’appli destiné à permettre à chacun et chacune de prévenir anonymement, sans communiquer son numéro de téléphone ou son adresse mail, ses partenaires en cas d’IST.



















