Tour de France 2019: Hinault, Vasseur et Moncassin... Trois histoires en jaune pour les 100 ans du maillot

CYCLISME Le maillot jaune fête ses 100 ans, il fallait donc marquer le coup

William Pereira, avec François Launay à Bruxelles

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Bernard Hinault, Frédéric Moncassin et Cédric Vasseur, trois des 84 coureurs français ayant porté le maillot jaune sur le Tour de France.
Bernard Hinault, Frédéric Moncassin et Cédric Vasseur, trois des 84 coureurs français ayant porté le maillot jaune sur le Tour de France. — AFP / Montage 20 Minutes
  • Le maillot jaune fête ses 100 ans en 2019.
  • Avant le grand départ du Tour, samedi à Bruxelles, 20 Minutes raconte trois histoires de maillots jaunes : celles de Bernard Hinault, Cédric Vasseur et Frédéric Moncassin.

La première image qui nous vient quand on évoque le Tour de France est bien souvent celle du maillot jaune. Pourtant, Grande Boucle et tunique dorée n’ont pas toujours été indissociables. Vous connaissez sûrement l’histoire, le leader du général portait un brassard vert avant son instauration en 1919, le jaune renvoyant au journal L’Auto, ancêtre de L’Equipe à l’origine de la course.

En génies mathématiciens que vous êtes, vous comprendrez qu’on célèbre cette année le centenaire de l’institution. 100 ans, ce n’est rien à l’échelle de l’humanité ou de la vie de Michel Drucker, mais c’est bien suffisant pour créer un mythe à coups de pédale, d’attaques, de descentes, de dents serrées, de sueur, de sang et parfois de larmes. Avant le grand départ à Bruxelles, on a donc décidé de donner la parole à trois anciens maillots jaunes. Et sans trop spoiler, sachez que tous ne lui vouent pas un culte.

Bernard Hinault, l’habitué

Son histoire avec le maillot jaune : Quitte à présenter Le Blaireau, autant le faire avec panache et se prendre pour Marc Maury sur le Philippe Chatrier un jour de printemps : il nous vient d’Yffiniac, dans les Côtes d’Armor, a été champion de France et champion du monde de cyclisme sur route, a remporté le Giro, la Vuelta et bien sûr le Tour de France, où il a ramené à cinq reprises le maillot jaune sur les Champs. Maillot qu’il a d’ailleurs porté pendant 79 jours, faisant de lui son troisième plus grand détenteur derrière Mercxx et Armstrong (si tant est qu’on le compte toujours). Mesdames et messieurs nous vous demandons d’accueillir Bernard Hinault (c’est une image, il ne débarquera pas chez vous, déso).

Sa vie avec le maillot jaune : « Porter le maillot jaune ne me faisait rien de plus que de porter un autre maillot, même si c’est l’objectif de toute une carrière. Moi quand je suis allé le chercher à Nancy pour la première fois [en 1978], c’était prévu que je le prenne. Il y a pas eu d’euphorie sur le podium, je n’ai pas de souvenir de ça. Mais c’est des moments intenses qu’on partage avec ses équipiers. Car c’est une joie partagée. Le maillot jaune ne se gagne pas tout seul, quand vous gagnez c’est aussi grâce à vos équipiers. J’ai toujours dit que je terminais juste le travail de mon équipe. »

Bernard Hinault ne fait pas les mêmes lessives que vous.
Bernard Hinault ne fait pas les mêmes lessives que vous. - AFP

La petite anecdote : On prend vite de bonnes habitudes avec le maillot jaune quand on s’appelle Bernard Hinault. Le bonhomme était tellement fort qu’il avait sa routine avec la tunique. « Dormir avec ? Non, non pas du tout. Je le mettais juste dans une valise chaque soir. » Y compris celui de son abandon à Pau, en 1980, où par réflexe, il a rangé son maillot comme s’il repartirait le lendemain. Un simple réflexe, dira-t-il à L’Equipe. A nous, il parle quand même d’un sentiment « terrible. C’est de la frustration, de la tristesse, un mélange de tous ces sentiments. »

Cédric Vasseur, l’enthousiaste

Son histoire avec le maillot jaune :  Cédric Vasseur a gagné deux étapes du Tour dans sa vie, à dix ans d’intervalle. Si la seconde, en 2007, sonnait comme un chant du cygne, la première était annonciatrice d’une carrière prometteuse, avec un maillot jaune au bout d’une échappée solitaire. Ça durera cinq jours, avec, en bonus, un 14 juillet passé dans de costume de leader.

Sa vie avec le maillot jaune : « Quand on porte le maillot jaune, on se découvre des qualités parmi les meilleurs. Quand je portais le maillot jaune, j’essayais de rivaliser avec les grimpeurs en montagne, je frottais pour ne pas être piégé dans les sprints. Avec cette tunique sur les épaules, vous êtes capables de faire des choses que vous n’arrivez pas à faire sans. Et ça vous suit même après. Il y a une petite gymnastique intellectuelle qui vous dit « j’ai réussi à le faire avec le maillot jaune, je peux le faire sans ». Il y a un pouvoir magique du maillot jaune. Ça donne des ailes. c’est une tunique surréaliste qui fédère aussi. Un maillot jaune réussit à beaucoup mieux fédérer autour de lui au sein de son équipe. Quand on a un maillot jaune, on a une vraie solidarité de la part de tous les coéquipiers. »

La petite anecdote : Vous connaissez les journalistes, toujours là à s’enflammer quand un Français pédale pas trop mal. En 1997, on commence déjà à s’impatienter de voir un coureur succéder à Hinault, et Vasseur ayant prouvé quelques aptitudes en tant que leader de circonstances, suscite une enflammade. Le désormais manager chez Cofidis raconte. « Je me souviens d’un titre d’un magazine après le maillot jaune. Il était marqué ‘’Vasseur peut-il gagner le Tour de France ?’’. Le maillot jaune change votre vie. Vous passez d’un statut de coureur normal à celui de potentiel vainqueur du Tour alors que ça paraît complètement fou. Mais au fond de vous, vous vous dites « si je l’ai fait pendant cinq jours, pourquoi pas essayer de travailler pour le faire un peu plus longtemps ».

Frédéric Moncassin, le désintéressé

Son histoire avec le maillot jaune : Au foot, on parle souvent de ces joueurs à une cape avec les Bleus. Le vélo a son équivalent avec les coureurs vêtus de jaune le temps d’une étape. Frédéric Moncassin est de ceux-là. L’ancien sprinteur français a pris la tête du général à l’issue de la troisième étape du Tour 1996 malgré des bonifs ratées sur le premier sprint intermédiaire. C’est finalement au sprint final que tout se jouera. « Je me suis pas mis en tête de gagner l’étape mais de prendre la roue de Cippolini coûte que coûte et ça a bien marché vu que je fais troisième de l’étape. » Traduction : il empoche huit secondes de bonifications et gagne le droit de parader en jaune.

Sa vie avec le maillot jaune : « Quand je l’ai eu, j’étais pas spécialement heureux, j’ai pas senti l’équipe autour de moi sur ce coup, il y avait un peu de rancune. Et puis je savais que je ne le garderais pas très longtemps de toute façon. Sur le podium, j’avais ma fille, ma belle famille était là comme on était sur leurs terres. En fait ce maillot jaune, ce podium c’était un peu une récompense pour tout le travail de la famille. C’était un peu comme quand un cinéaste va récupérer un trophée et qu’il fait un discours pour remercier toute son équipe. Mais j’ai ressenti moins d’adrénaline qu’après une victoire d’étape, en fait. »

La petite anecdote : Quand vous savez que vous ne resterez pas bien longtemps leader de la Grande Boucle, il faut savoir marquer le coup. Et Fred Moncassin a choisi la voie de l’autodérision pour rester dans les annales. Bien avant Peter Sagan, le loustic a profité du départ fictif de l’étape du lendemain pour taper une roue arrière devant le peloton. « Tout le monde était pété de rire, c’est l’apogée de ma courte vie de maillot jaune. Après, j’en avais plus rien à faire ! J’ai pas cherché à le défendre. Le soir même je récupère le maillot vert. L’autre grand moment finalement, c’est quand sur le podium je mets le maillot vert par-dessus le maillot jaune. C’était sympa. »