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Le débat sur l’arbitrage électronique ressurgit avec le cas Pavlyuchenkova

Wimbledon : « Comme si les robots dirigeaient »… Le débat sur l’arbitrage électronique ressurgit avec Pavlyuchenkova

polémiqueLa joueuse russe a été victime pendant son match dimanche d’une panne du système censé remplacer les juges de ligne depuis cette année sur le tournoi londonien
Nicolas Camus

N.C.

Jusqu’ici, tout allait bien. La disparition des juges de ligne à Wimbledon avait bien provoqué un petit pincement au cœur chez les spectateurs, orphelins de ces hommes et de ces femmes tirés à quatre épingles dans leurs élégants costumes qui faisaient partie du décor dans ce temple de la tradition tennistique. Mais chacun s’y était fait depuis le début de la quinzaine, notamment les joueurs, habitués à voir sur le circuit de moins en moins d’humains et de plus en plus de machines. Sauf que la mésaventure arrivée à Anastasia Pavlyuchenkova dimanche montre bien que le système a ses limites.

La joueuse russe a été victime d’une panne qui aurait pu avoir de grandes conséquences. A 4-4 dans le premier set, son adversaire Sonay Kartal a envoyé la balle derrière la ligne de fond, ce qui aurait dû permettre à Pavlyuchenkova d’empocher le jeu. Mais la machine n’a fait aucune annonce. L’arbitre a arrêté l’échange, constaté la défaillance de l’outil informatique et… décidé de faire rejouer le point, au lieu de le donner à la 50e mondiale, alors que tout le stade avait bien vu que la balle était faute. De quoi provoquer la colère de Pavlyuchenkova, bien sûr. D’autant qu’elle a fini par perdre le jeu.

Les juges de ligne de Wimbledon et leurs tenues impeccables faisaient partie de la tradition, si importante sur le tournoi du Grand Chelem londonien.
Les juges de ligne de Wimbledon et leurs tenues impeccables faisaient partie de la tradition, si importante sur le tournoi du Grand Chelem londonien.  - Dave Shopland/Shutterstock/SIPA

Après la rencontre - et soulagée de l’avoir finalement emporté –, la Russe est revenue sur cet incident avec des mots assez justes pour mettre en lumière les problèmes posés par le recours à la technologie. « C’était un moment crucial du match. Je m’attendais à une autre décision. Je pense que l’arbitre de chaise aurait pu prendre l’initiative, c’est pour ça qu’il est là », a-t-elle commenté, critiquant le manque de discernement de ce dernier. Autrement dit : à trop s’appuyer sur les machines, les humains se retrouvent paralysés au moindre bug.

Si les arbitres ne reprennent pas un peu le contrôle, « je pense que bientôt, on jouera sans eux et tout sera automatique. Et nous perdons un peu du charme du jeu. Comme pendant le Covid, quand nous n’avions pas de ramasseurs de balles. Cela devient un peu bizarre, comme si les robots dirigeaient », a poursuivi Pavlyuchenkova, qui a insisté pour « soulever ce sujet pour l’avenir ».

Une part du folklore envolée (aussi)

On ne peut que lui donner raison, et ce n’est pas la réponse apportée par l’organisation dans la soirée qui va faire avancer les choses. Après enquête, un porte-parole du All England Club a expliqué que le système avait été « désactivé par erreur sur une partie du côté serveur du court ». D’accord, mais qui dit que cela ne peut plus se reproduire ? Et que fait-on si c’est le cas ? « L’arbitre de chaise doit avoir un plan clair. Je pense qu’ils sont un peu perdus, ils ne savent pas quoi faire », a insisté Pavlyuchenkova.

Interrogée avant le début du tournoi, la Française Elsa Jacquemot ne se disait « pas spécialement choquée » par la disparition des juges de ligne, mais avouait ne pas être non plus tranquille à 100 % dans sa tête sur certains points. « Des fois, tu as l’impression que la machine, elle se trompe », avait-elle ainsi ajouté. On peut imaginer une part de mauvaise foi, parfois, quand on voudrait que la balle adverse soit faute mais qu’elle ne l’est pas, mais la part de doute, même infime, est bien réelle. Quand on joue, surtout à haut niveau, on a besoin d’avoir totalement confiance dans la manière dont on est arbitré. Sans compter l’aspect humain, comme le dit si bien l’expérimenté Marin Cilic.

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Autre point, plus anecdotique mais qui participe à l’ambiance et au folklore autour des matchs : la disparition de ces petits moments d’incertitude quand un joueur contestait une décision sur un point important et que tout le monde attendait fébrilement de voir le ralenti. « Ça a un peu tué ça, notait l’Américain Frances Tiafoe à l’entame de la quinzaine. Quand tu servais sur un gros point, tu faisais un challenge : est-ce que c’est dedans, dehors ? La foule faisait "ohhhh". Il n’y a plus ça. »

Et non Frances. La technologie gagne sans cesse du terrain, c’est le sens de l’Histoire et il faut faire avec. Parmi les tournois du Grand Chelem, seul Roland-Garros fait encore appel à des juges de ligne. Mais seulement parce que l’arbitrage électronique n’est pas encore suffisamment performant pour faire mieux que l’œil humain. Ce sera probablement terminé dans quelques années.

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Il n’y a plus qu’à espérer que les erreurs puissent être gommées. L’organisation de Wimbledon a présenté dimanche ses excuses aux joueuses, en ajoutant : « Nous continuons à avoir pleinement confiance dans la précision de la technologie de suivi des balles. Dans ce cas précis, il s’agit d’une erreur humaine et, en conséquence, nous avons entièrement revu nos processus et apporté les changements appropriés. » Tout va bien, alors.