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Arthur Fils, enfin l’heure du déclic en Grand Chelem à l’US Open ?

US Open : « Si je devais en choisir un... », Arthur Fils, enfin l’heure du déclic en Grand Chelem après les galères ?

De fils en aiguilleArthur Fils débarque à l’US Open dans les meilleures dispositions pour espérer franchir un nouveau cap en Grand Chelem, où il n’a jamais dépassé les 8es de finale
Une vie, Arthur Fils
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Arthur Fils, vainqueur du Masters 1000 de Cincinnati, arrive en confiance à l’US Open, où il n’a encore jamais dépassé le 2e tour.
  • Souverain à Cincinnati, où il a encore élevé son niveau de jeu, Arthur Fils a une carte à jouer avec l’absence de Jannik Sinner et la forme incertaine de Carlos Alcaraz.
  • Mais son tableau à l’US Open s’annonce difficile avec Tsitsipás au premier tour, potentiellement Lehecka au troisième et Shelton en huitièmes, avant un potentiel quart de finale contre Carlos Alcaraz.

Pas facile de garder la tête froide quand tout incite à s’enflammer. Mardi, deux jours après avoir remporté son premier titre en Masters 1000 à Cincinnati, la semaine dernière, Arthur Fils a écrabouillé Carlos Alcaraz - à 10, 20, 50 % ? - lors d’un set d’entraînement (6-1) qui vaut ce qu’il vaut. Le Français a déjà pris ses marques à Flushing Meadows, où il sera naturellement scruté par les yeux du tennis à l’US Open.

En inscrivant son nom au palmarès de Cincinnati, Fils a prophétisé sans le savoir sa victoire à New York : les trois derniers vainqueurs dans l’Ohio se sont imposés dans la foulée sur le Grand Chelem américain. La statistique s’est répandue comme une trainée de poudre après la victoire contre Tiafoe mais son potentiel superstitieux est à reconsidérer. Qu’il s’agisse d’Alcaraz en 2025, de Sinner en 2024 et encore plus de Djokovic en 2023, tous avaient déjà remporté au moins un titre majeur avant de réaliser ce doublé périlleux et Arthur Fils n’en est pas encore là dans sa brillante carrière - il n’a encore jamais dépassé les 8es de finale en Grand Chelem.

Les légendes s’emballent pour Fils

Qu’à cela ne tienne, les légendes du jeu ont quand même décrété qu’il était l’heure pour l’Essonnien de franchir le cap. Boris Becker fait du numéro 11 mondial « l’un des favoris pour l’US Open » et Kim Clijsters n’en pense pas moins. « Fils est un joueur qui apprécie l’énergie de New York, argumente la Belge dans son podcast. Je pense que l’ambiance de la ville, surtout le soir, peut l’aider à se surpasser. Donc, si je devais en choisir un, je miserais sur Fils. » A se demander si les détracteurs dénoncés par le joueur à Cincinnati existent vraiment.

L’enthousiasme général, par ailleurs dopé à l’incertitude liée au forfait de Sinner et à la forme précaire d’Alcaraz, s’explique facilement par le niveau de jeu d’Arthur Fils tout au long de sa semaine victorieuse face à des adversaires qui, sans être des cadors, étaient pour beaucoup mieux classés que lui.

« Je ne crois pas qu’il y ait une évolution incroyable dans un secteur en particulier, mais il progresse un petit peu partout, souligne Arnaud Clément, consultant pour Eurosport. Physiquement, ça lui permet d’être encore plus précis au niveau de son jeu de jambes, de tenir l’intensité encore plus longtemps. Au niveau du retour, c’est peut-être l’élément qui a évolué de manière un peu plus spectaculaire que dans les autres secteurs. Dans sa frappe de balle, il y a aussi une évolution très nette. »

L’ancienne 29e joueuse mondiale et consultante pour RMC, Sarah Pitkowski, a été impressionnée par la dimension prise par Fils dans le registre défensif tout au long de la semaine à Cincinnati. « La manière dont il couvrait le terrain sur ce tournoi m’a marquée. En finale, Tiafoe l’amenait loin derrière la ligne et lui réussissait à tout ramener, je l’ai vu faire des grands écarts en coup droit, en revers, et redresser des situations délicates en contre-attaque. »

Jouer plus pour gagner plus en Grand Chelem

Reste à exporter ces qualités très au-dessus de la moyenne aux trois sets des Grand Chelem. Un format sur lequel il n’a pas réellement eu l’occasion de s’exprimer cette année : son 2e tour anecdotique à Wimbledon est symptomatique d’un manque de rythme, et personne ne s’attendait à mieux après sa blessure à la hanche contractée au printemps. « Finalement, si on fait les comptes, rappelle Pitkowski il n’a pas encore beaucoup été testé dans ce qui est le must du tennis. Il faut qu’il puisse jouer ces matchs longs pour pouvoir franchir les étapes en Grand Chelem. »

A Londres, le protégé de Goran Ivanisevic disputait ses premiers tours en majeur depuis sa victoire contre Jaume Munar au 2e tour de Roland-Garros 2025. Au total, depuis sa première apparition Porte d’Auteuil, il ne s’est aligné que sur neuf tournois du GC sur 15 possibles. L’US Open sera le 10e. Un rythme pas forcément idéal pour faire sauter le verrou. A titre de comparaison, Carlos Alcaraz n’a pas raté un seul de ses huit premiers majeurs, en 2021 et 2022. Ne parlons pas de Jannik Sinner, qui ratera à New York son premier tournoi du Grand Chelem depuis son apparition à ce niveau en 2019.

« « Ce qui est antinomique avec Arthur, c’est qu’on voudrait le positionner en potentiel vainqueur de GC sur cet US Open, poursuit l’ancienne joueuse. Il est 5e à la race en ayant raté deux tournois du Grand Chelem. C’est énorme. Sur son niveau de jeu intrinsèque, c’est un joueur qui peut chercher une finale de Grand Chelem, mais il n’a encore jamais dépassé la première semaine (sic). L’objectif que doivent fixer les observateurs, c’est donc d’abord une seconde semaine, bien que le joueur et son staff soient très ambitieux. » »

Un tableau relevé pour Fils à l’US Open

Arthur Fils arrive à l’US Open dans une configuration quasi inédite. Il a suffisamment joué et gagné pour arriver en confiance à New York tout en ayant nettement moins tiré sur la corde qu’au printemps, où il a sans doute péché en s’alignant à Rome après l’exigeant enchaînement sur les tournois de Barcelone (victoire) et Madrid (demi-finale).

« La planification est primordiale dans une carrière, analyse Arnaud Clément. Mais d’un autre côté, si on s’arrête avant la limite, on ne la connaît pas. Ces blessures vont probablement beaucoup l’aider dans le futur pour sa planification avec son staff. » Elles l’ont déjà aidé à faire évoluer son jeu, à l’appréhender pour qu’il soit en adéquation avec ses rêves de titres majeurs. « J’ai compris pas mal de choses grâce à cette blessure, reconnaissait Fils dans les colonnes de L’Equipe. […] Mes proches m’ont encouragé à revenir plus fort, à envisager les matchs d’une manière un peu différente. Essayer d’être plus réfléchi, de faire les bons choix, de faire des sacrifices. De ne pas jouer comme un enfant, en fait. Et maintenant, on voit que ce travail porte ses fruits. »

Comme les dieux du tennis ont décidé de ne rien lui épargner, Arthur Fils devra surmonter l’épreuve d’un tableau délicat pour confirmer à New York. Stefanos Tsitsipás a beau ne plus être la terreur d’autrefois, il n’en demeure pas moins un mauvais tirage pour un premier tour de Grand Chelem. Au troisième tour, Jiri Lehecka l’attend pour un duel de dos fragiles. Et pour atteindre un premier quart de finale en Grand Chelem, il devra sans doute passer sur le corps de son pote Ben Shelton, l'autre gros outsider du tournoi. Et après ça ? Alcaraz, Djokovic et Zverev. Il faudra un peu plus qu’une prophétie pour surmonter la montagne.