Roland-Garros 2025 : Avec Loïs Boisson et son coup droit ébouriffant, la France a enfin trouvé sa « vraie terrienne »
Tennis•Surprise de cette édition 2025 de Roland-Garros, Loïs Boisson affronte Mirra Andreeva en quarts de finale ce mercrediAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Loïs Boisson, 361e mondiale, grande révélation de ce Roland-Garros, affronte Mirra Andreeva ce mercredi en quart de finale de Roland-Garros.
- La Dijonnaise excelle sur terre battue et partage avec Rafael Nadal le même goût pour cette surface : « Dès que la saison sur terre est lancée, c’est là où je me sens le mieux et que je suis super heureuse. »
- Son style de jeu, basé sur un coup droit lifté puissant et de bonnes variations, est particulièrement efficace sur l’ocre parisien.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
C’est quand même pratique d’avoir Rafael Nadal comme idole. Loïs Boisson, qui affronte Mirra Andreeva ce mercredi en quarts de finale de Roland-Garros, n’a pas le palmarès de l’Espagnol, même si elle pourrait remporter comme lui les Internationaux de France dès sa première participation, ne replace pas ses bouteilles de manière compulsive et n’a pas opté pour un pantacourt, mais elle partage avec lui le même goût pour la terre battue.
« J’ai commencé à jouer au tennis quand j’avais 8 ans. Quand j’étais jeune, j’ai beaucoup joué sur la terre battue, raison pour laquelle j’aime beaucoup cette surface, c’est celle que je préfère, a expliqué la nouvelle coqueluche de Roland-Garros après sa victoire face à Jessica Pegula. Dès que la saison sur terre est lancée, c’est là où je me sens le mieux et que je suis super heureuse. »
Et l’ocre le lui rend bien. Avant sa terrible blessure l’an dernier, juste avant Roland-Garros où elle avait été invitée, la 361e mondiale avait enchaîné 23 victoires en 24 matchs sur terre battue, avec quatre titres à la clé. Cette année, pour préparer le tournoi du Grand Chelem parisien, elle a réussi un quart à Sabadell, une finale à Terrassa, et une demi-finale à Bellinzone sur le circuit secondaire en mars-avril. Trois tournois évidemment disputés sur sa surface adorée.
Même stratégie que Nadal
Une dernière stat pour la route : sur les 40 derniers tournois auxquels elle a pris part depuis deux ans, Loïs Boisson en a disputé 29 sur terre battue. Alors pourquoi une telle obsession ? « Plus on joue, plus on s’adapte à la surface, explique-t-elle sobre. Mon style de jeu va bien aussi avec cette surface. » Un jeu basé sur un immense coup droit lifté, à la Rafael Nadal, des bonnes variations et des déplacements parfaits, entre autres. Illustration lors du huitième de finale face à Pegula.
« Loïs a une balle qui gicle sur terre battue, analyse Nathalie Dechy, ancienne 8e mondiale. Je pense qu’elle a vraiment profité du fait que Pegula, tout en étant top 3 mondiale, c’était la surface où elle avait peut-être deux, trois failles si Loïs jouait un jeu vraiment typique de terrienne. Elle a pris sa chance. Pegula, c’est une fille qui a un timing exceptionnel, qui prend la vitesse de l’autre, qui est une joueuse d’échecs. Mais elle s’est usée contre ce jeu. C’est toute la beauté de la terre battue. C’est pour ça que Nadal était aussi dangereux. Quand on joue ce type de jeu, les joueurs ont du mal à trouver des solutions. »
Un jeu d’usure, avec une balle lourde et haute sur ce fameux coup droit, qui oblige les adversaires un peu moins grandes à faire encore plus d’effort. Et comme Loïs Boisson est du genre à insister sur son point fort, magnifié sur terre, elle n’hésite pas à tourner autour de son coup droit pour enfoncer l’adversaire. Ce qui provoque un différentiel énorme avec son nombre de revers gagnants. Au deuxième tour, la Française avait ainsi réalisé 23 coups droits gagnants pour 3 revers uniquement. Même gap au troisième tour face à Elsa Jacquemot (28-9).
Manœuvre et variations
« C’est une vraie terrienne, assure Pauline Parmentier, ancienne 40e mondiale. Au-delà de son coup droit bombé, la manière dont elle se déplace sur terre battue, elle maîtrise très bien les glissades, tout est naturel chez elle sur terre battue. » Il fallait la voir balayer le court de droite à gauche, de haut en bas, notamment dans le troisième set lorsque Pegula a enchaîné, souvent avec réussite, les amorties, pour comprendre qu’elle maîtrisait à merveille la glissade sur terre.
« Mais elle aussi capable de bien manœuvrer, reprend Nathalie Dechy. Il y a de la variation, je trouve qu’elle a vraiment bien utilisé son revers slicé. Elle a utilisé un peu les balles hautes, les balles courtes… [Pour l’adversaire], tu vas chercher haut, tu baisses les jambes pour aller slicer, t’en perds ton rythme. »
Toute l'actu de Roland-GarrosIl n’en faut pas plus pour voir en Loïs Boisson la nouvelle reine de la terre battue que la France se cherchait depuis longtemps. Marion Bartoli rayonnait sur gazon, Caroline Garcia sur dur, Amélie Mauresmo sur ces deux surfaces. Mais, aucune joueuse tricolore, depuis Mary Pierce dans un autre style, n’a vraiment réussi à imposer ses qualités de terrienne. Et notamment à Roland-Garros. Une révélation qui devrait en tout cas ravir Gilles Moretton, le président de la fédération française de tennis, qui annonçait avant le tournoi la volonté de « créer une identité de jeu à la française » sur terre battue. Loïs Boisson en sera la meilleure ambassadrice.


















