Masters 1000 de Cincinnati : Pourquoi Arthur Fils doit absolument gagner sa finale contre Tiafoe
c'est maintenant•Intouchable depuis le début du tournoi, le Français partira favori face à l’Américain Francis Tiafoe, une opportunité qu’il ferait bien de ne pas laisser passerJ.L.
Arthur Fils va aller nous le chercher. Le numéro 1 du tennis français a été costaud samedi à Cincinnati pour s’offrir le 10e mondial Flavio Cobolli 6-3, 6-4, avec à la clé une première finale de Masters 1000 en carrière, où il affrontera l’Américain Frances Tiafoe. Au-dessus de l’Italien à tous les niveaux, le tricolore a bouclé sa victoire en 1h07, dans la lignée de ses deux matchs précédents, gagnés en moins d’1h30 face au finaliste de Roland-Garros. Il remet ça dès ce soir (à suivre sur 20 Minutes) face à un adversaire largement à sa portée et interdiction de se trouer. Voici pourquoi.
Parce que c’était le tableau d’une vie dans ce type de tournoi
Lehecka, Tirante, Cobolli et Tiafoe. Sans faire injure à qui que ce soit et surtout pas à l’Américain, souvent brillant à la maison (deux demi-finales à l’US Open), on ne peut pas dire que le parcours de Fils dans l’Ohio réveille les petits enfants qui ont peur des ogres la nuit. C’est même rarissime à ce niveau de traverser un tableau sans gros morceau, considérant que Cobolli bénéficie surtout de sa finale à Roland pour être si haut dans le classement (10e mondial). En dehors de l’Italien, Fils, désormais 6e à la Race en 2026, a toujours été le mieux classé des deux sur la saison, et il le sera encore cette nuit. A titre de comparaison, le dernier vainqueur d’un Masters 1000 dans le clan tricolore, un certain Tsonga en 2014, avait dû concasser Djokovic, Murray, Dimitrov et Federer à la suite pour aller au bout. Fils doit profiter à fond de l’occasion : pas sûr qu’il rejoue de si tôt un tournoi sans Sinner et Alcaraz sur la ligne de départ.
Parce qu’une première victoire change tout
Si Arthur Fils a déjà gagné deux tournois de la catégorie dite « 500 », il n’avait jamais fait mieux qu’une demie de Masters 1000 avant Cincinnati et il ne faut pas sous-estimer l’importance fondatrice d’un très grand tournoi mené jusqu’à au happy end dans une carrière. Gilles Simon, dont l’analyse est toujours instructive, ne dit pas autre chose sur X : « Même si ce n’était pas le meilleur Flavio qu’on ait vu Arthur reste plus fort. Et il sera plus fort que son adversaire en finale. Il faut la gagner elle sera très importante pour la suite de sa carrière. Le circuit n’a jamais été aussi ouvert. Il faut en profiter maintenant ».
Une victoire face à Tiafoe repousserait encore le plafond de Fils, qui saurait ce que ça fait de soulever un trophée de cette importance, avant de s’attaquer au défi des cinq sets en Grand Chelem qui lui résiste encore. Pour reparler de Tsonga, le monde du tennis se rejoint par exemple sur l’idée que la finale de l’Open d’Australie 2008 perdue face à Djoko a opéré un basculement dans la carrière des deux joueurs : ils sont plusieurs à penser qu’en cas de victoire ce jour-là, Tsonga compterait peut-être 4 ou 5 Grands Chelems de plus au palmarès. Mais voilà, il a raté la marche et ne s’en est jamais rapproché aussi près.
Parce qu’on ne sait jamais quand le physique va lâcher
Après une saison pratiquement blanche en 2025, Fils n’est revenu qu’à mi-temps en 2026, avec déjà trois mois passés au garage à cause de ce fichu dos qui semble l’abandonner sans prévenir, surtout quand il est en pleine bourre. C’était encore le cas après Madrid, alors qu’il semblait lancé comme un obus vers Roland-Garros. Son jeu énergivore n’aide pas, même si, comme lui, on a noté des progrès notables dans sa gestion des derniers tours depuis la première tournée américaine en mars.
« Oui, je suis moins fou (rire), confirme-t-il dans l’Equipe. À Miami, je m’encourageais énormément entre les points. Presque à chaque fois, en fait. Et, au final, ça pompe pas mal d’énergie. Mais à force de bien figurer dans de grands tournois, on prend de l’expérience et on n’a plus besoin de se pousser de la sorte. Je n’ai plus besoin de cette folie. »
Il pousse donc moins son corps dans ses retranchements, d’autant qu’il a expédié ses adversaires en moins de temps qu’il ne faut pour un Paris-Lyon en TGV depuis dix jours. Mais l’équilibre reste fragile, on le devine. Il faut absolument capitaliser tant que le dos tient.
Parce qu’il marquerait déjà l’histoire du tennis tricolore
Statistique assez hallucinante repérée après le désossage de Cobolli. Avec 19 victoires cette année, Fils fait déjà aussi bien que la meilleure saison ever d’un joueur tricolore en Masters 1000, à savoir la comète Monfils de 2016, jamais aussi concerné avant ni après sur la durée. Le tout à 22 ans, soit deux ans de plus au garrot que Richard Gasquet, finaliste français le plus jeune à Toronto en 2006. Assuré d’être 11e ou 12e mondial lundi, son meilleur classement, il peut donc succéder à Tsonga 12 ans après et se rapprocher d’une qualification pour le Masters de fin d’année à Turin, un exploit quand on ne joue qu’à temps partiel sur un circuit toujours plus exigeant. « Oui, c’est une première grande finale, mais il n’y a pas d’euphorie, promet Arthur Fils. Je reste concentré car il y a encore un match à gagner. Que ce soit en 250, en 500 ou en 1000, une finale, c’est toujours particulier. Ce n’est pas toujours le meilleur tennis qui fait la différence, mais celui qui gère le mieux ses nerfs. Je vais tout faire pour être celui-là et gagner la finale »



















