Masters de Paris-Bercy : La rédemption inespérée de Grigor Dimitrov, génie déchu du tennis
TENNIS•Le Bulgare a rendez-vous avec Novak Djokovic en finale du Masters 1000 de Paris-Bercy. Sa première finale depuis un siècle au moinsWilliam Pereira
L'essentiel
- Qualifié pour la finale du Masters 1000 de Paris-Bercy, Grigor Dimitrov a connu une carrière en dents de scie, principalement depuis 2017, avec seulement deux finales et aucun titre.
- Dimitrov a néanmoins montré les signes d’un retour à son meilleur niveau en battant des joueurs de renommée comme Carlos Alcaraz, Daniil Medvedev et Stefanos Tsitsipas.
- L’approche positive de Dimitrov et son détachement apparent lors des moments cruciaux témoignent de sa maturité et de son expérience sur le court.
A Bercy,
On n’y était pas, mais on imagine bien Grigor Dimitrov pousser un soupir en train de se faire masser devant sa télé en voyant Andrey Rublev paumer sa demie au Masters 1000 de Bercy face à Novak Djokovic sur une double-faute. Un accès de faiblesse auquel il a forcément compati, lui dont la tête n’a jamais été le point fort. Face au Russe, le Bulgare présente un bilan honorable de trois victoires pour quatre défaites. Contre le Serbe, c’est autre chose : 11 duels perdus pour un seul remporté, il y a dix ans à Madrid à une époque où les observateurs du tennis l’imaginaient encore en « baby Federer », le genre d’étiquette encombrante dont on ne se détache qu’en disparaissant.
C’est d’ailleurs peu ou prou ce qu’a fini par faire Grigor Dimitrov. D’héritier de Roger, il est passé à une version améliorée de Richard Gasquet. Ne rigolez pas. Au-delà du revers à une main, ses meilleurs parcours en Grand Chelem sont des demies comme le Français, et seule son année 2017 (victoire à Cincinatti et aux finales ATP) le place un cran au-dessus du Biterrois, deux fois plus titré sur le circuit : 16 trophées pour Gasquet, mais tous en ATP 250 contre 8 pour le Bulgare, dont un majeur, un ATP 500 et un Masters 1000. Petite stat pour l’espoir avant la finale contre Djoko, l’esthète est invaincu en finale de Masters 1000. Une jouée, une gagnée. Réponds à ça, Novak.
Après 2017, le grand vide
2017 qui devait être un point d’entrée dans le nouveau monde à la droite du big 3, n’aura été que l’apothéose d’une carrière dont on attend (ait) tant. Depuis, plus rien. Pas un titre, tout juste deux finales. La première en 2018 et la seconde cette année à Genève, prémices d’une timide résurrection à laquelle on avait cessé de croire. Trop friable physiquement et mentalement, Dimitrov a basculé dans la caricature du beau joueur incapable de se faire mal et de faire mal aux meilleurs joueurs du circuit, face à qui il n’a que des bilans négatifs. Son été passé à se faire ratatiner par Alexander Zverev (quatre défaites en quatre matchs, un seul set remporté) résume plutôt bien l’idée, et explique qu’on ait cru (à tort) qu’il ne surmonterait pas l’obstacle Daniil Medvedev en 2e semaine dès la perte du deuxième set. Fiable n’est pas forcément l’adjectif qui caractérise le mieux le bonhomme.
Pour autant, et aussi irrégulier soit-il, l’ex-futur-Federer a toujours su battre les meilleurs. Carlos Alcaraz en a récemment fait les frais à Shangaï, au terme d’un match en trois sets où le Bulgare a fait étalage de ressources mentales insoupçonnées. Etre capable de surmonter la perte du premier set après l’avoir dominé, face au n°2 mondial, c’est tout sauf du Grigor. A moins qu’il s’agisse de la nouvelle version du joueur, plus solide et détendu, capable de garder son calme dans un tie-break de demi-finale de Masters 1000 pour éteindre Stefanos Tsitsipas. « Quand le tie-break a commencé, je me suis dit, ''d’accord il a été solide mais j’ai aussi fait beaucoup de bonnes choses'', racontait-il au sortir de sa victoire. Je me suis appuyé sur ce que j’ai fait de bien et, bien sûr, sur quelques services ici et là. J’ai aussi fait de très bons retours, j’ai attaqué la balle, et ça m’a permis de prendre une avance dans le tie-break. »
« Jouer me rend heureux et fier »
Cette approche positive des moments cruciaux vient couronner un certain détachement apparu avec l’âge (32 ans tout de même), l’expérience, et l’idée d’une vie sportive plus proche de son terme que de ses débuts.
« « Maintenant, lorsque je suis sur le court, je veux juste profiter de l’instant, comme si je vivais une expérience unique. Comment le match va se dérouler, ça, je l’ignore. Mais le fait de jouer me rend heureux et fier. D’une certaine manière, les choses vont dans mon sens mais je n’attends pas que mon adversaire fasse quelque chose ou qu’il rate son coup. Je veux gagner ou perdre selon mes propres conditions. » »
Qu’il gagne ou perde, Dimitrov est bien conscient de l’importance de sa semaine parisienne dans cet océan de hauts et de bas. « Je sais à quel point cela a été difficile pour moi lors de certains tournois, lors de certains mois. Cette finale arrive au bon moment. Elle compte beaucoup plus que d’autres grands moments de ma carrière. Il me reste un match à jouer et je vais tout donner. » Il faudra au moins ça pour empêcher Djokovic de remporter un 7e titre à Bercy.


















