Open d'Australie : Coups canons, prise de risque et toute puissance...un changement de style salvateur pour Monfils ?

TENNIS Gaël Monfils affronte Matteo Berrettini ce mardi en quart de finale de l'Open d'Australie

Antoine Huot de Saint Albin
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Gaël Monfils est à trois matchs du titre en Australie.
Gaël Monfils est à trois matchs du titre en Australie. — Aaron Francis / AFP
  • Gaël Monfils défie Matteo Berrettini mardi matin pour une place en demi-finale de l'Open d'Australie 2022.
  • Le Français, après des mois à tenter de modifier son jeu sans résultats probants, semble enfin avoir trouvé une cohérence tactique, en dévéloppant son arsenal offensif

On se lève de notre canapé les poings serrés, on sautille et on crie des « Alleeeeeeez » à tout va qui réveillent le bambin. Regarder gagner Gaël Monfils, c’est comme le vélo, les vieux réflexes ne s’oublient pas. Autant vous dire que, depuis le début de la saison, on est gâtés. Sacré à Adélaïde le 9 janvier, après plus de deux ans sans titre, le Parisien se retrouve en quarts de finale de  l’Open d’Australie, ce mardi, où il affrontera l’Italien  Matteo Berrettini. Le tout après avoir foudroyé tous ses adversaires en trois petits sets avec une palanquée de coups gagnants.

Exemples contre Miomir Kecmanovic en huitième de finale : pour gagner la première manche ? Un revers long de ligne qui laisse le Serbe les yeux baissés. Pour recoller dans le tie-break du deuxième set ? Un coup droit stratosphérique, qui fait passer le Concorde pour un vulgaire ULM de pacotille. Pour gagner le match ? Un retour de revers chirurgical. Le fruit, enfin, pourrait-on dire, de la collaboration avec Gunter Bresnik : plus de risque, plus de force, plus de puissance.

« A Roland, ça partait un peu dans tous les sens »

Mais, s’il est arrivé il y a un an au chevet du tennisman français, le coach autrichien s’est sans doute demandé à plusieurs reprises pourquoi il ne prenait pas un vol retour direction le palais de Schönbrunn. Une piteuse élimination d’entrée à Melbourne, deux deuxième tour à Roland et Wimbledon, entrecoupées de sorties peu emballantes. « Gaël, il a toujours besoin d’un petit temps d’adaptation, de se dire que, oui, c’est dans ce sens que ça va marcher, explique l’ancien joueur Lionel Roux. A Roland-Garros, il avait envie de le faire, il a écouté, il a intégré dans son jeu ces consignes, mais ça partait un peu dans tous les sens. »

Sur la terre battue parisienne, contre le Suédois Michael Ymer, Monfils avait arrosé tout le court Suzanne-Lenglen et une bonne partie du public avait pu repartir avec une balle en souvenir : 62 fautes directes. Mais, pas d’affolement, le processus Bresnik était lancé. « Si je décide de changer mon jeu, ce n’est pas pour me remettre à limer [renvoyer la balle sans aucun risque en attendant la faute adverse], concédait alors le Parisien. Taper plus fort, parfois, ça fait faire plus de fautes directes, mais la confiance joue beaucoup. Il faut se forcer à y aller même s’il y a des fautes. »

Un plan de jeu qui porte ses fruits

Bon, il faut avouer qu’on était un peu dubitatifs sur la méthode, et revoir notre Gaël dans les hautes sphères du tennis mondial paraissait aussi plausible que d’assister à l’union des partis de gauche pour la prochaine élection présidentielle. Mais, comme le disait le philosophe argentin Marcelo Bielsa : « El tiempo te dara la razon ». Et Monfils, comme prévu, a ressuscité. Ça a commencé par une tournée américaine plus conforme à ses attentes, une préparation physique d’intersaison poussée et, in fine, un début d’année australien flamboyant.

« Au début, il ne choisissait pas le bon coup pour frapper fort, ce que lui demandait son coach, reprend Roux. Avec le travail, cette expérience de quelques matchs et les ratés, aussi, il arrive de manière plus intelligente à identifier la bonne balle à attaquer, celle où il va être en position de frapper plus fort, de développer de la puissance. » Et, même s’il y a du déchet (46 fautes directes contre Kecmanovic), hors de question de changer de plan de jeu.

Plus de confiance, moins de panique

« Avant, Gaël frappait fort, mais il n’acceptait pas trop de faire des fautes, développe son ancien entraîneur Patrick Chamagne​. Donc, il reculait et commençait à limer. Maintenant, il défend comme il faut et le passage défense-attaque se fait beaucoup mieux. Il fait cette transition plus vite. Et il a plus confiance, donc il tape plus fort et il accepte le déchet. »

 Là, même si ça revient une fois, deux fois, il ne s’affole pas et attend la bonne balle, complète Roux. Avant, il était capable de paniquer parce que ça revenait et, du coup, il en remettait un gros coup juste après. »
 

Pour Patrick Chamagne, le jeu de Gaël Monfils s’est étoffé dans tous les compartiments : « Avant, vous aviez des échanges sur la diagonale, croisé-croisé. Là, Gaël vient beaucoup chercher le long de la ligne, que ça soit en coup droit ou en revers. A partir de là, comme il a une frappe exceptionnelle, il crée un décalage, il rentre plus dans le terrain. Comme il est plus près de sa ligne, c’est beaucoup plus simple pour jouer sa volée. On le voit plus souvent au filet. »

Et ça ne risque pas de s’arrêter. « Gunter, je le connais, c’est un garçon extrêmement rigoureux, qui ne lâche rien, ne laisse rien », assure Chamagne. Alors, de quoi avoir un peu de regrets sur le fait que cette collaboration n’ait pas commencé plus tôt ? « Cette collaboration arrive dans un moment où Gaël est plus mature, plus posé dans son environnement privé [il s’est marié avec Elena Svitolina] et qu’il est peut-être plus à l’écoute. S’il avait rencontré il y a cinq six ans, peut-être que ça ne l’aurait pas fait. » Mieux vaut tard que jamais, donc.