Wimbledon: Le super tie-break à 12-12 dans le 5e set, une décision «nécessaire» ou la fin du «charme» des matchs épiques?

TENNIS Le tournoi du Grand Chelem londonien inaugure cette année son «super tie-break»

Maxime Ducher (avec E.G.D. et W.P.)

— 

John Isner vainqueur du plus long match de l'histoire...à jamais.
John Isner vainqueur du plus long match de l'histoire...à jamais. — Hamish Blair/AP/SIPA
  • Wimbledon a acté en octobre l’introduction d’un « super tie-break ». Désormais, les joueurs disputeront un jeu décisif s’ils parviennent à 12-12 dans le 5e set.
  • Une décision jugée « nécessaire » par Tatiana Golovin, consultante pour beIN Sport, diffuseur du tournoi. Tandis qu'Arnaud Di Pasquale, ancien DTN et consultant sur Eurosport, a un peu de mal avec la nouvelle formule du tournoi londonien.

« Un tie-break à 12-12, ça sort un peu de nulle part. » En voilà un qu’il faudra convaincre. Arnaud Di Pasquale, ancien DTN et consultant sur Eurosport, a un peu de mal avec la nouvelle formule de Wimbledon. L’immaculé tournoi de tennis londonien, par l’intermédiaire de son très prestigieux All England Lawn Tennis Club (AELTC), a acté en octobre l’introduction d’un « super tie-break ». Désormais, les joueurs disputeront un jeu décisif s’ils parviennent à 12-12 dans le 5e set. Une décision jugée « nécessaire » par Tatiana Golovin, consultante pour beIN Sport, diffuseur du tournoi.

« Quand ça va trop loin, les joueurs sont tellement fatigués qu’ils se contentent de tenir leur mise en jeu, explique l’ancienne tenniswoman. Au bout d’un moment ça devient monotone, c’est trop long pour les joueurs, pour l’organisation et même pour le public. Parce qu’autant au 5e set on est pris par cette adrénaline à la fin de la manche, autant quand ça part trop loin ça finit par disparaître. »

Pas pour tout le monde visiblement. Arnaud Di Pasquale, nostalgique, regrette déjà cette saveur particulière des matchs allant jusqu’au bout de la nuit. « Je trouve qu’on enlève un truc un peu sacré dans l’émotion. A la fin, si ce sont vraiment ces matchs-la qu’on a envie de retirer, c’est quand même terrible. Ce sont justement ceux dont on se souvient. Je trouve ça fou ! »

Même Isner n’est pas contre

Personne n’oubliera le match le plus long de l’histoire disputé entre John Isner et Nicolas Mahut en 2010. Plus de 11 heures de jeu sur trois jours, et une victoire de l’Américain pour l’éternité. « Cela donnait le charme et la saveur de ces matchs d’exception. Et aujourd’hui, on sait qu’il n’y en aura plus », déplore l’ancien DTN. Le principal intéressé, pourtant, est plutôt pour cette évolution. « Pour moi, à 12-12, c'est bon, avait-il dit à la BBC, en octobre. C’est contraire à la tradition mais beaucoup de gens pensent que ce n’est pas une mauvaise chose. »

Wimbledon n’est pas le premier tournoi à évoluer sur ce point de règlement. Hormis Roland-Garros, épargné pour le moment, tous les autres Grands Chelems ont décidé de couper (plus ou moins court) dans le 5e set. Au détail près qu’aucune uniformité n’existe entre ces tournois sur cet aspect. Depuis 1970, l’US Open offre un tie-break classique quand arrive un 6-6 dans le set décisif, tandis que l’Open d’Australie vient d’instaurer un super tie-break en 10 points à ce même moment de la partie.

Un virage « dangereux » des tournois du Grand Chelem ?

De concert, Arnaud Di Pasquale et Tatiana Golovin s’accordent sur le manque de « lisibilité » qu’entraînent ces différents choix de règlement. « J’ai l’impression qu’ils [les Grands Chelems] veulent se différencier en mettant des règles un peu nouvelles, en essayant de montrer une sorte de progressisme, de modernisme mais je ne crois pas que ça donne cet effet moi », affirme le consultant.

Critiqué par certains pour son conservatisme, symbolisé par ses tenues blanches obligatoires ou encore le fameux middle Sunday durant lequel il n’y a pas de match, Wimbledon surprend cette fois-ci à suivre ses homologues. Pour le confort des joueurs ? Oui, de l’avis de Novak Djokovic et John Isner. Mais pour le bonheur des spectateurs ? Là, pas sûr. Les tournois du Grand Chelem sont-ils en train de détruire leur patrimoine, et tout ce qui fait leur charme ? Arnaud Di Pasquale n’est pas loin de le penser. « C’est un peu comme l’homogénéisation des surfaces, estime-t-il. On tend vers des choses assez semblables, et à un moment, c’est dangereux. »