Tournoi de Monte-Carlo: 500 victoires en carrière pour Gasquet, OK, mais ces cinq-là auraient tout changé

TENNIS Auteur de 500 victoires, Richard Gasquet entre dans un cercle très fermé. Mais avec certaines victoires en plus, sa carrière aurait pu changer radicalement...

Jean-Loup Delmas

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Richard Gasquet s'est qualifié pour les quarts de finale à Monte-Carlo.
Richard Gasquet s'est qualifié pour les quarts de finale à Monte-Carlo. — YANN COATSALIOU / AFP

Richard Gasquet a atteint hier la barre symbolique des 500 victoires là où il avait déjà obtenu le premier succès de sa longue carrière, à 15 ans à Monte-Carlo. Sa victoire face à Zverev (le gaucher) en 8es de finale du Masters 1000 de Monte-Carlo lui a permis de devenir le huitième joueur en activité à franchir ce palier mythique. Fidèle à son personnage, le tigrounet de Sérignan a trouvé le moyen de s’auto-bâcher  en conférence de presse, en affirmant que parmi tous ses joueurs à 500 victoires, il possédait sans doute l’un des plus mauvais palmarès. Du coup, on a imaginé cinq victoires de plus dans sa carrière, cinq petites victoires, 1 % à peine, mais qui aurait tout changé à la perception qu’on a de l’ex-petit Mozart du tennis tricolore.

Nadal Monte-Carlo 2005

Le contexte : A 18 ans, Richard Gasquet affronte l’autre prodige de sa génération, Rafaël Nadal en demi-finale de Monte Carlo. Richard reste sur une série impressionnante de 16 victoires consécutives, il vient de rouler sur  Roger Federer, numéro 1 mondial, avant de rencontrer le Majorquin.

Dans les faits : Défaite 7-6 (8-6), 4-6, 3-6

Ce qu’on aurait voulu : Victoire 7-6 (8-6), 7-5.

Notre scénario : Le match est serré mais Gasquet finit par l’emporter en deux sets gagnants. En finale, il écrase Guillermo Coria, tenant du titre, et remporte son premier Master 1000. Il décide en conférence de presse de ne plus se faire appeler Le petit Mozart Français, mais le Richard Wagner de la terre battue, écrasant le circuit sous ses coups de raquette orchestraux. Il remporte Roland Garros dans la foulée, et commence une domination sur terre battue jamais vu, en empochant 34 tournois successifs sur la surface. En coupe Davis, on ne parle pas des Quatre mousquetaires, mais de Richard Napoléon Gasquet, menant seul la France à la victoire à six reprises. Nadal, lui, restera un potentiel de génie, mais jamais exploité, traumatisé par cette défaite initiale. On le raillera toute sa carrière sur son fameux mental espagnol jugé trop faible pour le haut niveau.

Hewitt, US Open 2006

Le contexte : Match incroyable entre Gasquet et Hewitt en huitième de finale de l’US Open. Au cinquième set, Richard Gasquet est victime de crampes alors qu’il venait de remonter deux manches. Il sauve héroïquement une balle de match, mais l’Australien finit par l’emporter.

Dans les faits : Défaite 4-6, 4-6, 6-4, 6-3, 3-6

Ce qu’on aurait voulu : Victoire 4-6, 4-6, 6-4, 6-3, 7-5

Notre scénario : Un match incroyable ! Après avoir sauvé une première balle de match, Gasquet en sauve une autre, puis encore une, et encore une. A la cinquième balle de match sauvé, et malgré ses crampes, il gueule à la tête de l’australien « You can’t beat me ! » Le stade est en délire, Hewitt tergiverse, il se foire complètement et perd les quatre jeux suivants et le match. Le public est fou et ovationne Gasquet, vainqueur héroïque malgré ses crampes. Cela sera désormais sa marque de fabrique. En 2007, en quart de Roland Garros, il remporte son match face à Ferrer malgré une double entorse de la cheville dès le premier set. En 2008, confronté à l’Italie en coupe Davis, il gagne ses deux matchs malgré un lumbago chopé la veille. Gasquet devient Gasqueterminator, une machine qui ne renonce jamais. Il se retrouve hélas obligé de prendre sa retraite prématurément pour avoir refusé de soigner une fissure du ménisque pendant un match au couteau contre Djokovic. Mozart devient Molière, mort sur scène.


Murray, Wimbledon 2008

Le contexte : Menant deux sets à rien et service à suivre à 5-4 dans le troisième set, avec une balle de match, Gasquet se voit remonter de deux sets. Cinquième set à venir, pour éviter une défaite frustrante mais inléluctable.

Dans les faits : Défaite 7-5, 6-3, 6-7, 2-6, 4-6

Ce qu’on aurait voulu : Victoire 7-5, 6-3, 6-7, 2-6, 6-1.

Notre scénario : La tornade Murray est lancée, mais Gasquet va la stopper dans un cinquième set qu’il survole. Le public britannique, en transe pour Andy Murray, siffle copieusement le Français, qui devient l’ennemi numéro 1 de l’Angleterre. Chaque match de Richard à Wimbledon est désormais accompagné de sifflets et d’insultes. Mais à chaque fois, Gasquet se sublime et finit par remporter le tournoi après une quinzaine mémorable qui le verra battre en rang d’oignons Roddick, Nalbandian, Del Potro, Djokovic et Federer. Sobrement Richard 1er dira : « Pendant des années, l’amour que la France me porte m’a rendu fort. Mais c’est la haine que me voue l’Angleterre qui m’a rendu invincible. »

Wawrinka, Roland Garros 2013

Le contexte : Un match épique de bout en bout, les deux joueurs se rendant coup sur coup. Arrive le cinquième set de ce huitième de finale, où la tension est à son paroxysme…


Dans les faits : Défaite 7-6, 6-4, 4-6, 5-7, 6-8


Ce qu’on aurait voulu : Victoire 7-6, 6-4, 4-6, 5-7, 8-6

Notre scénario : Gasquet ne craque pas dans ce cinquième set et remporte le match héroïquement sur un amorti retro de revers en bout de course après avoir sauvé 14 balles de match lors du jeu le plus long de l’histoire du tennis (43 minutes). Elu plus beau match du siècle devant Federer-Nadal 2008, ce match n’empêchera pas Richard de se faire souffler par la tempête Nadal en quart de finale, « parce qu’un peu fatigué quand même ». Auteur à chaque fois de matchs sublimes, victoire ou défaite, Gasquet devient le joueur que tout le circuit veut affronter pour avoir ses highlights sur Youtube avc le maître. « J’aimerais avoir son coup droit », ira même jusqu’à déclarer un Federer un peu jaloux.

Federer, Coupe Davis 2014
 

Le contexte : Match décisif en finale de Coupe Davis, Suisse-France. Les Suisses mènent deux manches à une, et si Federer remporte ce match, c’est gagné. Federer mène de deux sets, mais au troisième, il souffre du dos…

Dans les faits : Défaite 4-6, 2-6, 2-6

Ce qu’on aurait voulu : Victoire 4-6, 2-6, 6-4, 6-2, Abandon

Notre scénario : La vieillesse rattrape Federer au pire moment. Son dos, figé, l’empêche de se mouvoir. Gasquet n’en demande pas temps et mitraille le terrain pour forcer le Suisse handicapé à courir. Après deux sets perdus, Roger abandonne, lâchant sa nation et sa santé. La tension monte dans le groupe Suisse, et Wawrinka, énervé et frustré, lâchera le cinquième match. Gasquet est un héros, la France est victorieuse, les mousquetaires sont enfin sacrés. Richard dira « Federer avait plus de talent, mais j’avais un meilleur kiné » dans une conférence de presse hilare.