Tournoi de Bercy: Mais pourquoi nous bassine-t-on autant avec le mental en tennis?
TENNIS•Sans doute le terme le plus utilisé de ce sport...A Bercy, Romain Baheux
Au tennis, le coupable habite toujours à la même adresse. contre Jack Sock jeudi à Bercy malgré deux breaks ? La faute au mental. Kei Nishikori se liquéfie et loupe . Encore le mental. Les Français se loupent régulièrement. Toujours le M-e-n-t-a-l. Mais pourquoi le tennis est-il le sport où l’on s’acharne autant à trouver la solution dans les méandres du subconscient des concernés ?
Parce que c’est l’explication la plus simple
« Franchement, ça m’énerve. » Mai 2016, on devise avec Jérémy Chardy . « Mettre une défaite sur le dos du mental, c’est toujours facile comme explication, souligne le joueur français. C’est le truc que l’on sort directement, quand on ne sait pas quoi dire sur un match. En vrai, il y a plein d’autres paramètres. »
Encore un dossier pour The Mentalist ?
Mais pour l’immense majorité des suiveurs, il est plus facile d’expliquer la défaite par ce concept un peu fourre-tout. « C’est devenu un mot-valise, résume et coordinateur de la préparation mentale à la FFT. Quelqu’un qui a un bon mental, c’est quelqu’un qui a déjà identifié ce qu’il fallait mettre dedans. »
Au début de sa carrière, Ivan Lendl était décrit l’incarnation du joueur avec une force psychologique de gaufrette. l’ex-capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis Jean-Paul Loth décrit totalement autre chose. « Il m’avait confié : "J’étais toujours le plus fort au premier set. Puis à peu près au niveau aux deuxième et troisième. Aux quatrième et cinquième, on parlait de mon mental défaillant. Rien à voir avec ça. C’est juste que physiquement, je n’étais plus là." » Mais peut-être est-ce plus compliqué à entendre que la psychologie de comptoir.
Parce que c’est un sport nombriliste
« Je n’ai pas bien senti la balle. » « J’ai joué libéré. » Passez une journée dans une salle de presse d’un tournoi du Grand Chelem, et ces termes vous passeront une bonne trentaine de fois dans les oreilles. Plus que tout autre sport individuel, le tennis est le sanctuaire du « moi, moi, moi et mon esprit » dans l’analyse des performances.
Pour se convaincre de la chose, dans L’Equipe jeudi. Ex-énorme espoir du tennis mondial, « baby Federer » raconte dans le détail, comment son pétage de plombs après une finale perdue à Istanbul cette année l’a relancé. « Ça m’a juste montré à quel point j’étais épuisé émotionnellement », lâche le Bulgare.
a« Le tennis est un sport ludique, où l’on doit jouer avec une balle. En athlétisme, vous savez que vous ne pouvez pas sortir telle performance si vous n’avez pas réussi tel chrono à l’entraînement, souligne Chamalidis. Au tennis, tu peux avoir en face un mec qui a mal dormi et tu as énormément de moments où l’on peut s’évader de son match. »
Parce que c’est un business florissant
C’est l’homme qui a fait le plus causer depuis le début de la semaine parisienne. Arrivé dans les valises de Novak Djokovic à Bercy, pour panser les plaies du Serbe, subitement en mal de motivation. Mi coach mental mi gourou, l’ancien modeste joueur est l’une des nombreuses personnes qui gravitent dans un milieu parfois en mal de solutions pour résoudre les maux des champions à .
Et ce à tous les niveaux. Il suffit d’une brève recherche sur YouTube pour constater l’abondance de tutos, plus ou moins fantaisistes, sur la préparation mentale dans ce sport. « A la fédération, il ne se passe pas une semaine sans recevoir un e-mail de quelqu’un qui propose ses compétences sur le sujet, abonde Makis Chamalidis. C’est un sport où il y a de la médiatisation et de l’argent, donc ça attire. Beaucoup se disent qu’il y a une place à prendre. »
Emmanuel Planque est reconnu comme l’un des coachs les plus à la pointe sur le sujet. « On discute beaucoup de la dimension émotionnelle d’un match, explique le technicien. Un préparateur mental ? Je crois de moins en moins à la multitude d’intervenants. Tu as déjà le coach, le préparateur physique, le kiné, la petite amie, les proches… A ce rythme, tu te retrouves avec quinze personnes qui donnent leur avis au joueur. »
Jeudi, Pouille a été sèchement sorti par Andy Murray en huitième de finale (6-3, 6-0). Après le match, le Nordiste est venu parler de tennis, de ses vacances, de son année 2017, mais jamais de « mental ». Rien que pour ça, on a envie de te dire merci Lucas.


















