Stade Toulousain – La Rochelle : Ronan O’Gara va-t-il enfin finir un match contre Toulouse sans avoir le seum ?
Top 14•Le manager irlandais du Stade Rochelais retrouve son meilleur ennemi ce vendredi en demi-finale du championnatNicolas Stival
L'essentiel
- Les Stades Toulousain et Rochelais se rencontrent ce vendredi (20h15, sur Canal+) en demi-finale du Top 14, au stade Matmut Atlantique de Bordeaux.
- Ce duel sera aussi celui des managers Ugo Mola et Ronan O’Gara.
- Le charismatique technicien irlandais veut enfin conduire le Stade Rochelais à une victoire en Top 14, après avoir déjà remporté deux Champions Cup.
Ça doit être ça, une bête noire. Depuis cinq ans, les Stades Rochelais et Toulousain se sont croisés à cinq reprises lors des fameux matchs qui comptent, sous le soleil (en principe) de la fin du printemps ou du début d’été. Et les Stadistes du Sud ont toujours raflé la mise, dont trois fois en finale : Champions Cup 2021, Top 14 2021 et 2023.
Débarqué à l’été 2019 sur les bords de l’Atlantique, Ronan O’Gara a connu quatre de ces déceptions face à l’équipe de son alter ego, Ugo Mola. Mais à la veille des retrouvailles, vendredi soir à Bordeaux, le manager irlandais de 47 ans se veut résolument confiant. « De 2019 à 2022, on avait un problème mental mais ça a changé, a promis « ROG » ce jeudi en conférence de presse. Lors de la dernière finale, on a bien joué pendant 78 minutes mais un match c’est 80. »
Forcément, l’ancien stratège du Munster et du XV du Trèfle de l’ère pré-Sexton garde en travers de la gorge le merveilleux (vu de Toulouse) essai de Romain Ntamack voici un an au Stade de France, alors que son équipe avait posé neuf doigts et deux phalanges sur le premier Bouclier de Brennus de son histoire. Il l’avait même verbalisé avec des termes amers à l’époque, en regrettant d’avoir perdu contre « une équipe moyenne », avant de s’excuser.
En attendant de ramener au pied de la Grosse Horloge le Graal du rugby français, O’Gara a déjà marqué d’une empreinte indélébile un club promu dans l’élite voici à peine 10 ans, avec deux Champions Cup en 2022 et 2023. « Il a appris à ses joueurs à gagner, à être pragmatiques, efficaces, à ne pas avoir peur, détaille Marie-Alice Yahé, consultante pour Canal+ le diffuseur du Top 14. Auparavant, La Rochelle avait gagné quelques petites choses, mais n’avait pas cette identité forte. Il a aussi créé une aventure humaine. »
Car le natif de San Diego (Californie), où son père officiait comme professeur de microbiologie, a toujours été un leader né. « Comme joueur, il avait déjà un cerveau "rugby" », témoigne Bernard Jackman. De la même génération que le manager rochelais, l’ancien talonneur du Connacht et du Leinster (48 ans) l’a affronté dès les années collège, lorsqu’il évoluait à Dublin et O’Gara à Cork. Mais l’ex-entraîneur grenoblois a aussi évolué au côté du demi d’ouverture et buteur en sélections nationales chez les jeunes puis les A.
Déjà une carrière glorieuse comme joueur
« Il était très bon tactiquement, il sentait bien le "momentum" du match, avec cette capacité à faire des changements, à garder le ballon ou à pratiquer un jeu d’occupation, souligne Jackman. C’était un joueur très intelligent, indispensable au Munster comme en équipe d’Irlande. Je ne suis absolument pas surpris de ce qu’il est devenu. »
Double champion d’Europe avec la province de Cork et Limerick (2006, 2008), meilleur buteur de l’histoire de la compétition (1.365 points) et vainqueur du Grand Chelem 2009, l’ouvreur aux 128 sélections a continué à gagner une fois les crampons raccrochés.
Comme adjoint d’abord : championnat de France avec le Racing 92 (2016) puis Super Rugby avec les Crusaders néo-zélandais (2018 et 2019). Avant d’accompagner La Rochelle vers des hauteurs inconnues auparavant, en endossant cette fois le costume de chef, qui correspond si bien à ce gros caractère détenteur d’une carte d’abonné à la commission de discipline de la LNR pour divers dérapages verbaux.
O’Gara aime chatouiller ses adversaires, les arbitres mais aussi ses joueurs, comme tout au long d’une actuelle saison très compliquée, marquée par la perte de la couronne en Champions Cup (lourde défaite contre le Leinster en quart de finale, 40-13) et une bataille acharnée pour intégrer le top 6 du Top 14.
Coup de gueule et île de Ré
En février, après un énième revers loin du stade Deflandre, à Lyon (28-17), l’Irlandais avait lâché un cinglant : « Je pense qu’ils ont plus regardé l’immobilier à La Rochelle et dans l’île de Ré que l’entraînement. » Avant le barrage à Toulon, samedi dernier, il avait aussi critiqué préparation de ses troupes, pas à la hauteur de l’événement selon lui. « Mardi, j’ai pété un plomb, a-t-il reconnu une fois la victoire (29-34) et la qualification pour la demie en poche. Le reste de la semaine, les joueurs ont repris le contrôle. Je suis fier d’eux, ils ont bien représenté le maillot. » Un « good cop » et un « bad cop » réunis dans un seul corps…
« Il a beaucoup soutenu ses joueurs les premières années, il prenait sur lui dès qu’il y avait un passage à vide, rappelle Marie-Alice Yahé. Là, il a su les piquer, car il a dû aussi évoluer, ça fait un moment qu’il est là. Le management ne peut pas rester lisse, sinon le discours ne passerait plus. Il dit les choses comme il les ressent, avec ses émotions du moment. C’est une personne vraie et c’est ce qui fait que ça prend avec son groupe et avec les gens. »
« Il est compliqué, parfois plus Français qu’Irlandais, sourit Bernard Jackman, désormais consultant pour la chaîne publique RTE et pour le Sunday Independant. Mais il arrive à tisser de super relations avec le staff et avec ses joueurs, en étant capable d’être très dur mais aussi très famille. Il est vraiment comme ça, ce n’est pas un acteur. »
O’Gara et son encadrement ont fait aussi évoluer le jeu de sa formation, devenu trop lisible. La Rochelle compte toujours sur ses bulldozers Will Skelton ou Grégory Alldritt pour déblayer la pelouse, mais elle envoie un peu plus de jeu. « On était devenus une équipe un petit peu terne, qui ne prenait pas forcément énormément de plaisir, a reconnu Alldritt ce jeudi devant les médias. Ça manquait de sourire sur le terrain. On est aussi reparti dans cette optique de prendre du plaisir. »
Sélectionneur de l’Irlande, un objectif avoué
Et ce plaisir serait forcément décuplé en cas de victoire sur Toulouse ce vendredi, puis en finale dans une semaine à Marseille. Ronan O’Gara aurait alors enfin vaincu Ugo Mola et fini le jeu en club, trois ans avant le terme de son contrat avec le club maritime.
Après ? Il n’a pas caché son envie d’entraîner un jour le XV d’Irlande, un objectif plus qu’envisageable, même si, dans un pays assez clivé sur le plan rugbystique, sa popularité à Dublin ne semble pas tout à fait la même qu’à Cork ou Limerick. Bernard Jackman n’est pas vraiment d’accord. « Bien sûr, il a brisé plusieurs fois le cœur des supporteurs du Leinster. Mais si tu n’es pas bête, tu te dis que ce qu’il a fait est incroyable. 99 % des fans du Leinster ont beaucoup d’admiration et de respect pour lui. »


















