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On vous raconte pourquoi c’est la cacophonie lors des hymnes

Coupe du monde de rugby : « C’est un peu trop léché », on vous raconte pourquoi c’est la cacophonie lors des hymnes

RUGBYDepuis le début de la Coupe du monde de rugby, les hymnes chantés a cappella par des jeunes choristes ne font pas vraiment l’unanimité
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Lors du match d’ouverture de la Coupe du monde, entre la France et la Nouvelle-Zélande, l’interprétation de La Marseillaise a été chaotique.
  • L’organisateur France 2023, avec le ministère de l’Education avait lancé le projet Mêlée au chœur, qui permettait à des centaines d’élèves d’interpréter les hymnes des 20 pays du Mondial.
  • Mais l’arrangement des hymnes et l’interprétation « originale » ne plaisent pas à tout le monde.

La Coupe du monde de rugby a beau être l’événement du moment, pousser le profane à regarder certaines affiches peut s’avérer être une mission compliquée. A l’image d’Italie-Namibie, qui s’est disputé samedi à Saint-Etienne : « Mais si, avec le Toulousain Ange Capuozzo, on va voir du spectacle ! » Pas convaincant. « On pourrait assister à une première surprise dans ce Mondial avec la Namibie ! » On s’est fait renvoyer dans nos 22. « L’hymne italien est super beau, il faut absolument écouter ça. » Banco !

Enfin, ça, c’était avant l’hymne diffusé à Geoffroy-Guichard au moment où les deux équipes se sont retrouvées face à la tribune présidentielle. Un Fratelli d’Italia en version lyrique, entonné a cappella par des dizaines d’enfants, enregistré et diffusé dans les enceintes du Chaudron. « On ne peut pas faire chanter les hymnes normalement svp ? Le plus important est les joueurs… C’est un moment unique », s’est indigné l’ancien international transalpin Mirco Bergasmaco sur X (anciennement Twitter).

« La Marseillaise, là, on avait du mal à la reconnaître »

L’Italien n’est pas le seul à avoir eu les oreilles qui bourdonnent au moment des hymnes. Demandez à ceux qui voulaient vibrer devant La Marseillaise, lors de France-Nouvelle-Zélande, vendredi. Une cacophonie monstre, alors que les enfants étaient, cette fois, présents sur la pelouse du Stade de France. « La prise de son n’était pas forcément idéale, car ils ont privilégié des voix que tout le monde n’entend pas forcément, et on n’entendait finalement pas trop l’air. Le son n’a pas été pris sur l’air entonné par la foule. La Marseillaise, là, on avait du mal à la reconnaître », admet Alain Palma, directeur de l’école de musique de Sannois (Val-d’Oise).

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Avec sa femme Delphine, professeure d’éducation musicale au collège Jean-Moulin à Sannois, Alain Palma a participé au projet Mêlée du chœur, lancée notamment par l’ancien ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. L’objectif ? Que les hymnes des vingt nations participant au Mondial soient chantées par des centaines d’élèves. A la base, les minots devaient tous être présents sur site. Finalement, seuls les matchs au Stade de France et au Vélodrome devraient être concernés (même s’il n’y avait aucun petit chanteur sur les pelouses ce week-end).

« L’interprétation devait être extrêmement précise, on n’a pas fait comme on voulait, indique Delphine Palma. Vu que c’est diffusé mondialement, il a fallu une validation de l’arrangement des hymnes par les fédérations. C’est l’Opéra comique de Paris qui s’est occupé de l’aspect musical et de l’arrangement des hymnes. Ensuite, nous avons travaillé chaque hymne avec des natifs de chaque pays et intégré ça dans le parcours pédagogique. » »

Répétition devant François Hollande

A Sannois, les chanteurs en herbe ont répété plusieurs fois, notamment devant François Hollande, ou lors d’un match de hockey sur glace pour appréhender la gestion du stress. Ils seront présents, normalement, sur la pelouse du Stade de France pour le quart de finale du 15 octobre. Et l’encadrement espère ne pas revivre pareil scénario que celui vécu lors du match d’ouverture.

« Le choix de faire chanter a cappella, c’est ce qu’il y a de plus difficile, car on est sans soutien musical, reprend Delphine Palma. Le problème, c’est que dans un stade de 80.000 personnes, tout s’est mis en décalé. Le chant est pensé à trois voix, mais pas en canon. A l’oreille, on entendait complètement un décalage, mais c’est dû au direct. »

Les arrangements de l’Opéra-Comique posent aussi question. « Moi, quand j’étais joueur, je voulais que l’hymne soit chanté de la manière la plus fidèle à la version que tout le monde connaît, nous explique l’ancien pilier international argentin Omar Hasan, qui est aussi chanteur lyrique. Ça permet de chanter de manière unie, que ça soit joueurs et supporteurs. C’est toujours compliqué quand il y a des arrangements, comme là avec les enfants et a cappella, où différents types de voix sont mélangés. »

« C’était peut-être un peu trop léché, un peu trop intello, si on peut le dire comme ça, développe Alain Palma. Un hymne, c’est quelque de patriote qui est normalement chanté à une voix, à gorge déployée, on n’a pas besoin de faire des arrangements aussi complexes que ça. On n’entendait pas forcément la mélodie derrière, on entendait presque plus les deuxièmes voix… Nous, en tant que professionnels, ça ne nous a pas dérangés, mais ça enlève peut-être le côté simple de l’hymne. » »

« Il faut que tout soit parfait »

En parlant simplicité, on attendait fébrilement l’interprétation, dimanche, au Vélodrome avant Afrique du Sud-Ecosse, du Flower of Scotland, l’un des plus beaux hymnes du monde qui, accompagné d’une cornemuse, pourrait nous être transfusé en intraveineuse tous les matins au petit-déjeuner. Et l’interprétation faite par les enfants a visiblement charmé Gregor Townsend, sélectionneur écossais : « J’adore la chorale des enfants, Flower of Scotland était très bien chanté et les deux hymnes étaient impressionnants. »

Même réponse du côté de Siya Kolisi, le capitaine des Boks : « Je pense qu’ils ont été très bien. De toute façon, nous n’entendons qu’à peine parce que nous chantons nous-même, et avec nos grosses voix, on n’entend rien. Quand je chante je pense à ce que je dois faire, et je n’ai pas de quoi me plaindre. » Contrairement à Iñaki Ayarza, l’arrière chilien, interrogé pour savoir s’il avait apprécié cette nouvelle interprétation : « Mmmh… Ce n’est pas énorme, je ne vais pas mentir. L’hymne, c’était bien parce que j’entendais les gens chanter dans le stade, et parce que j’entendais mes copains chanter à côté de moi. C’est ça qui rend le truc beau. »

Selon RMC Sports, une réunion pour évoquer le sujet a eu lieu lundi entre France 2023, la Fédération internationale et le ministère des Sports. En espérant, pour les gamins, qui répètent depuis un an, que tout ce qui a été travaillé ne vole pas en éclats. « Le projet est magnifique, de mêler les enfants à cet événement, l’intention est bonne, mais il aurait fallu prévoir les contraintes d’un direct, d’une Coupe du monde, d’un stade rempli, résume Omar Hasan. Il y a la contrainte d’un lieu très grand, avec de la résonance. C’est un moment qui est rapide, il faut que ça soit parfait. » Allez, on met une pièce sur Omar Hasan pour chanter les hymnes lors de la finale.