Pourquoi le XV de France est-il un révélateur du changement de statut de l’UBB ?

RUGBY Preuve de la nouvelle dimension prise par le club, il est le deuxième pourvoyeur des Bleus cet automne 

Clément Carpentier
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Païva, Woki, Lucu, Buros, Jalibert et Moefana (de gauche à droite, de haut en bas).
Païva, Woki, Lucu, Buros, Jalibert et Moefana (de gauche à droite, de haut en bas). — Vaquero/Brendon/Coudert/Rojan/SIPA
  • Six joueurs de l’Union Bordeaux-Bègles ont été retenus par Fabien Galthié pour la tournée d’automne du XV de France.
  • Derrière le Stade Toulousain, le club est le plus gros fournisseur de joueurs des Bleus, illustration du nouveau statut de cette équipe bordelaise.
  • Malgré ces nombreux sélectionnés, l’UBB peut aujourd’hui sur un effectif très riche pour faire face aux doublons. Ce n’était pas forcément le cas il y a quelques années.

Ce n’est pas une première. Le made in UBB avait déjà fait un carton à l’automne 2017. A cette époque-là, onze joueurs de l’Union Bordeaux-Bègles avaient été retenus pour des test-matchs. Mais c’était dans un contexte bien différent avec pas moins de trois équipes à fournir : deux XV de France et les Barbarians (sorte de réserve de l’équipe de France à ce moment-là). Quatre ans plus tard, ce sont six joueurs de l’UBB qui ont été sélectionnés par Fabien Galthié, le manager des Bleus : Thierry Païva, Cameron Woki, Maxime Lucu, Matthieu Jalibert, Yoram Moefana et Romain Buros.

Cette fois-ci, tous vont uniquement préparer la tournée automnale (Argentine et Nouvelle-Zélande au stade de France les 6 et 20 novembre et la Géorgie au Matmut Atlantique le 14 novembre). Cela fait du club, le deuxième pourvoyeur du XV de France derrière l’inévitable Stade Toulousain (dix joueurs retenus).

« C’est une immense fierté pour le club, avoue Laurent Marti, on a six joueurs de pris mais on aurait presque pu en avoir deux ou trois de plus. Cela prouve que l’on travaille bien et que l’on a la meilleure équipe que le club n’ait jamais eue, ce que je répète depuis deux ans. »

Ces derniers mois, le président bordelais ne manque en effet jamais de le rappeler et il est loin d’avoir tort au regard du début de saison de son club (deuxième du Top 14 après une série de six matchs sans défaite en cours).

Plus là pour simplement faire le nombre

« Finalement, il y a une certaine logique, note l’arrière Romain Buros, après à titre personnel je ne m’y attendais pas vraiment, c’est une petite surprise ». Retenu pour la tournée en Australie cet été, il n’avait pas eu une minute de temps de jeu. Mais Fabien Galthié a semble-t-il envie de le revoir. L’autre différence avec 2017, c’est que cette fois-ci ces joueurs ne viennent plus forcément pour faire le nombre mais bien pour avoir un vrai rôle. C’est aussi à ça que l’on voit l’évolution de l’UBB. Derrière Matthieu Jalibert et Cameron Woki, qui ne seront pas loin du XV de départ face à l’Argentine, les quatre autres ont une vraie carte à jouer.

Païva pourrait bousculer la hiérarchie au poste de pilier gauche derrière Baille, Lucu et son style de gestionnaire ont des atouts, Moefana a un gros coup à jouer avec la blessure de Vincent grâce à sa polyvalence (centre et ailier) alors que Buros devra prendre tout ce qui se présente à lui. Comme pour son président, c’est avant tout « une fierté » pour le club selon Christophe Urios même si pour lui « il y a toujours eu des Bordelais » avec les Bleus. Bon, Baptiste Serin puis Jefferson Poirot se sont tout de même sentis souvent un peu seul à Marcoussis. Alors que là ils seront bien six et surtout pour le manager de l’Union, il n’est pas du tout exclu que d’autres prennent le TGV pour Paris dans les prochaines semaines selon les blessures. Ils pensent sûrement à Maxime Lamothe, excellent au talon depuis le début de la saison ou à Cyril Cazeaux, déjà appelé plusieurs fois par le staff tricolore ces derniers mois.

Aujourd’hui, l’UBB a deux équipes de très haut niveau

Mais bien sûr, tout cela à un prix. C’est la rançon de la gloire. Demandez au Stade Toulousain. L’UBB va devoir se passer de ses meilleurs joueurs pendant quelques semaines. Et il n’y aura pas que les Français : Petti et Cordero avec l’Argentine, Dweba avec l’Afrique du Sud, Kaulashvili avec la Géorgie, Tameifuna avec les Tonga ou encore Mori avec l’Italie. Alors finalement c’est une chance ou un problème d’avoir autant de sélectionnés ? « Les deux, j’ai envie de vous répondre. Après on est avant tout content pour les gars au départ », répond Laurent Marti. Mais c’est justement là que l’on peut aussi voir que ce XV de France est une sorte de révélateur à sa manière du changement de statut de l’Union Bordeaux-Bègles.

Il est fini le temps du « un être vous manque tout est dépeuplé ! » Aujourd’hui, l’UBB a deux équipes de très haut niveau dans son vestiaire. Il suffit de regarder les performances de cette équipe lors du dernier tournoi des VI Nations sans son maître à jouer Matthieu Jalibert (trois victoires en quatre matchs dont un succès à Clermont). Dans quelques jours, il faudra sûrement faire sans certains contre Clermont ou La Rochelle. Pas grave pour Christophe Urios, il pourra compter sur Trinh-Duc, Poirot, Lamerat ou Lesgourgues pour prendre le relais. Rien que ça. Alors oui les étincelles d’un Jalibert risquent de manquer un peu (beaucoup) aux supporteurs mais on peut parier de cette équipe qu'elle gardera un niveau moyen très bon sauf mauvaise surprise. Car comme dirait son manager, « une équipe, c’est intelligent. Quand il y a des absents, elle se resserre. » Et aujourd’hui à l’Union quand on serre les rangs, ça reste très épais. Quantitativement mais surtout qualitativement. Et ça, c’est nouveau !